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Chronique "Canal Nord-Sud" | Les "transferts" sous la loupe

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Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l'actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd) croisent le fer chaque semaine. Cette semaine, nous nous intéressons aux fameux "transferts" Nord/Sud.

Cher Wim,

Tu t’en souviens sans doute: en 2005, Bart De Wever, qui était alors simple député d’un parti moribond (la N-VA avait un seul siège à la Chambre), réalisait un "coup de com’"en déversant, devant les caméras, des liasses de (faux) billets de 50 euros amenés par 12 camions au pied de l’ascenseur de Strépy-Thieu, près de La Louvière (Hainaut). Cette cargaison, pour un total de plus de 11 milliards d’euros, symbolisait les fameux "transferts Nord-Sud". Les nationalistes flamands dénonçaient alors ces montants jugés exorbitants payés par les Flamands aux Wallons. Depuis lors, cet argument est utilisé à intervalle régulier en Flandre.

Si je t’en reparle aujourd’hui, c’est parce qu’une nouvelle étude vient d’être publiée à ce sujet par l’économiste Eric Dor (IESEG School of Management, Paris et Lille). Elle livre des informations très intéressantes, car elle tord le cou à quelques fantasmes.

Globalement, il y a désormais un flux financier de 7,14 milliards d’euros par an de la Flandre vers la Wallonie et Bruxelles (chiffres 2018). En moyenne, les habitants de Flandre sont contributeurs nets, à raison de 1.087 euros par personne et par an, en faveur des Wallons et des Bruxellois (qui "gagnent" 1.721 et 744 euros par personne et par an, respectivement). Mais attention, c’est une moyenne. Il serait erroné d’affirmer que chaque habitant de la Flandre paie plus de 1.000 euros à chaque habitant du sud du pays.

C’est précisément pourquoi des mécanismes comme la progressivité de l’impôt ou les allocations sociales ont été prévus.

Rappelons qu’on ne parle pas de versements d’une Région à une autre. Il s’agit d’une solidarité entre personnes. Elle se crée par une redistribution des revenus opérée par l’impôt et la Sécurité sociale. Si je suis employé avec un salaire élevé, je vais contribuer à cette solidarité. Si je suis chômeur ou malade, je vais en bénéficier. Dans chaque zone géographique (une ville, une province, une région), il y aura toujours des contributeurs et des bénéficiaires. Mais il y a, dans certaines zones géographiques (comme la Flandre), davantage de contributeurs que de bénéficiaires. Autrement dit, ces transferts vont des riches vers les pauvres. Au fond, c’est précisément pourquoi des mécanismes comme la progressivité de l’impôt ou les allocations sociales ont été prévus. N’est-ce pas là une solidarité de base, le ciment d’une société?

En fait, les flux financiers vont dans tous les sens. En zoomant, on aperçoit ainsi que certaines sous-régions en Flandre reçoivent davantage qu’elles ne contribuent. C’est le cas des arrondissements d’Ostende, Ypres ou Tongres par exemple (comme Charleroi, Liège, Mons ou Mouscron côté wallon). À l’inverse, certaines sous-régions wallonnes contribuent davantage à la solidarité, comme le Brabant-wallon, Waremme ou Arlon (au même titre que Vilvorde, Louvain, Gand ou Malines côté flamand).

Autre élément intéressant: les flux financiers entre Régions belges sont inférieurs à ceux observés dans d’autres pays. En Allemagne, par exemple, les régions de Hambourg ou de Bavière contribuent pour près de 2.500 euros par personne et par an. Celle de Saxe-Anhalt est bénéficiaire nette pour 4.700 euros par habitant. En France, l’île-de-France (la région parisienne) est contributrice nette pour 5.325 euros par habitant au profit des autres régions françaises. Les constats sont similaires aux Pays-Bas ou en Espagne. Ma conclusion: la Flandre participe effectivement largement à la solidarité nationale, c’est incontestable et important. Mais ça n’a rien d’anormal et elle le fait même moins que d’autres régions européennes aussi riches qu’elle. Ne serait-il dès lors pas temps, cher Wim, de sortir des caricatures du Flamand forcément travailleur et du Wallon forcément paresseux et profiteur?

"Canal Nord-Sud"

Et si on se parlait par-delà la frontière linguistique? Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l’actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd), croisent le fer chaque semaine. Cette chronique est publiée simultanément dans L’Echo et De Tijd chaque jeudi.

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