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Tel un éléphant cherchant la sortie dans un magasin de porcelaine

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La lecture du rapport que le FMI consacre tous les six mois à la stabilité financière ne manque pas d’étonner. L’institution qui vient de tenir son assemblée de printemps présente son analyse de la (in) stabilité financière du monde tout en nuances, hypothèses et scénarios. C’est dire qu’elle est très prudente dans ses affirmations.

Il n’en demeure pas moins que d’entrée de jeu le FMI affirme qu’en dépit de l’amélioration des perspectives économiques dans les pays avancés, la stabilité financière du monde se trouve confrontée à de nouveaux défis.

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Dans son analyse d’ensemble, le FMI s’attache à envisager diverses modalités que les banques centrales pourraient utiliser pour ramener leurs politiques monétaires à la normalité, c’est-à-dire à ce qu’elles étaient avant la crise.

Quelle que soit cette modalité, elle devrait entraîner une remontée des taux dits "hors risque" et donc à rendre "l’argent plus cher". C’est bien ce dont le monde a besoin pour éviter la déflation couplée avec une récession.

Les banques centrales jouent avec le feu

Toutefois, le FMI le dit à plusieurs reprises, les banques centrales jouent ici avec le feu. En effet, si d’aventure les marchés se mettent à anticiper de manière trop abrupte une telle normalisation, les prix des actifs financiers existants pourraient subir un choc dont les conséquences sont difficiles à prévoir et potentiellement très graves.

Le risque systémique continue à planer puisque tout mouvement un peu brusque est susceptible de provoquer la catastrophe

Selon le FMI, une augmentation des taux directeurs d’un point de pourcentage (100 points de base) pourrait faire trembler les bilans d’une part importante des acteurs financiers.

En clair cela signifie, qu’une augmentation des taux – somme toute légère — pourrait déclencher à la fois une correction boursière et un plongeon des obligations émises à des taux bas. Il en résulterait une baisse substantielle de la valeur des actifs financiers et donc un appauvrissement comptable de leurs propriétaires.

Effets dominos

Or, en vertu des règles comptables en vigueur – le fameux "mark to market", ces pertes devraient être immédiatement répercutées sur les bilans correspondants. Ainsi, une part importante, bien qu’impossible à anticiper, des fonds d’investissement, d’assureurs et de fonds de pension devraient faire face à des pertes dépassant leurs réserves. Ils se trouveraient ainsi en situation de faillite avec les effets de dominos à la clé. Le problème deviendrait donc systémique et la situation d’arrivée pourrait s’avérer pire que celle de départ.

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Pour étayer cette analyse le FMI rappelle que les bilans des institutions financière restent très fragiles et que la période de l’argent bon marché n’a pas été utilisée pour les restructurer et les affermir. Le matériau étant inflammable, la moindre étincelle du côté des banques centrales pourrait provoquer l’embrasement.

Que dire au terme d’une telle analyse? À l’évidence l’économie mondiale a atteint un niveau d’interdépendance tel, que les acteurs – même les plus puissants – ont perdu toute marge de manœuvre. Le risque systémique continue à planer, puisque tout mouvement un peu brusque est susceptible de provoquer la catastrophe.

L’immobilisme prime

Or, à l’instar d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, un mouvement est, par ailleurs, tôt ou tard inévitable puisque la persistance des taux négatifs risque – elle aussi – de plonger le monde dans une récession durable.

Entre deux maux, l’immobilisme semble pour l’instant être de mise. Peut-être serait-ce le moment, pour desserrer à terme l’étau, de repenser le bien-fondé de la comptabilisation à la valeur de marché?

Paul Dembinski, économiste, professeur à l'Université de Fribourg et directeur de l'observatoire de la finance à Genève

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