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Chronique "Canal Nord-Sud" | Le cas Jürgen Conings montre que la Belgique existe encore

Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l'actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd), croisent le fer chaque semaine. Cette semaine, nous nous intéressons à l'affaire Jürgen Conings et à la circonscription fédérale.

Cher Alain,

Alors que le nom de Deborah – la caissière de Nieuport à qui le président de Vooruit, Conner Rousseau, n’a pas réussi à expliquer l’accord salarial – ne te disait sans doute pas grand-chose, je suis certain que tu as entendu parler de Jürgen Conings. Le célèbre militaire de carrière en fuite, sympathisant de l’extrême droite, suscite l’émotion tant au nord qu’au sud du pays. Il est une des rares preuves que l’opinion publique belge existe encore.

L’ancien premier ministre Guy Verhofstadt (Open VLD) m’a dit un jour que, dans ce pays, seules trois personnes étaient intéressées par l’opinion publique belge: le Premier ministre, le roi et le sélectionneur des Diables Rouges. Verhofstadt voulait que cela change. Il a proposé de créer une circonscription fédérale qui permettrait aux Flamands, aux Bruxellois, aux Wallons et à la Communauté germanophone de voter pour ou contre les candidats de cette circonscription, ce qui obligerait les politiciens à s’intéresser davantage aux intérêts de la Belgique.

Les élus ne s’intéressent plus à ce qui se passe de l’autre côté de la frontière linguistique.

C’était un tour de passe-passe politique, une tentative volontariste de Verhofstadt d’inverser le cours de l’histoire. Car après la scission des partis politiques nationaux, nous nous sommes retrouvés dans deux démocraties différentes, où les Flamands ne peuvent élire que des politiciens flamands et les francophones des politiciens francophones. Résultat: les élus ne s’intéressent plus à ce qui se passe de l’autre côté de la frontière linguistique, puisqu’ils ne peuvent y glaner des voix. C’est le déficit démocratique de la Belgique.

La proposition de créer cette circonscription fédérale a été rapidement rejetée, car qualifiée de solution bidon par le vieux routier, feu Jean-Luc Dehaene. Il a posé la question rhétorique de savoir combien de sièges seraient réservés aux Flamands et aux francophones au sein de cette circonscription fédérale. Qu’en penses-tu Alain? Les politiciens francophones seraient-ils d’accord sur le principe "one man, one vote", et qu’une majorité flamande se retrouve à la barre du pays ?

La Belgique est une démocratie où la majorité flamande est neutralisée par toutes sortes de verrous politiques, afin que les francophones ne soient pas toujours mis en minorité. En fin de compte, la question est de savoir si nous ne devrions pas faire table rase de cette construction belge afin que la Belgique devienne une circonscription fédérale. Même Bart De Wever devrait être favorable à une telle refédéralisation.

Mais revenons à Jürgen Conings. Un phénomène typiquement belge: tout est toujours teinté de communautarisme. C’est aussi vrai pour le cas de Conings. Il est en tout cas frappant de constater à quel point la presse francophone s’est focalisée sur le fugitif en le qualifiant de produit de l’extrême droite flamande. Ce n’est pas mon constat, mais celui du président du MR, Georges-Louis Bouchez.

D’ailleurs, je suis aussi frappé de voir à quel point Bouchez, dont le discours libéral de droite est proche de celui du patron de la N-VA, Bart De Wever, marque aujourd’hui des points en Flandre. Bart De Wever l’avait qualifié de cinglé, mais l’offensive de charme de Bouchez envers la Flandre semble fonctionner.

Ce que je me demande, Alain, c’est pourquoi Bouchez se donne autant de mal pour attirer la sympathie des Flamands, vu que cela ne lui rapportera pas une seule voix de plus, pas plus qu’à son parti, le Mouvement Réformateur. Je soupçonne que Bouchez a de grandes ambitions et se verrait bien au 16 rue de la Loi en 2024. Qu’en penses-tu, Alain?

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