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Chronique "Canal Nord-Sud" | L'urgence du moment, ce sont les prix de l'énergie

Jan Jambon au parlement flamand pour sa "septemberverklaring". ©BELGA

Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l'actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique, publiée simultanément dans L'Echo et De Tijd. Alain Narinx (L'Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd) croisent le fer chaque semaine. Aujourd'hui, nous nous intéressons à la flambée des prix de l'énergie.

Cher Wim,

J'ai été un peu surpris par la "septemberverklaring" (la déclaration de politique générale) du ministre-président flamand Jan Jambon. Non pas par sa proposition d'un prêt flamand à la Wallonie pour faire face aux ravages causés par les inondations. Ce coup de com' est bien joué : c'est faire semblant de tendre la main pour mieux donner une claque... La comparaison utilisée par Bart De Wever avec le FMI venant au secours de la Grèce est assez pertinente. Dans ce jeu de rôles, la Flandre se voit comme le FMI alors que la Wallonie serait la Grèce. On aide l'autre uniquement pour assurer sa propre stabilité et imposer son propre agenda de réformes, pas par solidarité réelle au sein d'un même pays.

Les conséquences sont très concrètes pour les citoyens et pour les entreprises : perte de pouvoir d’achat, augmentation des coûts de production, problèmes d’approvisionnement…

Ce qui m'a davantage surpris, dans ce discours de Jan Jambon, c'est qu'il n'a pas parlé de la flambée des prix de l'énergie. Ce sujet n'émeut-il pas le gouvernement flamand? Pour moi, c'est LE dossier du moment. Le gaz, par exemple, flirte désormais avec les 100 euros par MWh. L’inflation est au plus haut depuis 13 ans dans la zone euro.

Les conséquences sont très concrètes pour les citoyens et pour les entreprises: perte de pouvoir d’achat, augmentation des coûts de production, problèmes d’approvisionnement… Cela risque aussi d’accentuer la tension sociale. Autour de moi, je sens une vraie inquiétude. Beaucoup de gens, dont le budget est déjà serré, craignent les fins de mois. Des entrepreneurs m’ont confié avoir peur que l’indexation des salaires - automatique lorsque les prix grimpent - ne nuise à leur compétitivité et alourdisse ainsi le fardeau. Wim, comment cette hausse de la facture est-elle perçue en Flandre?

Au fédéral, les partis ont rivalisé d’idées pour atténuer le choc: extension du tarif social, modification des accises, chèque énergie, système de cliquet… C’est un des enjeux du conclave budgétaire en cours. Alexander De Croo veut se présenter, mardi prochain à la Chambre pour son "state of the union", avec des solutions. Le gouvernement fédéral est également attendu au tournant sur le sort de nos centrales nucléaires: prolonger ou pas ? Les prix actuels font encore monter la pression…

Interpellée au parlement flamand, la ministre flamande de l’Energie, Zuhal Demir (N-VA), a notamment suggéré une baisse de la TVA, c’est-à-dire une mesure dépendant... du fédéral. En outre, cette solution est mauvaise, selon nombre d’experts, car elle coûte très cher (700 millions d’euros par an) et profite proportionnellement davantage aux plus gros consommateurs et aux revenus les plus élevés, qui ont moins besoin d’aide que les autres ménages.

Une autre piste est l’introduction d’une "norme énergétique", réclamée notamment par l’Unizo. Plus de la moitié de la facture est constituée par toute sorte de contributions (taxes, surcharges, cotisations, etc.). Il s’agirait donc de faire varier ces paramètres pour stabiliser le coût total pour les consommateurs lorsque les prix sur les marchés montent.

Plusieurs autres États de l’Union européenne ont déjà agi, comme la France qui a annoncé un "bouclier tarifaire" comprenant un blocage des prix jusqu’en avril (date de la prochaine présidentielle, ce qui n’est évidemment pas un hasard).

Wim, tu connais l’adage (de Winston Churchill): "Never waste a good crisis." J’espère aussi que le monde politique mettre l’actuelle flambée des prix à profit pour proposer des plans concrets, structurels et ambitieux à long-terme. L’énergie la moins chère est celle qu’on ne consomme pas. Que fait-on, par exemple, pour aider les ménages à mieux isoler leurs logements? Il y a encore beaucoup trop de gaspillages.

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