chronique

Vaut-il mieux opter pour une mobilité réduite, intelligente ou électrique?

Senior Fellow Itinera

La congestion du trafic ne rime pas avec des solutions simples, mais demande une approche qui vise une combinaison de péage, d'augmentation de frais de stationnement et d'une révision en profondeur de la fiscalité sur les voitures.

Les véhicules électriques sont indispensables pour atteindre nos ambitions climatiques et pourraient grandement réduire notre dépendance aux combustibles fossiles importés.

Aujourd’hui, les voitures électriques s’achètent principalement par les chefs d’entreprise dans un souci d’optimalisation fiscale. La baisse attendue du coût des batteries va accroître l’offre de modèles accessibles dès 2019 ce qui, aujourd’hui, incite nos décideurs politiques à de grandes ambitions verbales. Nombre d’entre eux souhaitent reléguer les technologies de motorisation classiques au musée au plus vite. Tous à l’électricité!

L’option de la mobilité électrique doit être soutenue par des mesures d’accompagnement substantielles. Seul un réseau électrique intelligent intégré dans un internet des objets permettra une exploitation optimale des avantages systémiques potentiels d’une flotte électrique.

Non accompagnée d’un réseau intelligent, la popularité croissante de la voiture électrique est susceptible d’augmenter le pic de demande juste au mauvais moment. Vu que plus de 90% du temps, ces voitures ne sont pas utilisées, la capacité de la batterie pourrait contribuer à la stabilité et la flexibilité d’un système électrique intelligent.

©Photo News

Notons qu’au niveau du développement de ce réseau électrique intelligent indispensable, nos décideurs semblent bien moins ambitieux. Nous avons même du mal à nous mettre d’accord sur des compteurs intelligents dans notre pays.

En soi, ceci n’est pas trop dramatique vu que la technologie de communication moderne a réduit l’importance de tels compteurs. Mais qu’en est-il du délestage et du risque d’une panne d’électricité importante (black-out) dans notre pays?

Calendrier nucléaire

Celui qui compte se déplacer à l’aide de l’électricité en Belgique, aimerait également savoir comment ceux qui nous gouvernent garantiront la sécurité énergétique avant et après la fermeture des centrales nucléaires. Et entre-temps, le calendrier de la fin du nucléaire est sujet à des changements réguliers. La politique belge ne témoigne pas d’une vision claire concernant la sécurité énergétique mais est totalement sujette aux conditions changeantes du marché.

La congestion du trafic ne rime pas avec des solutions simples, mais demande une approche qui vise une combinaison de péage, d’augmentation de frais de stationnement et d’une révision en profondeur de la fiscalité sur les voitures.

Les objectifs à atteindre pour les véhicules électriques incitent aux subventions pour soutenir la démarche. Les subventions antérieures attribuées aux véhicules hybrides au sein de l’UE ont révélé que des subventions élevées mènent à des prix de vente plus élevés. La suppression des subventions pour les panneaux voltaïques en Flandre a ainsi entraîné une chute de prix très rapide.

Ce ne seront pas les subventions belges qui accéléreront les économies d’échelle pour les fabricants de véhicules électriques. L’expérience des panneaux solaires nous apprend qu’attendre quelques années peut réduire fortement le coût des panneaux solaires.

Subvention à la carte

En bref, une subvention se fait à la carte et doit être appliquée de manière très sélective et temporaire. Si le gouvernement utilise des ressources limitées, il est préférable de les investir en infrastructure de rechargement. Ceci est un facteur essentiel, surtout dans les villes où peu de propriétaires de voitures peuvent recharger leur batterie dans leur propre garage.

La conduite électrique ne fournit pas non plus de solution à nos problèmes de mobilité. Les pertes économiques dues à la congestion du trafic sont très élevées et ont d’ores et déjà un impact sur les décisions d’investissement. Etre à l’arrêt dans les embouteillages dans un véhicule électrique est préférable au fait de se retrouver dans les bouchons en véhicule diesel. Mais cela nous enthousiasme-t-il?

Conduire moins reste toujours plus intelligent que prendre la voiture électrique. Où sont les grandes ambitions pour lutter contre les embouteillages de façon efficace? La congestion du trafic ne rime pas avec des solutions simples, mais demande une approche qui vise une combinaison de péage, d’augmentation de frais de stationnement et d’une révision en profondeur de la fiscalité sur les voitures (avec un accent sur les parcs automobiles des entreprises).

La mise en circulation de véhicules électriques autonomes peut également contribuer à réduire les embouteillages. Le maintien d’une vitesse constante assure une plus grande fluidité sur les autoroutes, etc. Mais à l’arrivée de véhicules autonomes, un cadre juridique clair est indispensable. De plus, nous pouvons également nous attendre à une levée de boucliers de certains secteurs contre la mise en circulation de camions et de taxis autonomes.

L’enthousiasme pour la voiture électrique doit être renforcé par une politique cohérente afin de maximiser les avantages systémiques de l’usage de véhicules électriques et de lutter contre la congestion. À défaut, cela limitera le rendement des incitations comme, par exemple, les subsides pour les voitures électriques.

Par Johan Albrecht,
Senior Fellow Itinera

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