Sans mécénat, pas de recherche fondamentale

Le Fonds Érasme organise, ce 10 novembre 2010, une séance académique sous la présidence d'honneur d'Hervé Hasquin, Secrétaire perpétuel de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, qui s'exprimera sur le thème "Le financement de la recherche: faut-il gémir?"

Depuis 1982, le Fonds Érasme pour la recherche médicale, interne à l'ULB, poursuit le but d'allouer, grâce au mécénat privé, des mandats de recherche pour des jeunes cliniciens en formation spécialisée. Le Fonds Érasme alloue annuellement entre 1,2 et 1,5 million d'euros à la recherche médicale. En équivalent temps plein, le financement couvre, cette année, le salaire de 34 chercheurs.

Espace européen

En matière d'évolution des budgets de recherche, les objectifs de la stratégie de Lisbonne fixaient, à au moins 3% du PIB, l'investissement de chaque pays membre de l'UE en recherche et développement. "On parlait déjà de 3% dans les années 70, ironise Hervé Hasquin. C'est un chiffre magique depuis 40 ans." Or la part des dépenses R & D de la Belgique représentait 1,82% du PIB en 2000, elle est de 1,9%, soit de l'ordre de la moyenne européenne, aujourd'hui. "Le problème reste le même, souligne-t-il. C'est plus élevé en chiffre absolu. Progression il y a, mais extrêmement faible. On reste loin de ce qui était souhaité."

L'enjeu est aussi de résister à ce qui se passe dans les pays émergents. Face au gigantisme de la Chine, du Brésil, de l'Inde, mais aussi des Etats-Unis, l'Union européenne apparaît dispersée. "Créer un véritable espace européen intégré de la recherche constitue un fameux défi", selon le secrétaire perpétuel. Puisqu'en 2010, selon des chiffres relativement optimistes, sur l'ensemble des financements publics de la recherche, tous pays confondus, seuls 15% de ces crédits nationaux d'origine publique font l'objet d'une coordination européenne. C'est extrêmement faible.

Au regard des enjeux mondiaux, la politique européenne de recherche coordonnée, c'est important au niveau de l'Europe, mais il y a encore du chemin à accomplir. "L'Europe a toujours spéculé sur le fait qu'elle garderait la maîtrise des technologies, explique Hervé Hasquin; que, grâce à son savoir-faire, elle garderait une avance sur les pays émergents. L'évolution de la recherche aujourd'hui montre le contraire. Un pays comme la Chine et on pourrait parler d'autres a compris qu'il devait accéder à un certain niveau de développement de la recherche et est donc en train de surinvestir en R & D.

On se rend compte que les autres pays progressent à une vitesse foudroyante."

En matière de recherche, il faut éviter l'enfermement dans le cadre national. Le problème majeur de cette coordination politique et de l'accès aux crédits européens réside dans la paperasse, les obstacles multiples qu'il faut franchir, les rapports qui absorbent un temps et une énergie considérables. Les procédures et les contrôles a posteriori sont d'une longueur infinie.

Recherche fondamentale

Hervé Hasquin plaide pour la recherche libre dans la mesure où, aujourd'hui, dans un pays comme la Belgique, tout particulièrement du côté francophone, la recherche orientée la recherche planifiée sur programme, contrôlée dont les orientations sont fixées absorbe une majorité de crédits. "On peut comprendre, explique le secrétaire perpétuel,qu'étant donné la crise, les moyens financiers limités, il y ait une tentation de la part des autorités publiques de mettre le paquet, si je puis dire, sur des orientations de recherche qui s'inscrivent directement dans les priorités que les gouvernements se sont assignées. C'est un réflexe légitime qu'on rencontre dans tous les pays". En Belgique les universités jouent un rôle important, notamment en matière de recherche fondamentale. Le secrétaire perpétuel estime que si on porte un regard lucide sur les universités francophones aujourd'hui et leur avenir, il y a des choix douloureux, mais nécessaires, qui s'imposent, parce qu'on continue à tourner autour du même problème. Il préconise de sortir du carcan de l'enveloppe fermée, de l'accès universel garanti et des droits d'inscriptions bloqués et d'évaluer le coût effectif de la recherche subventionnée et contractuelle pour les universités. "Souvent la recherche contractuelle constitue un faux financement des universités, selon lui.

Cela crée de l'emploi, parfois du matériel, mais on oublie que les surfaces, l'entretien, l'électricité, le téléphone, la comptabilité sont à charge du budget de fonctionnement de l'université. Les contrats c'est bien, ça permet de faire de la recherche, mais il y a un contrepoids qui est parfois important et largement sous-estimé, qu'un gestionnaire d'université digne de ce nom doit pouvoir prendre en compte. Dans les universités anglo-saxonnes et depuis longtemps, les prélèvements sur les contrats de recherche pour couvrir les frais, vont de 25 à 30%. Cet argent permet à l'université de couvrir des coûts, mais aussi de concentrer plus d'argent sur la recherche fondamentale. R & D et recherche fondamentale ne sont pas antagonistes. Le développement de l'une peut aussi aider au financement de l'autre." Selon Hasquin, il faut pouvoir doper les moyens de la recherche fondamentale et l'organiser de façon structurée et concentrée, ce qui est toujours difficile en Belgique.

Les délais très lourds en recherche appliquée disparaissent dans un système de mécénat comme celui du Fonds Érasme.

BECLARD DIDIER

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