tribune

Quelles sont les priorités aujourd'hui face à la pandémie?

Professeur de stratégie à la Solvay Brussels School - Université Libre de Bruxelles

L'essentiel de ne pas se focaliser sur des chiffres absolus, mais bien sur des ratios pertinents. Remettre de l’ordre dans la vaccination est devenu une urgence.

Maintenant qu’une expérience de plus d’un an est derrière nous, il est essentiel d’arrêter de nous bombarder de chiffres alarmistes, publiés par Sciensano et relayés systématiquement par la presse – surtout les chiffres négatifs –, sur le nombre de contaminations, d’hospitalisations, de soins intensifs et de décès, sans aucune différenciation entre les segments de population, alors que l’âge est le facteur principal de mortalité de cette pandémie.

"Des chiffres globaux tels que ceux publiés au jour le jour ne sont d’aucune aide dans un processus décisionnel stratégique, provoquant les approches erratiques des décideurs politiques."
Georges Wanet
Chargé de cours honoraire à la Solvay Brussels School of Economics & Management (ULB)

Des chiffres globaux tels que ceux publiés au jour le jour ne sont d’aucune aide dans un processus décisionnel stratégique, provoquant les approches erratiques des décideurs politiques.

Les ratios plutôt que des chiffres absolus

Pour une gestion performante, il est essentiel de ne pas se focaliser sur des chiffres absolus mais bien sur des ratios pertinents et ce, idéalement, par principaux segments : morts Covid/morts attendues (sur base du passé – il décéda en moyenne environ 300 personnes/jour en 2017, 2018, 2019), hospitalisations Covid/capacité totale d’hospitalisations, soins intensifs Covid/capacité totale de lits en soins intensifs (USI) ; en ce qui concerne les contaminations, les seuls ratios pertinents, toujours par segments, sont ceux des nombres de tests positifs/nombres de tests réalisés à condition d’avoir un niveau de tests constant et d’éviter les doublons.

Des chiffres récents peuvent nous éclairer : on est actuellement à une moyenne de 149 admissions quotidiennes liées au Covid (NDLR données communiquées le 1er mars par Sciensano) pour 103 hôpitaux en Belgique. Cela fait moins de 2 personnes par jour par établissement

En juin 2020, la capacité théorique en USI était de 1.200 lits pour les malades du coronavirus ; les hôpitaux ont dû créer des lits supplémentaires pour la deuxième vague pour atteindre 1.850 au total. Au plus fort de la crise, les lits USI affichaient complet. Aujourd’hui, nous en sommes à 400 lits USI occupés soit moins de 22 % de la capacité totale ou moins de 34 % de la capacité théorique. Quel est le seuil critique à ne pas dépasser ?

26
décès
26 personnes, en moyenne, décèdent par jour, soit environ moins de 10% du total des décès journaliers.

Il décède en moyenne 26 personnes par jour, ce qui représente environ moins de 10% du total des décès journaliers. Où sont les statistiques relatives aux cancers, aux maladies cardiaques, AVC et autres causes de décès ?

Enfin, le taux moyen de positivité est de 6,7%, au plus haut depuis la fin décembre-début janvier.

Comme on dispose des données par classe d’âge, il nous semble essentiel de différentier les chiffres par grands segments. Ainsi, Marc Van Ranst fait remarquer que l’effet de la vaccination se fait maintenant sentir de manière positive sur les personnes les plus âgées.

Ceci démontre aussi qu’il est temps de remettre de l’ordre dans la vaccination.

Une totale confusion semble régner dans ce domaine, les responsables politiques se renvoyant régulièrement la balle, l’informatique étant régulièrement mise en cause, alors qu’elle n’est que le fruit de gens qui l’ont programmée selon des spécifications qui auraient dû être établies préalablement et testées ensuite de manière professionnelle.

Un "reset" s'impose

Comme l’a déclaré le ministre fédéral de la santé, un « reset » s’impose.

"La chaîne des processus, depuis les fournisseurs de vaccins jusqu’aux citoyens clients, doit être revue."
Georges Wanet
Chargé de cours honoraire à la Solvay Brussels School of Economics & Management (ULB)

Une analyse de la chaîne des processus, depuis les fournisseurs de vaccins jusqu’aux citoyens clients, doit être revue, en fonction d’options stratégiques claires: continue-t-on à imposer une date au citoyen alors que certains refusent de se faire vacciner – approche «top-down» –, créant un surplus de doses dans les centres de vaccination, ou, au contraire, laisse-t-on le choix aux personnes qui désirent se faire vacciner  approche «bottom-up» –, avec le risque de saturation si la demande est trop élevée?

Comme aujourd’hui les personnes des maisons de repos semblent être en passe d’être toutes vaccinées, et que la priorité est mise sur le personnel soignant, il semblerait opportun de finaliser au plus vite cette étape, pour ensuite passer à la vaccination par tranches d’âges, non plus dans un mode « top-down », mais en organisant des centres d’appel et des applications informatiques permettant à chaque citoyen de prendre date.

Quelle que soit la solution choisie, il est impératif d’avoir une maîtrise totale de la chaîne des processus, par une analyse détaillée des tâches devant être exécutées, l’établissement de spécifications précises, l’adaptation des outils informatiques existants, la formation des différents responsables de l’exécution des tâches et la communication adéquate aux différentes parties prenantes. Il y a urgence.

Georges Wanet
Chargé de cours honoraire à la Solvay Brussels School of Economics & Management (ULB)

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