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Chronique "Canal Nord-Sud" | Les francophones soutiennent les pensions des Flamands

Karine Lalieux, la ministre (PS) des Pensions.

Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l'actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique, publiée simultanément dans L'Echo et De Tijd. Alain Narinx (L'Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd) croisent le fer chaque semaine. Aujourd'hui, nous nous intéressons aux pensions.

Cher Wim,

Permets-moi de t’extirper de ta méditation sur la fin de la Belgique pour débattre avec toi de choses plus terre-à-terre. Cette rentrée marque, en effet, le retour en force des questions sociales, avec le projet de réforme des pensions déposé par la ministre Karine Lalieux (PS), la conférence pour l’emploi, le débat sur la prolongation des aides de crise (droit passerelle, chômage temporaire) ou la proposition du MR de sanctionner les chômeurs de longue durée s’ils refusent de se former dans un métier en pénurie. La tension au sein de la Vivaldi est d’ailleurs montée d’un cran en ce début septembre. À ton avis, le gouvernement De Croo peut-il vaciller?

Tu remarqueras que, sur ces questions, la ligne de fracture n’est pas Nord/Sud mais plutôt gauche/droite. Prenons le cas le plus emblématique: le projet de réforme des pensions. L’épure de Karine Lalieux a été écrite à l’encre rouge, comme l’a joliment formulé le ministre des Finances Vincent Van Peteghem (CD&V). Autrement dit, le texte est une posture de négociation du PS. Cela promet d’âpres discussions à venir. Car le PS ne peut pas se permettre de lâcher trop de lest. Il est poussé dans ses retranchements par le PTB. La ligne socialiste est de défendre son action politique par les résultats engrangés, là où le PTB serait, selon le boulevard de l’Empereur, cantonné aux slogans sans lendemains. Du "real-socialisme", si j’ose dire. L’enjeu est donc de voir si le parti dirigé par Paul Magnette peut marquer des points grâce à Karine Lalieux. Wim, quelles sont les lignes rouges des partis flamands? Que sont-ils prêts à faire comme concessions?

À mon avis, la réforme voulue par la ministre PS contient des éléments positifs: la pension minimum à 1.500 euros, la réintroduction du bonus pension, le statu quo fiscal sur les pensions complémentaires ou encore la condition, valable pour tous, d’une carrière de 42 ans pour permettre le départ anticipé à la retraite, qui gomme effectivement une injustice sociale. Par contre, la réforme pèche sur deux points: elle n’uniformise en rien les statuts (fonctionnaires, salariés, indépendants). Surtout, elle n’apporte aucune garantie budgétaire.

Dans l’analyse, un élément mérite d’être épinglé. Karine Lalieux est socialiste, mais elle est aussi Bruxelloise. Or, la capitale a une situation particulière, combinant une proportion réduite de personnes âgées avec un montant moyen de pension plus faible. Le vieillissement est plus prononcé en Flandre qu'en Wallonie et surtout qu'à Bruxelles.

Une étude de la BNB sur les transferts Nord/Sud vient justement éclairer les dépenses de pension. Sur ce seul poste budgétaire, la Flandre est bénéficiaire nette à hauteur de 2,2 milliards d’euros, surtout grâce à Bruxelles (pour plus de 2 milliards d’euros) et dans une moindre mesure grâce à la Wallonie (194 millions). Autrement dit, les francophones soutiennent le financement des pensions des Flamands. Et ce phénomène s’accentue chaque année. Pour ma part, je n’y vois aucun problème, la solidarité doit aller dans les deux sens. Les Flamands financent davantage d’autres dépenses sociales (chômage, invalidité) et amènent surtout beaucoup plus de recettes. Mais, au fait, Wim, dis-moi: pourquoi les nationalistes flamands ne réclament-ils jamais (ou rarement) la régionalisation des pensions alors qu’ils plaident sans cesse pour celle des politiques d’emploi, comme le Voka l’a encore demandé en début de semaine?

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