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Chronique "Canal Nord-Sud" | La Flandre doit-elle renoncer à Bruxelles?

Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l’actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique hebdomadaire. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd), croisent le fer chaque semaine. Cette semaine, nous nous intéressons au sort de la Région bruxelloise.

Cher Alain,

C’est peut-être un hasard, mais force est de constater que le débat sur le confédéralisme est revenu sur le devant de la scène depuis que nous avons commencé à en discuter. Serait-il vrai, comme tu l’as écrit, que les francophones en ont aussi assez de cette Belgique kafkaïenne?

Le week-end dernier, Bart De Wever a une fois de plus relancé la machine N-VA en vue des élections de 2024. Personne ne s’étonnera qu’il tente une fois de plus de jouer la carte du confédéralisme. Selon lui, la crise du coronavirus a démontré qu’il n’était plus possible de continuer avec une Belgique fragmentée.

Vaccination à la sauce communautaire

Le ministre-président flamand Jan Jambon sait ce que parler veut dire et a déjà fait savoir que la Flandre prendrait les choses en main si la Wallonie et Bruxelles restaient à la traîne en matière de vaccination. La Flandre n’attendra pas pour rouvrir les portes du royaume de la liberté lorsqu’un nombre suffisant de Flamands seront vaccinés.

Ce message n’a pas été bien reçu. D’après le président du MR Georges-Louis Bouchez, le "communautarisme" n’est pas la solution. Le président du PS Paul Magnette se demande si la démarche communautaire de Jan Jambon n’est pas une manœuvre pour détourner l’attention des informations "embarrassantes" sur des subsides controversés de 1,2 million d’euros de Bart De Wever dans l’affaire Let’s Go Urban, le projet de danse pour les jeunes de la députée anversoise déchue Sihame El Kaouakibi.

Le fait que Magnette jette la pierre à De Wever est embarrassant, et surtout inquiétant. Car en tant que présidents respectifs des deux plus grands partis de part et d’autre de la frontière linguistique, ils devront se retrouver autour de la table pour dessiner la Belgique de demain. Es-tu certain, cher Alain, que le consensus sur la nécessité de réformer l’État belge est de plus en plus large parmi les francophones?

Malgré la déception qui a suivi l’échec des négociations violettes-jaunes, De Wever et Magnette ont malgré tout passé des heures à discuter du futur nouveau visage du pays. De Wever n’a jamais voulu l’admettre, mais il a laissé entendre que le PS était également prêt à aller très loin dans le sens d’une régionalisation plus poussée. Selon De Wever, seules les questions du budget et de Bruxelles doivent encore être négociées.

4 entités égales ou 2 inférieures aux 2 autres?

De son côté, Magnette ne cache pas qu’il souhaite une Belgique composée de quatre "États membres": Flandre, Wallonie, Bruxelles et la partie germanophone. Cette vision est proche du virage confédéral souhaité par la N-VA. Avec son modèle "2+2", la ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden (CD&V) est sur la même longueur d’onde.

La surprise de Verlinden fut donc grande lorsque la Belgique francophone s’est dite choquée par son modèle "2+2 ". Une fois de plus, il s’est avéré que le problème concernait Bruxelles. On lui a reproché de ne pas reconnaître Bruxelles comme une région à part entière. Même toi, Alain, tu m’as demandé si je pouvais expliquer pourquoi les Flamands avaient tellement de mal à accepter l’idée que Bruxelles devienne une région.

Mais quelle est ta vraie question, Alain? Que la Flandre doit renoncer à Bruxelles? Cela signifierait une perte financière pour Bruxelles, car la Flandre et la Communauté Wallonie-Bruxelles injectent chaque année quelque 3,8 milliards d’euros dans Bruxelles, principalement pour l’enseignement.

Si l’on en croit des hommes d’État avisés comme Koen Geens (CD&V), Paul Magnette ne sait que trop bien que Bruxelles ne peut être financièrement indépendante. Tout le ramdam autour du modèle "2+2" est selon lui du cinéma. La vraie question est donc, cher Alain, de savoir si tu es prêt à véritablement séparer Bruxelles de la Flandre et de la Wallonie?

Canal Nord - Sud

Et si on se parlait par-delà la frontière linguistique? Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l’actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd), croiseront le fer chaque semaine. Cette chronique est publiée simultanément dans L’Echo et De Tijd chaque jeudi.

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