Vers une privatisation des aéroports wallons?

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Les deux aéroports wallons ont connu un développement exponentiel de leurs activités au cours des quinze dernières années.

Ils ont contribué à la création de près de neuf mille emplois directs et indirects selon les chiffres de la Banque nationale. Certains acteurs n’hésitent pas à parler de success story wallonne. Un succès que la Wallonie ne doit qu’à elle-même en raison des budgets colossaux investis: 255 millions d’euros à Liège, 183 millions d’euros à Charleroi et 506 millions d’euros en mesures d’accompagnement environnemental. Ce développement n’aurait sans doute pas pu se réaliser sans la régionalisation de cette compétence.

Malgré cette réussite, les deux aéroports restent fragiles; ils demeurent largement dépendants d’un client dominant, TNT à Liège et Ryanair à Charleroi. Depuis 2013, la saga entourant le rachat de TNT nous rappelle cette fragilité.

Par ailleurs, la situation financière des sociétés de gestion est préoccupante. Le modèle économique des deux entités (Liège-Airport et Brussels Charleroi South Airport) est mis en difficulté. Enfin, le bras armé de la Wallonie en matière aéroportuaire (la SOWAER – société wallonne des aéroports) n’est pas mieux loti en termes de perspectives de financement en raison du contexte budgétaire auquel est confronté le gouvernement wallon.

Modèle dépassé

Toutes les études effectuées montrent que ce secteur dispose d’un large potentiel de croissance. Les aéroports wallons peuvent le capter à condition de poursuivre leurs investissements tant en matière de sécurité aérienne (radars,…), qu’en infrastructure de base (pistes,…) ou commerciales (aérogares,…). Mais qui va supporter les importants investissements futurs?

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Le modèle wallon qui avait prévalu jusqu’aujourd’hui est dépassé. En effet, outre les restrictions budgétaires destinées à assainir la dette publique, les récentes décisions des instances européennes en matière aéroportuaire imposent à la Wallonie de revoir complètement le modèle juridico-financier des deux sites.

Le statut de Charleroi comme "aéroport national" de Wallonie est à conforter, de même que la place de Liège comme première porte d’entrée aérienne pour les marchandises sur le sol belge est à consolider. Un nouveau consensus wallon doit être dégagé en vue de pérenniser le développement des deux sites, deux majeurs de la reconversion industrielle wallonne.

En plus d’être l’autorité régulatrice, la Région reste un acteur omniprésent voire omnipotent: elle est "propriétaire-cessionnaire-actionnaire" des sites. Doit-elle maintenir cette hyperactivité? Non. Ce ne serait pas dans l’intérêt du développement des aéroports.

Doit-elle rester propriétaire des sites? Pour mémoire, les infrastructures de Zaventem ont été cédées au privé. Pourquoi ne pas explorer cette hypothèse (ne fût-ce qu’une cession partielle) concernant les aéroports wallons?

Le privé aux manettes

La Wallonie doit oser explorer cette hypothèse où le privé s’installerait résolument aux commandes avec, comme corollaire, une autorité de régulation forte accompagnant cette exploitation.

L’ouverture au capital de sociétés concessionnaires est un mouvement entamé fin des années 1990 avec l’arrivée des Aéroports de Paris à Liège. Mais les actionnaires privés n’ont jamais eu l’opportunité de prouver qu’une gestion majoritaire apporterait un plus pour leur développement. La Wallonie doit oser explorer cette hypothèse où le privé s’installerait résolument aux commandes avec, comme corollaire, une autorité de régulation forte accompagnant cette exploitation.

L’actuel ministre en charge du dossier – M. Di Antonio- a récemment lancé l’idée d’une fusion des deux sociétés de gestion. L’hypothèse doit effectivement être explorée afin de constituer un éventuel acteur disposant d’une masse critique plus importante, capable de mieux affronter les difficultés à venir.

Diversification

Le Ministre se trompe cependant quant à la méthode préconisée. En effet, il revient aux industriels et aux partenaires déjà engagés dans les deux sociétés de dire si cette opération de fusion est possible et non au seul gouvernement wallon. À force de claironner que les partenaires privés ne sont peut-être pas les bons, il ne faudrait pas s’étonner qu’un jour ils s’en aillent.

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Enfin, la pérennisation des activités sur les deux sites passe par une nécessaire diversification. On pense, par exemple, à la commercialisation des terrains avoisinants les aéroports. Ces zones d’activités économiques sont à haut potentiel. L’heure est sans doute venue de confier la gestion de ces terrains aux sociétés d’exploitation.

En effet, les aéroports ne sont plus uniquement un simple vecteur de transport mais constitue dorénavant un vecteur global de développement économique.

Par Pierre-Yves Jeholet, Chef de groupe MR au Parlement wallon.

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