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Chronique "Canal Nord-Sud" | On ne négocie pas avec la nature

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Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l'actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd) croisent le fer chaque semaine. Cette semaine, nous nous intéressons aux efforts climatiques.

Cher Wim,

Les Wallons sont toujours sous le choc après les terribles inondations vécues il y a quelques jours. L’heure est au deuil et au début de la reconstruction. Mais il faudra encore beaucoup de temps pour effacer les stigmates de ce drame. D’un point de vue économique, la Wallonie va également souffrir et je crains que la relance soit en partie obérée par les coûts liés à ces inondations.

Cette catastrophe a entraîné des élans de solidarité, y compris depuis la Flandre (et c’est apprécié). La solidarité, c’est beau, tu as raison de le souligner. Mais il faut dépasser le stade de l’émotion et évoluer vers des solutions structurelles.

Le changement climatique n’est plus une menace lointaine, c’est une réalité qui nous concerne directement.

Le changement climatique n’est plus une menace lointaine, c’est une réalité qui nous concerne directement. Il entraîne une augmentation de phénomènes météorologiques extrêmes, dans leur fréquence et dans leur intensité. Regarde aussi l’actualité en Chine, au Canada, en Californie, à Madagascar… Cela a des conséquences terribles, y compris pour notre économie. Je trouve hallucinant que certains continuent à porter des œillères à ce sujet. Le 9 août prochain, on attend la publication du nouveau rapport du Giec (le groupe d’experts sur l’évolution du climat). Spoiler: il sera alarmiste…

La nature se moque des frontières. La Flandre n’est pas immunisée. Des experts flamands ont mis en garde: avec de mêmes précipitations persistantes et massives, il peut se passer la même chose qu'en province de Liège.

Pour faire face au changement climatique, il faut d’abord s’adapter. Par rapport aux inondations, il faut repenser l’aménagement du territoire par exemple. Mais il y a beaucoup de choses à faire sur tous les plans. L’été prochain, nous débattrons peut-être d’une canicule extrême…

Ensuite, on n’a pas d’autre choix, il faut absolument décarboner nos économies. Bien sûr, le mouvement est lancé. Mais cela reste "too little, too late". La Commission européenne a adopté il y a deux semaines son "green deal" mais la moitié des commissaires se sont opposés à la volonté d’Ursula von der Leyen d’inclure le transport routier et le chauffage des logements dans le système d’échange de carbone.  

2%
Selon l'Agence internationale de l'Énergie, seulement 2% des montants engagés dans les plans de relance sont alloués à des mesures d'énergie verte.

Selon l’Agence internationale de l’Énergie (AIE), les émissions de CO2 vont atteindre un nouveau record en 2023. L’AIE déplore que seulement 2% des montants engagés dans les plans de relance soient alloués à des mesures d’énergie verte.

Selon un rapport de BloombergNEF, le monde va devoir au moins doubler les investissements actuels pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Cela signifie qu’il faudra, durant les 30 prochaines années, passer de 1.700 milliards de dollars à un total compris entre 3.100 et 5.800 milliards de dollars d’investissements annuels dans la transition énergétique… C’est beaucoup d’argent. Mais le coût de l’inaction serait plus élevé encore.

C’est dans ce contexte, Wim, que tu proposes un "transfert climatique inversé". En substance, la Wallonie se montrerait solidaire avec la Flandre en faisant davantage d’efforts climatiques, par exemple au niveau des énergies renouvelables, puisque sa géographie le lui permet. Une sorte de juste retour des choses puisque, par ailleurs, le Nord finance le Sud (entre autres au niveau de la sécurité sociale).

À titre personnel, je trouve l’idée intéressante. La solidarité ne peut être à géométrie variable. Et elle peut donc se manifester aussi de la Wallonie vers la Flandre. Mais à condition que cela ne dédouane pas à bon compte la Flandre de réaliser ses propres efforts. Les objectifs environnementaux de la Flandre doivent être à la hauteur du défi climatique et à la hauteur de sa capacité contributive. Après (mais pas avant), la Wallonie peut effectivement apporter un écot supplémentaire. Wim, tu peux négocier avec les Wallons. Mais tu ne peux pas négocier avec la nature...

"Canal Nord-Sud"

Et si on se parlait par-delà la frontière linguistique? Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l’actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd), croisent le fer chaque semaine. Cette chronique est publiée simultanément dans L’Echo et De Tijd chaque jeudi.

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