Quand l'art finance l'économie réelle

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160 millions d’euros! Ce montant incalculable valorise le tableau de Picasso "Les femmes d’Alger" lors d’une mise aux enchères de Christie’s, à New York, le 11 mai dernier.

Et pourtant, ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan du marché de l’art, estimé à 56 milliards d’euros.

Beaucoup d’argent et beaucoup d’acteurs dans un secteur qui, malgré de rares vagues, fait peu parler de lui. Et pourtant, l’art devient un réel outil de financement pour les entrepreneurs et permet donc, à l’arrivée, de financer l’économie réelle.

L’art n’est plus un micromarché dédié uniquement aux grandes fortunes et connaisseurs. Avec cette démocratisation, de plus en plus d’amateurs acquièrent de belles pièces de collection à des prix raisonnables. Il est alors temps de se poser une question digne de l’épreuve de philosophie du baccalauréat: "L’art, c’est beau. Mais est-ce utile?"

L’art comme garantie

Depuis la tempête de 2008, les lignes de crédit classiques sont plus difficiles à obtenir. Mais l’entrepreneur est têtu et s’adapte au vent: il développe alors d’autres façons d’obtenir de l’argent comptant pour financer ses projets. Court en liquidité, il cherche ce qu’il peut revendre dans son bateau. Après avoir cédé ancre, joaillerie et perroquet, il ne lui reste que la coque – et ce qui y est accroché. Mais cette œuvre d’art, c’est un bijou de famille. Malin, son banquier lui propose un prêt dont la garantie est assurée par la valeur de cette œuvre.

Lors d’un prêt dont la garantie est assurée par la valeur d’une œuvre d’art, l’emprunteur ne peut s’attendre à débloquer plus de 40% de la valeur de son œuvre d’art et uniquement pour un montant de 450.000 euros minimum.

Qu’il se rassure, l’entrepreneur n’est pas le seul à avoir cette démarche: dans le monde entier, le marché des prêts bancaires garantis par une œuvre d’art représentait 6,2 milliards d’euros en 2013 et en 2014, 8,5 milliards de dollars. Ces prêts sont principalement utilisés par de grands collectionneurs, marchands d’œuvres d’art et musées. Mais la pratique a évolué vers ceux qui dirigent des PME, et des fonds spéculatifs, des sociétés immobilières et des sociétés de capital-investissement. Certains artistes utilisent leurs propres œuvres comme garanties pour obtenir des prêts.

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Aujourd’hui, toute personne ayant une œuvre d’art d’une valeur d’1 million d’euros minimum a un profil solide pour recevoir un prêt. Une telle collecte permettra au capitaine de générer de nouvelles liquidités, gérer les besoins de trésorerie à court terme, redéployer des capitaux dans d’autres investissements et gérer ses taxes sur ses gains en capital selon le droit applicable.

Taux d’intérêt plus élevés

La décision est prise: "Les femmes d’Alger" financeront les nouvelles aventures. Mais tel un vrai pirate, il aura des créanciers, peu cléments. Avec une garantie peu liquide, les taux d’intérêts sont plus élevés que les prêts traditionnels et naviguent entre 9% et 25%. Pour les écumeurs les plus réputés tels que Steve Cohen et Annie Leibovitz, certaines banques offrent des taux très bas (2,5% à 3%). En tout état de cause, un emprunteur ne peut s’attendre à débloquer plus de 40% de la valeur de son œuvre d’art et uniquement pour un montant de 450.000 euros minimum.

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De plus, l’emprunteur fait essentiellement un prêt contre l’ensemble de son portefeuille, et pas uniquement sa collection d’art: le prêt est toujours basé sur une garantie personnelle de la part du débiteur. Cette garantie stabilise le marché, car seulement 10 à 15% des emprunteurs font défaut.

Démocratisation

Le capitaine, une fois embarqué, navigue donc intelligemment. Qu’il remercie son équipage d’experts: ce type de prêt est complexe car il implique la valorisation de l’œuvre d’art et prend par conséquent quatre à six semaines à structurer, soit le temps nécessaire pour rassembler toute la documentation sur le titre de l’art, sa valeur, sa provenance et son authenticité.

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En raison de cette complexité et de la catégorie spécifique des clients, la pratique est traditionnellement proposée par les grandes banques (UBS, Barclay’s, Citi, HSBC, JP Morgan Chase), les spécialistes de l’art (Sotheby’s, Christie’s, Waldstein Art Consulting) et les conseillers des grandes fortunes. Mais la pratique s’est démocratisée grâce à des négociants alternatifs tels que le prêteur Borro.com: avec des prêts à court terme contre des œuvres ou collections d’une valeur inférieure, ces prêteurs facturent jusqu’à 35% d’intérêts annuels. Les clients de Borro sont d’ailleurs, pour la plupart, propriétaires de petites entreprises.

La pratique s’étend aujourd’hui à d’autres actifs tels que le vin.

Par Thibault Verbiest et Pierre Urier, Cattoire Largillière Finance.

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