carte blanche

Que réserveront les marchés émergents en 2017?

Comme pour le Brésil en 2016, dans certains pays émergents, la performance économique globale pourrait ne pas se traduire dans la performance de leurs marchés. Le défi consistera à savoir où cela sera le cas.

Certains observateurs occasionnels pourraient penser que 2016 a été une année décevante pour les marchés émergents. En fait, certains de ces pays ont connu le meilleur rendement en placements de l’année, tandis que certains pays développés s’en sont mal sortis. Si un résident du Royaume-Uni détenant des obligations au Brésil avait placé toutes ses livres sterling en real au début de l’année, il aurait perdu près de 50% de ses investissements.

En effet, le Brésil n’est pas le seul pays émergent dont les marchés ont eu de meilleurs résultats que prévu en 2016. Mais on néglige souvent cela, quand plus de 15 ans après que j’ai inventé l’acronyme Bric (Brésil, Russie, Inde et Chine), les gens regroupent encore un large éventail de pays sous une seule catégorie de "marchés émergents": un terme qui prête finalement plus à confusion qu’autre chose.

Cette approche n’a guère de sens: il n’y a rien de "nouveau" à propos de la Corée du Sud, où le PIB par habitant est proche de celui des pays les moins riches de la zone euro, ou à propos de la Chine, où Apple, l’entreprise la plus emblématique des Etats-Unis, vend plus de produits qu’aux States. La plupart des investisseurs avisés ont probablement compris cela il y a quelque temps, mais d’autres devraient s’en inspirer pour l’année à venir.

Trumponomics

©Dieter Telemans

Actuellement les perspectives des économies de marché pour 2017 prévoient que, sous l’administration du nouveau président élu Donald Trump, les Etats-Unis vont développer leurs politiques de relance budgétaire et que la Réserve fédérale va resserrer sa politique monétaire. Cela va par conséquent renforcer le dollar, ce qui risque de créer des problèmes à grande échelle sur les marchés émergents.

Mais il y a quatre raisons de douter de cette idée généralement admise. Tout d’abord, même si les marchés ont eu de bons résultats dans les semaines qui ont suivi l’élection de Trump, les investisseurs doivent se méfier de tout consensus apparent. Personne ne peut prédire avec confiance la future forme des Trumponomics.

La victoire de Trump n’était pas prévue, donc une grande partie des bons résultats depuis le jour de l’élection reflète probablement des ajustements de la part de personnes qui s’étaient fortement positionnées pour le résultat contraire.

Les investisseurs sont maintenant plus confiants que la Fed va continuer d’augmenter les taux d’intérêt, donc ceux qui s’étaient engagés dans une stratégie commerciale (emprunter des dollars pour acheter des devises et payer des taux d’intérêt), ont dû réduire leurs positions. Les investisseurs s’attendent désormais à ce que les marchés émergents les déçoivent. Une nouvelle inattendue sur les Trumponomics pourrait bien en définitive déboucher sur une bonne surprise.

Dollar fort?

Comme pour le Brésil en 2016, dans certains pays émergents, la performance économique globale pourrait ne pas se traduire dans la performance de leurs marchés. Le défi consistera à savoir où cela sera le cas.

Deuxièmement, alors que la reprise de plusieurs décennies dans les obligations pourrait toucher à sa fin, il n’est pas évident que le dollar reste fort indéfiniment, même si son cours est en hausse par rapport aux autres devises à court terme. J’ai longtemps cru que la valeur du dollar avait une tendance naturelle à augmenter. Mais il y a eu de nombreuses occasions où les décideurs américains ont arrêté le renforcement du dollar ou l’ont même délibérément affaibli.

Si Trump veut rétablir l’industrie lourde aux Etats-Unis, il ne voudra pas d’une hausse rapide du dollar. Assurément, de nombreux commentateurs ont prédit que les Trumponomics seraient semblables aux Reaganomics – où Reagan témoignait d’une aversion déclarée face à l’intervention sur les marchés.

Mais l’idéalisme du laisser-faire de Ronald Reagan a été rapidement confronté à la réalité. En 1985, il a accepté l’Accord de Plaza, ce qui a déclenché une dépréciation du dollar sur les marchés financiers internationaux.

Une troisième considération pour 2017, c’est qu’une expansion aux Etats-Unis pourrait bénéficier aux pays producteurs de matières premières, par le renforcement de la croissance cyclique et mondiale. Si les prix des produits augmentent, comme cela a été le cas au cours des dernières semaines, les devises, telles que celles du Brésil et du Chili, pourraient augmenter, puisque leurs termes de l’échange (la valeur des exportations par rapport aux importations) risquent d’évoluer dans une direction positive.

D’abord la Chine

Enfin toute prévision pour 2017 doit tenir compte de la Chine, le gros poids lourd des marchés émergents. Selon une note de recherche récente de Goldman Sachs qui compare les prévisions consensuelles de 2016 avec les performances économiques, la Chine (bien que modestement), a dépassé les attentes.

©REUTERS

Les attentes de croissance de la Chine pour l’année à venir, encore une fois, ne sont pas particulièrement optimistes. Mais si l’économie chinoise maintient sa légère accélération depuis l’été, la reprise des actions chinoises va également se maintenir. En outre, même si la croissance globale de la Chine ne s’accélère pas, la demande des consommateurs chinois en produits et services va continuer d’augmenter.

L’augmentation de la consommation chinoise est certainement la tendance économique la plus importante dans le monde actuellement et les populistes d’Occident qui dénigrent le commerce, comme Trump, feraient bien d’être prudents.

En effet, on ne pouvait pas choisir un pire moment pour réduire le commerce avec la Chine, étant donné que les secteurs d’exportation les plus importants de l’Occident ont maintenant l’occasion de puiser dans un nouveau marché.

De même, il y aura sans doute d’autres opportunités de commerce et d’investissements en Inde, en Indonésie, dans les pays d’Afrique et peut-être en Russie. En un mot, l’année 2017 ne sera probablement pas très différente de 2016: certains marchés émergents ne vont pas proposer de nombreuses opportunités d’investissements et d’autres pourraient s’avérer très lucratifs. Et comme pour le Brésil en 2016, dans certains pays, la performance économique globale pourrait ne pas se traduire dans la performance de leurs marchés. Le défi consistera à savoir où cela sera le cas.

Par Jim O'Neill, Ancien président de Goldman Sachs Asset Management, ancien secrétaire commercial du Trésor du Royaume-Uni, professeur honoraire d'économie à l'Université de Manchester

Copyright: Project Syndicate, 2016

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