Pression et répression financières

Il ne faut pas voir dans l'expression "répression financière" une connotation négative.

Un État confronté à de grandes difficultés budgétaires gagne à choisir la voie de la combinaison optimale entre promotion de la croissance économique, maîtrise des dépenses publiques et prélèvements fiscaux accrus, mais il peut être tenté par des stratégies de substitution, politiquement moins difficiles à assumer. Ces voies alternatives incluent la restructuration de la dette et l'inflation, qui érode la charge réelle de la dette publique et flatte les ratios budgétaires en gonflant le PIB utilisé au dénominateur de ceux-ci. Il est une autre alternative qui, grâce notamment à Carmen Reinhart, a reçu une attention croissante, à savoir celle de la répression financière.

Financement bon marché

Une dette publique élevée ne devient réellement problématique que quand elle génère de lourdes charges d'intérêt pour la collectivité. Cela saute aux yeux en considérant le Japon. Grâce à un taux d'intérêt de l'ordre de 1%, ce pays connaît une ponction sur l'économie pour payer les intérêts de la dette nettement plus faible que la Belgique en dépit d'un taux d'endettement beaucoup plus élevé. En laissant de côté la question de l'éventuel réinvestissement dans l'économie nationale des intérêts payés par l'État, une manière de s'accommoder au problème de la dette publique sans devoir s'en prendre à ses causes est de n'avoir à servir qu'un faible taux d'intérêt.

C'est l'objectif poursuivi par la répression financière, à côté de la manière noble d'y arriver qui est de susciter la confiance de l'investisseur quant au remboursement à heure et à temps et quant à l'absence d'inflation.

La BCE comme agent de la répression

La première forme de répression financière est un contrôle des taux d'intérêt. La politique monétaire des pays industrialisés est extrêmement accommodante, même si cela ne se marque pas dans l'évolution des agrégats monétaires. Il en résulte des taux d'intérêt bas pour les banques et, selon les cas, aussi les pouvoirs publics. Cette politique vise à faire d'une pierre trois coups: soutenir l'activité économique, aider les banques et soulager les finances publiques.

Avec un taux d'intérêt brut inférieur au taux d'inflation, et encore plus lorsque la fiscalité est prise en compte, les banques centrales incitent soit à consommer, soit à investir autrement que dans des placements sûrs à court terme, et, en même temps, elles permettent aux banques et aux États de se financer à bon compte.

Le contrôle sur les taux d'intérêt peut aussi avoir lieu au travers de la fixation par l'autorité d'un plafond sur des taux débiteurs ou des taux créditeurs, par exemple sur les livrets d'épargne, mais cette dernière approche n'est pas populaire même si elle est saine là où les dépôts bénéficient d'une garantie publique.

Canaliser l'épargne

La seconde forme de répression financière englobe toutes les mesures qui conduisent à canaliser l'épargne vers les emprunts d'État pour ainsi en abaisser le taux d'intérêt. Il s'agit premièrement de restrictions sur les flux internationaux pour capter l'épargne nationale et de coefficients de réserves obligatoires (non rémunérées) élevés imposés aux banques. Deuxièmement, des distorsions fiscales peuvent favoriser les obligations, par exemple un précompte réduit ou une taxe sur les transactions allégée, de même que la seule annonce de mesures fiscales potentielles pénalisant d'autres classes d'actifs, comme un alourdissement de la taxation des plus-values ou une révision des revenus cadastraux.
Troisièmement, la stratégie d'investissement des banques peut être biaisée au bénéfice des titres souverains nationaux, directement dans les banques publiques, comme la Banque Postale du Japon, ou par l'exercice d'une pression, réelle ou supposée, du régulateur national. Enfin, des mesures prudentielles présentées en tant que contrôle des risques, comme Bâle III, favorisent les obligations souveraines.

Il ne faut pas voir dans l'expression "répression financière" une connotation négative. Recourir à une telle politique peut servir l'intérêt général, même si celui qui, par aversion au risque, investit dans des obligations souveraines au très faible rendement s'en sent la victime.

Osons, pour conclure, un pronostic: c'est pour longtemps que les emprunts publics réputés sûrs offriront un taux d'intérêt réel net peu enthousiasmant.

Par Etienne de Callataÿ

Banque Degroof, Itinera Institute

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés