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Chronique "Canal Nord-Sud" | Méditer sur la fin de la Belgique

Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l'actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique, publiée simultanément dans L'Echo et De Tijd. Alain Narinx (L'Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd) croisent le fer chaque semaine. Aujourd'hui, nous nous intéressons à la gestion des inondations par le gouvernement wallon.

Comment se fait-il que les francophones rient "jaune", comme tu le disais dans ton précédent article, alors que les Flamands rient "vert"? Il existe apparemment de nombreuses différences culturelles indélébiles – même si nous faisons de notre mieux, Alain, pour jeter des ponts et contribuer à une meilleure compréhension mutuelle entre le nord et le sud du pays.

Mais je dois reconnaître que, parfois, je ne comprends pas très bien. Je me demande pourquoi il t’est si difficile d’admettre que les autorités wallonnes ont failli dans la gestion de la crise liée aux inondations. Ce n’est tout de même pas une caricature déplacée de se poser cette question – à l’instar de mes amis wallons? Est-ce la vérité qui fait mal, Alain?

En tant que journaliste du Tijd, je m’en tiens rigoureusement aux "facts and figures". Rien de plus, rien de moins. Et lorsque je regarde les taux de vaccination dans notre pays, je ne peux que constater qu’à Bruxelles, la politique de Rudi Vervoort & Co. a échoué.

Tu ne vas tout de même pas une fois de plus reprocher à la Flandre de n’être pas suffisamment solidaire, Alain? À moins que tu ne prétendes – comme je le lis ici et là entre les lignes des commentateurs francophones – que la Flandre serait déloyale parce que l’horeca flamand ne souhaite pas – ou ne doit pas – se soumettre aux mêmes règles que l’horeca bruxellois dans le cadre de la gestion de la crise du Covid-19 ?

Au lieu de reprocher tout et n’importe quoi à la Flandre, les médias francophones devraient mettre une bonne fois pour toutes sous le nez des politiciens bruxellois le fait que cette misère est le résultat de leur mauvaise gestion.

Ce n’est pas de la concurrence déloyale, Alain. C’est la faute des Bruxellois, et ils ne l’ont pas volé, comme le dit un dicton flamand. Au lieu de reprocher tout et n’importe quoi à la Flandre, les médias francophones devraient mettre une bonne fois pour toutes sous le nez des politiciens bruxellois le fait que cette misère est le résultat de leur mauvaise gestion. Sur ce plan, je reste sur ma faim, Alain.

Tu as cependant raison lorsque tu renvoies la balle et que tu soulignes que tout ne tourne pas rond en Flandre non plus. Si nous ne faisons pas attention, 10% du territoire flamand se retrouvera bientôt sous l'eau, comme l’enfant prodige du PS, Thomas Dermine, l’a encore rappelé il y a peu dans l’émission Terzake, soulignant que les changements climatiques ne toucheraient pas uniquement le sud du pays.

Lors de chaque crise, du covid aux inondations, il apparaît de plus en plus que la Flandre, la Wallonie et Bruxelles ne s’améliorent pas.

Quoi que nous fassions, nous devons en effet le faire mieux, comme feu Gaston Geens – père fondateur de la politique flamande – l’a dit un jour. Mais cela ne semble donc pas être le cas. Lors de chaque crise, du covid aux inondations, il apparaît de plus en plus que la Flandre, la Wallonie et Bruxelles ne s’améliorent pas. La régionalisation ne permet pas de faire la différence. Au contraire, chaque crise démontre que la Belgique est devenue un pays désespérément morcelé, où chacun est compétent, mais personne n’est responsable.

Nous ne pouvons pas continuer ainsi, Alain. Alors que faire? Retourner en arrière, avec la devise "l’union fait la force", retrouver la Belgique d’antan dont le président du MR, Georges-Louis Bouchez, parle avec tellement de nostalgie, mais aussi bien la Belgique où les ministres du PS se sont mis en grève au sein du gouvernement? Ou bien décider d’en finir et d’abréger les souffrances de ce pays?

Dans un moment de faiblesse, je songe parfois à la fin de la Belgique. Qu’est-ce qui changerait dans notre vie?

Chaque semaine, nous donnons le meilleur de nous-mêmes, Alain, pour établir une liaison nord-sud, mais dans un moment de faiblesse, je songe parfois à la fin de la Belgique. Qu’est-ce qui changerait dans notre vie? Ce qui me vient à l’esprit, c’est que nous voyagerons à l’étranger lorsque nous, les Flamands, irons faire du kayak sur la Semois dans les Ardennes et que les Wallons viendront prendre un bain de soleil sur la plage à Blankenberge.

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