Quel avenir pour l'Europe?

C’est peu de dire que l’Union européenne n’est pas au mieux de sa popularité.

De moteur de la croissance continentale, dont le perfectionnement devait se poursuivre génération après génération, conformément à l’intuition géniale de Jean Monnet, l’UE s’est progressivement morphée en mécanique technocratique intrusive, sans utilité apparente, dont à peu près plus personne ne veut. Pour la première fois dans l’histoire de la construction européenne, un État qui devait adhérer à l’UE — l’Islande — vient de lui tourner le dos. La portée symbolique de cette première ne doit pas être sous-estimée.

Cela ne signifie pas que l’UE est à l’article de sa mort: l’union monétaire ne se disloquerait pas aisément, et la plupart des gens "sentent" qu’en revenir aux Etats-nations n’est pas une option: quel est l’État européen qui voudrait négocier seul, d’égal à égal, avec la Chine, la Russie, les Etats-Unis ou l’Iran?

Alors, que faire?

D’abord, poser le bon diagnostic. L’UE offre une figure caricaturée de deux des grands maux de nos démocraties contemporaines: le technocratisme, et l’inflation législative.

La technocratie, c’est la Commission. Souvent animés des meilleures intentions, les technocrates sans visage de la Commission européenne échafaudent d’invraisemblables législations, au gré des priorités changeantes de leur présidence, sur le mode du "we know best": nous savons mieux que les États et les parlementaires européens ce qui est bon pour les Européens. Depuis Delors, deux convictions dominent la Commission: il faut renforcer l’intégration européenne, donc renforcer l’homogénéisation à tous les niveaux. Plus un credo qui date de la Commission Barroso: faire de l’Europe la première économie décarbonisée, ou "verte", du monde.

Et puis, il y a les parlementaires européens, la caution démocratique de l’UE. 751 parlementaires, la plupart inconnus, souvent des éclopés du suffrage national, ainsi que des politiques en fin de carrière. Des parlementaires européens, qui, à l’instar de leurs équivalents nationaux, doivent légiférer pour exister, car sinon, personne ne parlerait jamais d’eux. D’où les cascades de législations qui s’abattent de plus en plus durement sur des Européens qui subissent déjà le tsunami annuel de leurs législations nationales (107.000 pages de législation supplémentaire, pour la Belgique, en 2014).

Il n’est que de jeter un œil sur les cathédrales normatives bâties par l’UE dans le champ de l’énergie pour se convaincre de l’ampleur du problème. Voilà des directives et règlements objectivement incompréhensibles par 99% des mortels, truffés qu’ils sont d’équations, de calibres et autres normations techniques absconses et inapplicables.

Ces législations, qui permettent aux services de la Commission de justifier leur existence, et aux parlementaires de se distinguer dans les médias, ne procèdent pas des besoins de la pratique, mais de lubies idéologiques. Leur traduction en droit national alourdit considérablement le coût de l’énergie en Europe, pour les entreprises comme pour les particuliers.

Quand on se souvient de l’ADN du projet européen selon Jean Monnet — la paix par la prospérité —, on mesure le chemin parcouru.

Faut-il, pour autant, désespérer de l’Europe, et céder aux sirènes d’un nationalisme provincial, de type UKIP, ou rouge-brun, de type FN? Certes, non. Toutefois, la revitalisation du projet européen suppose l’acceptation d’une réalité simple: l’UE doit redevenir l’instrument de croissance et de prospérité qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être.

La prospérité des Européens est le business de l’Europe; le reste ne la regarde pas. Doivent être reconsidérées les législations qui ne s’inscrivent pas dans cette perspective, soit qu’elles la combattent, soit qu’elles y sont étrangères, et il faut concevoir un frein institutionnel à l’inflation législative.

Car l’UE redeviendra un moteur de croissance, ou elle se marginalisera dans un monde qui ira l’ignorant, à l’instar de ces mirifiques confédérations entre cités grecques que décrit Polybe dans son Histoire de la Grèce antique.

Par Drieu Godefridi, juriste et docteur en philosophie.

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