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Chronique "Canal Nord-Sud" | Ne banalisez pas l'extrême droite

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Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l'actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd) croisent le fer chaque semaine. Cette semaine, nous nous intéressons à l'affaire Jürgen Conings et à l'extrême droite.

Cher Wim,

Connais-tu Françoise Giroud? Cette journaliste, écrivaine et femme politique française, décédée il y a un peu moins de vingt ans, a écrit ceci: "Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit: C'est lui? Vous croyez? Il ne faut rien exagérer! Et puis, un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l'expulser." J’ai repensé à cette citation en constatant certaines réactions suscitées en Flandre ces derniers jours dans l’affaire Jürgen Conings. Ce qui m’inquiète n’est pas tant les projets meurtriers de ce militaire d’extrême droite, mais le fait que ce terroriste – appelons un chat un chat – soit soutenu par des milliers de gens, notamment sur les réseaux sociaux. Et ça ne te choque pas, toi, ces manifestations en faveur d’un Breivik flamand dans les rues de Maasmechelen? Un gars fiché comme dangereux par l’Ocam aurait-il pu tranquillement s’emparer d’armes dans une caserne s’il s’était appelé Mohammed?

Autrement dit, ce qui m’inquiète, c’est la passivité, la sous-estimation, la banalisation, voire la complicité d’une certaine partie de la Flandre envers l’extrême droite. "Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles", écrivait l’écrivain allemand Max Frisch. La haine ou la discrimination de l’autre en raison de son identité, de sa couleur de peau, de sa religion, de son orientation sexuelle, de sa nationalité… n’est jamais acceptable. On ne peut pas tergiverser avec cela.

Ce racisme rampant existe bel et bien, il ne faut pas le nier, mais il est minoritaire au Nord du pays. Et il n’est pas propre à la Flandre. On le retrouve tout autant en Wallonie ou à Bruxelles.

Cet événement pourrait renforcer, dans l’imaginaire francophone, l’idée d’une Flandre raciste. Pourtant, je suis convaincu – vraiment convaincu, j’insiste – que ce n’est pas vrai. Ce racisme rampant existe bel et bien, il ne faut pas le nier, mais il est minoritaire au Nord du pays. Et il n’est pas propre à la Flandre. On le retrouve tout autant en Wallonie ou à Bruxelles. Ce qui diffère, ce n’est pas la demande, c’est l’offre politique pour le porter: il est incarné par le Vlaams Belang et reflété parfois aussi partiellement par la N-VA alors que l’extrême droite est inexistante et décrédibilisée au Sud du pays, même si certains élus tentent de surfer sur une vague populiste, voire identitaire. Ce qui diffère aussi, c’est le traitement médiatique, avec ce cordon sanitaire que je persiste à trouver méritoire. Tu as fait toi-même, dans le Tijd de samedi dernier, une interview de Tom Van Grieken, le patron du VB,  où il défend la théorie du grand remplacement et dit que le "blanc doit être le facteur dominant" ou que "l’islam n’est pas compatible avec l’identité flamande." Pour moi, ces propos sont racistes.

Je change de sujet sans transition. Tu me demandais si Georges-Louis Bouchez vise le "Seize" en 2024 et si c’est pour cela qu’il peaufine sa popularité en Flandre. Le président du MR est un hyper communicant. Il veut qu’on parle de lui, tout le temps, sur tout, quitte à être dans la polémique ou la provocation, quitte à être très clivant. C’est délibéré, c’est même son moteur: la confrontation, il adore ça. Bouchez est certainement très ambitieux (de mon point de vue, cela ne revêt aucun caractère péjoratif). Et donc si, un jour, il peut avoir le poste de Premier ministre, il le prendra. Mais ce qui conduit au "Seize", c’est le rapport de forces politique, pas la popularité. Il y a une dizaine d’années, Elio Di Rupo est devenu Premier, ce n’est pas pour autant qu’il était adulé en Flandre, n’est-ce pas?

"Canal Nord-Sud"

Et si on se parlait par-delà la frontière linguistique? Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l’actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd), croiseront le fer chaque semaine. Cette chronique est publiée simultanément dans L’Echo et De Tijd chaque jeudi.

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