chronique

Wanted "politiciens honnêtes"

Chief Economist BNP Paribas Fortis

Quel est le point commun entre Mario Draghi, Thomas Piketty, Donald Trump et Jeremy Corbyn ? En dehors du fait que ce sont tous des hommes, ils illustrent chacun à leur façon que l’Occident frôle les limites de son modèle politique et économique actuel.

Commençons par Mario Draghi. Bien que depuis de nombreuses années, les banques centrales distribuent de l’argent gratuitement, l'impact de cette mesure sur la croissance économique s'est révélé affligeant. Plus grave encore : elle a provoqué une hausse du prix des actions et de l’immobilier.

Des banques centrales dépassées

Les banques centrales sont totalement dépassées : on leur demande de doper la croissance et de la ramener au niveau intenable d'avant la crise. Le fait que leur stratégie n’ait pas amené de croissance, mais une hausse des cours des actions, a même renforcé les inégalités.

La croissance anémique, la prospérité qui stagne, et les perspectives d’avenir incertaines, rendent les électeurs aussi inquiets qu’indécis.

Pour des hommes comme Thomas Piketty, les inégalités sont le principal problème au niveau mondial. La réalité est beaucoup plus nuancée. Au cours des vingt dernières années, la mondialisation a permis une croissance économique sans précédent dans les pays anciennement " en développement ". Mais pour une grande partie de la classe moyenne occidentale, la globalisation a été ressentie très différemment.

Un ouvrier d’usine occidental s’est tout à coup trouvé en concurrence avec un Chinois sous-payé, et a vu son avenir s'assombrir. Par contre, pour un entrepreneur occidental, qui a pu vendre ses produits ou services à la population chinoise, ce fut une aubaine.

La globalisation est un facteur majeur de croissance économique, mais simultanément une source d’inquiétude et d'insécurité pour la classe moyenne occidentale. Plus encore : les rares domaines de croissance qui nous restent – la technologie et l’innovation – menacent d’accroître encore cette incertitude et ces inégalités.

Les Trump de ce monde voient la migration et le libre-échange comme étant à l'origine de nos problèmes, et les combattent sans pitié.

Prenez Airbnb et Uber. Ce sont des idées fantastiques qui facilitent la vie des citoyens – à l’exception de ceux qui travaillent dans le secteur de l’hôtellerie ou des taxis.

Dans une économie globalisée, ceux qui peuvent créer une application ou écrire un livre, progresseront de manière infiniment plus rapide que ceux qui conduisent un taxi ou travaillent dans une librairie. Tout comme la globalisation, la technologie booste les talents individuels et creuse les inégalités.

Dans ce contexte, la crise actuelle des réfugiés et des migrants ne fait qu’accroître les inquiétudes de la classe moyenne occidentale.

La migration est aussi une forme de globalisation au carré. Quand des Bulgares construisent une maison en Bulgarie pour la transporter ensuite en bateau vers la Belgique, nous appelons cela la globalisation. Quand les mêmes Bulgares viennent en Belgique construire nos maisons en étant payés aux salaires bulgares, nous considérons que c'est une attaque contre notre système social. Mais où se situe précisément la limite?

Inquiétude et nervosité

Migration, technologie et globalisation ont toutes trois le même impact : une exacerbation du climat d’inquiétude et de nervosité en Occident.

Ce n’est pas un hasard si, dans ces circonstances, les populistes marquent des points : de Trump à Corbyn, et de Le Pen à Varoufakis. Tous se positionnent d’une manière ou d’une autre contre la globalisation et les inquiétudes qu’elle provoque en Occident. Seul l’accent diffère.

©Photo News

Les Trump de ce monde voient la migration et le libre échange comme étant à l’origine de nos problèmes, et les combattent sans pitié. Les Corbyn luttent contre le libre échange et les bénéficiaires de la globalisation.

Auparavant, les gouvernements pouvaient calmer assez facilement les inquiétudes et résoudre les problèmes en baissant légèrement les taux, en créant de légers déficits, en faisant des petits cadeaux fiscaux à droite et en redistribuant à gauche. Cette époque est révolue. Les gouvernements font face à des montagnes de dettes et continuent à dépenser plus que les rentrées.

Dans ce climat, les politiciens "traditionnels" ont la vie de plus en plus dure. La croissance anémique, la prospérité qui stagne, et les perspectives d’avenir incertaines, rendent les électeurs aussi inquiets qu’indécis. Avec l’endettement élevé, un haut niveau de taxation, les déficits budgétaires et les taux zéro, les politiciens sont de plus en plus obligés de faire aveu d’impuissance.

Comment les politiciens peuvent-ils se débattre contre les populistes ? En étant honnêtes… En osant reconnaître que la prospérité augmentera, certes, mais moins vite que par le passé. Qu’il faudra se battre. Que l’incertitude est notre seule certitude.

Mais le plus important : que les gouvernements ne peuvent résoudre tous les problèmes, toutes les inquiétudes et toutes les incertitudes. Il n’y a que les populistes pour oser prétendre une telle chose.

Chronique de Peter De Keyzer

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