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Chronique "Canal Nord-Sud" | Bruxelles, ma belle

Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l'actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique, publiée simultanément dans L'Echo et De Tijd. Alain Narinx (L'Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd) croisent le fer chaque semaine. Aujourd'hui, nous nous intéressons à la manière dont Bruxelles est perçue en Flandre.

Cher Alain,

Bruxelles je t'aime, Bruxelles je t'aime. Tu m'avais manqué. Bruxelles je t'aime, Bruxelles je t'aime. T'es ma préférée. Bruxelles je t'aime, Bruxelles je t'aime. Tu m'avais manqué. T'es la plus belle, oui, t'es la plus belle.

Bruxelles a beau être la capitale de la Flandre, il faut bien reconnaître qu’à l’exception des Flamands bruxellois – ou, devrais-je dire, des Bruxellois flamands – peu de Flamands sont aussi lyriques à propos de leur capitale qu’Angèle dans sa chanson d’amour sur sa ville.

Aux yeux de nombreux Flamands, Bruxelles est plutôt un "hell hole", comme l’avait qualifiée à l’époque l’ancien président américain Donald Trump. Une grande ville avec tous les problèmes d’une grande ville. Une image difficile à changer, même si le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close (PS), fait tout ce qu’il peut pour que les Flamands aient envie de connaître leur capitale. Ce fut notamment la raison pour laquelle Close tenait tant à ce que le départ du Tour de France y ait lieu.

Mais malgré tous les efforts pour promouvoir Bruxelles, cette dernière est surtout l’objet de commentaires négatifs, comme ce fut encore le cas récemment, lorsque la Cour des comptes a rendu un rapport accablant sur la gestion financière de la Région, ou encore mieux: sa non-gestion financière. La Cour des Comptes ne veut même plus se prononcer sur les finances bruxelloises, tant elles sont chaotiques.

"La question sous-jacente est de savoir si la Flandre abandonnera Bruxelles. Peu de Flamands le regretteraient, car ils n’aiment pas beaucoup leur capitale."

Les Bruxellois qui souhaitent être autonomes et ne veulent pas être obligés de choisir entre une sous-nationalité flamande ou francophone devraient s’inquiéter que les politiciens bruxellois prennent part à un tel gâchis. Car bientôt, ils pourraient devenir les "serviteurs qui bafouillent et viennent mendier aux portes", comme le disait le journaliste Roger Van Houtte du quotidien flamand Gazet van Antwerpen à propos des Anversois, au moment où ceux-ci étaient accablés par une dette historiquement élevée.

Catastrophe financière

Alors qu’à Anvers, le problème de l’endettement a finalement été résolu, la Région de Bruxelles-Capitale voit sa montagne de dettes augmenter à vue d’œil. Entre 2016 et 2020, la dette bruxelloise a bondi de 90%, pour atteindre 8,9 milliards d’euros fin 2020. "Cela représente 179,3% des recettes annuelles, contre 97,1% en 2016", a indiqué la Cour des Comptes, dressant ainsi un tableau sombre d’une région qui court à la catastrophe financière.

Qu’en penses-tu, Alain? Bruxelles mendiera-t-elle un nouveau refinancement en 2024? Si les politiciens bruxellois ne redressent pas la barre, je pense qu’il sera difficile de faire appel à la solidarité flamande et qu’il faudra en payer le prix. N’est-ce pas, Alain? La Flandre refusera certainement de faire un chèque en blanc et utilisera le refinancement de Bruxelles comme monnaie d’échange pour une plus grande autonomie flamande.

"Bruxelles mendiera-t-elle un nouveau refinancement en 2024?"

La question est de savoir si la Flandre abandonnera Bruxelles. Peu de Flamands s’en attristeront, car ils n’aiment pas beaucoup leur capitale. Cette décision s’inscrirait également dans le consensus politique en train de se dessiner et qui vise à transformer la Belgique en une fédération de quatre États membres: la Flandre, la Wallonie, Bruxelles et la région germanophone.

Le rêve caressé par les francophones de faire de Bruxelles une région à part entière, à l’image de la Flandre et de la Wallonie, deviendrait réalité, mais la Flandre pourrait ainsi également suivre sa propre voie. Bruxelles ne serait plus la tête des sœurs siamoises qu’est la Belgique, une image utilisée par Karel De Gucht pour conclure que la Flandre et la Wallonie ne pouvaient être séparées.

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