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Chronique "Canal Nord-Sud" | Les francophones à la traîne pour la vaccination?

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Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l’actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd), croisent le fer chaque semaine. Cette semaine, nous nous intéressons à la vaccination, au statut de Bruxelles et à la N-VA.

Cher Wim,

La campagne de vaccination s’accélère partout. Il y a quelques jours, le ministre-président flamand Jan Jambon déplorait pourtant la lenteur de Bruxelles et de la Wallonie, menaçant de déconfiner le nord du pays plus rapidement qu’ailleurs. Au fond, qu’un nationaliste flamand fasse du nationalisme flamand n’est pas une surprise. C’est sa raison d’être. En l’occurrence, il a partiellement tort. Selon les statistiques arrêtées mardi 4 mai, la Wallonie et la Flandre ont toutes les deux vacciné 35% de leur population. À Bruxelles, ce n’est que 27% effectivement. Mais de nombreux habitants de Flandre et de Wallonie se sont fait vacciner dans la capitale (parmi le personnel soignant). 11% des Wallons ont reçu leurs deux injections, contre 9% des Flamands et 8% des Bruxellois. Par contre, la Flandre devance les deux autres Régions chez les plus âgés (87%, contre 77% en Wallonie et 71% à Bruxelles chez les 65-74 ans par exemple).

35%
La Flandre et la Wallonie ont, toutes deux, vacciné 35% de leur population, à la date du 4 mai. Bruxelles est un peu en retard, avec 27%.

Jan Jambon a raison sur un point: il y a un vrai problème d’acceptation de la vaccination à Bruxelles et en Wallonie. Cela tient sans doute à la difficulté de toucher certains publics et aussi à l’influence d’un mouvement "antivax" très fort en France, ce qui percole dans l’opinion publique francophone. Mais ce n’est pas un problème communautaire. C’est un problème de santé publique. S’il y a bien une leçon que cette pandémie devrait nous avoir apprise, c’est que le virus se moque des frontières.

Je sais qu’en Flandre, le "bashing" des francophones est un sport à la mode. Parfois à raison d’ailleurs. Mais parfois à tort aussi.

À propos de la capitale, tu me demandais la semaine dernière si la Flandre doit "renoncer" à Bruxelles. Non, elle doit lui reconnaître une autonomie identique à ce qu’elle revendique pour elle-même. Je ne vois pas très bien pourquoi les habitants de Bruxelles ne pourraient pas, au même titre que les Flamands et les Wallons et dans les mêmes conditions qu’eux, décider de la conduite de leurs affaires. Les Bruxellois n’ont pas à être des citoyens de seconde zone. Cela n’exclut pas des coopérations intelligentes avec les autres entités.

C’est dans l’intérêt de tout le monde que la capitale, le premier poumon économique du pays, se porte bien.

Tu me dis que Bruxelles n’a pas les moyens de s’en sortir seule. À voir. La Région bruxelloise est sous-financée à mes yeux. Par exemple, elle emploie des centaines de milliers de navetteurs, comme toi et moi, alors qu’ils paient leurs impôts ailleurs. Une solution pourrait être de payer l’impôt selon le lieu de travail, et non plus selon le domicile. C’est un vieux serpent de mer de la politique belge. D’autre part, le rayonnement de Bruxelles dépasse de loin les frontières des dix-neuf communes. Exemple: si un aéroport international est situé à Zaventem, si de nombreuses entreprises se déploient dans ses alentours, générant ainsi une activité économique majeure en grande partie au profit de la Flandre, ce n’est pas pour les charmes de l’église Saint-Martin de Zaventem, c’est par la force d’attraction de Bruxelles. C’est dans l’intérêt de tout le monde que la capitale, le premier poumon économique du pays, se porte bien. Nos Régions sont trop interdépendantes que pour s’isoler derrière des murs invisibles, tu ne penses pas?

Je termine par une conclusion politique. Tu me disais que Magnette et De Wever sont condamnés à s’entendre en 2024 pour dessiner la Belgique de demain. C’est probable. Mais rien n’est acquis. Personne n’oblige les Flamands à voter pour les partis indépendantistes comme la N-VA ou le Vlaams Belang, d’autres choix sont possibles. J’ai le sentiment d’ailleurs que, dans l’opposition au fédéral, la N-VA a du mal à exister et que l’étoile de De Wever a pâli en Flandre. Vrai ou faux? Quelle est ton analyse?

"Canal Nord-Sud"

Et si on se parlait par-delà la frontière linguistique? Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l’actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd), croisent le fer chaque semaine. Cette chronique est publiée simultanément dans L’Echo et De Tijd chaque jeudi.

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