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Chronique "Canal Nord-Sud" | L'école en décalage entre Nord et Sud

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Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l'actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd), croisent le fer chaque semaine. Cette semaine, nous nous intéressons notamment à l'école.

Cher Wim,

Je l’avoue: je n’ai entendu parler que très vaguement de Deborah, la caissière du supermarché de Nieuport mise en avant par le président de Vooruit, Conner Rousseau, dans le débat sur les salaires, dont tu me parlais dans ta précédente chronique. Je ne connais guère non plus FC De Kampioenen, l’émission de la télévision flamande.

La Belgique est sans doute un accident de l’Histoire. Mais il y a aussi des liens forts entre les deux grandes communautés.

Entre nous, tu me parlerais de stars de la télé francophone que je resterais tout aussi ignare: je ne regarde pas beaucoup la télévision. Mais je suppose que tu voulais me convaincre que nous vivons dans deux "pays" sur le plan médiatique et culturel.

En fait, je suis déjà convaincu. C’est vrai, il y a de grandes différences entre Nord et Sud et la frontière linguistique est marquante. La Belgique est sans doute un accident de l’Histoire. Mais il y a aussi des liens forts entre les deux grandes communautés. Et je ne parle pas seulement de la monarchie, de la bière et des Diables rouges: notre tissu économique est étroitement imbriqué. Et quoi qu’il en soit, cela n’empêche pas qu’on a intérêt à faire fonctionner notre royaume au mieux, au bénéfice de tous.

Un fédéralisme de coopération

C’est pourquoi je pense qu’un fédéralisme de coopération - et non de pure concurrence - doit être privilégié. Ce qui m’amène au financement de Bruxelles. "Lorsqu’il s’agit d’argent, c’est chacun pour soi", disais-tu. Je comprends bien. Mais c’est dans l’intérêt de la Flandre que Bruxelles tourne bien, vu son rôle de capitale et de poumon économique du pays.

La taxation au kilomètre n’a de sens que si Bruxelles noue un accord avec les deux autres Régions.

Mon raisonnement est le même pour le projet bruxellois de taxation au kilomètre. Un Comité de concertation est prévu le 26 mai sur ce sujet très controversé et un avis juridique du Conseil d’État est également très attendu.

Au fond, cette taxe au kilomètre - qui n’est pas exactement un péage, comme on le dit parfois erronément en Flandre - est une mesure juste d’un point de vue environnemental, mais elle n’a de sens que si un accord est conclu avec les deux autres Régions. Sans cela, les navetteurs passeront à la caisse. Mais Bruxelles se tirerait aussi une balle dans le pied, car son attractivité économique en pâtirait. Qu’en penses-tu?

Du changement pour les écoles

Cela dit, le fédéralisme ne signifie pas qu’il faut nécessairement mener les mêmes politiques dans les différentes parties du pays. Certains s’émeuvent parfois de choix différents faits par l’une ou l’autre Région. Pourtant, c’est justement le principe même du fédéralisme de prendre des options distinctes. Sans cela, il perd sa raison d’être.

Certains parents vont vivre des situations compliquées. À moins que la Flandre change à son tour?

Ainsi, la Fédération Wallonie-Bruxelles a adopté il y a quelques jours une réforme des rythmes scolaires. À partir de 2022, les élèves francophones auront deux semaines de congés en moins pendant l’été. La rentrée s’effectuera le 29 août (au lieu du 1er septembre) et la fin de l’année est programmée le 7 juillet (au lieu du 30 juin). Les vacances de Toussaint et de carnaval sont doublées (deux semaines au lieu d’une). Et certaines dates changent: les congés de printemps auront lieu fin avril/début mai (et pas à Pâques) par exemple.

Cette réforme aura des conséquences pour la Flandre puisque les dates de congés scolaires ne coïncideront plus entre néerlandophones et francophones. Certains parents vont vivre des situations compliquées. À moins que la Flandre change à son tour? Je sais que le débat y a fait rage aussi sur le sujet: où en est la discussion?

L’enseignement, c’est aussi un bel exemple des manquements de notre fédéralisme. Les échanges linguistiques entre écoles francophones et néerlandophones sont très limités voire inexistants, même à Bruxelles alors que les établissements y sont parfois distants de quelques dizaines de mètres à peine. Or, ce serait une belle manière de faire progresser le bilinguisme et de casser la méconnaissance de l’autre communauté, tu ne trouves pas?

"Canal Nord-Sud"

Et si on se parlait par-delà la frontière linguistique? Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l’actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd), croisent le fer chaque semaine. Cette chronique est publiée simultanément dans L’Echo et De Tijd chaque jeudi.

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