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Chronique "Canal Nord-Sud" | Réformer l'État à partir d'une page blanche

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Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l'actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd) croisent le fer chaque semaine. Cette semaine, nous nous intéressons à la proposition du ministre-président flamand Jan Jambon de "redessiner le pays à partir d'une page blanche."

Cher Wim,

En cette période de juillet, ce sont des jours de fête. Le 11, c’est la fête flamande. De mon côté de la frontière linguistique, elle est quasi totalement ignorée. Je ne pense pas qu’un francophone sur dix connaisse cette date. Et encore moins ce qu'elle commémore (la bataille des "éperons d’or" en 1302). Le 14, c’est la fête nationale française. Sais-tu qu’à Liège, chaque année (hors pandémie), ce jour est fêté par un bal populaire, un marché gaulois et un feu d’artifice? Et le 21, c’est la fête nationale belge. Tu sais à quel événement historique elle se rapporte? Peu de Belges sont capables de donner la bonne réponse.

Une Histoire commune est un puissant facteur d’identité. Or, ce récit commun fait défaut entre les deux grandes communautés du pays. Ce manque explique une partie de nos divisions (avec la langue et la situation socio-économique bien sûr). Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’espace commun. Ce qui le forge, ce sont les émotions collectives. C’est pour ça que les Diables rouges sont un trait d’union entre les communautés.

Généralement, le 11 juillet est l’occasion pour les politiciens flamands de sortir l’un ou l’autre couplet nationaliste. Cette année, Jan Jambon n’a pas dérogé à la règle. Le ministre-président flamand a plaidé pour une réforme de l’État. Rien de surprenant, c’est le core business de son parti, la N-VA. Ce qui est intéressant, c’est qu’il propose de "redessiner le pays à partir d’une page blanche". Sur ce point précis, je suis assez d’accord avec lui. De réformes de l’État en crises institutionnelles, la Belgique s’est retrouvée avec une organisation kafkaïenne sans aucune vision. Il est temps de repenser le système de fond en comble pour davantage d’efficacité. Wim, qu’en penses-tu? Comment remplirais-tu cette "page blanche"?

Le nerf de la guerre, c’est l’argent évidemment. Dans ma dernière chronique, j’avais évoqué les "transferts Nord/Sud". Je voulais expressément te donner l’occasion de faire entendre le sentiment flamand à ce sujet. C’est un peu le but de cette chronique, non? J’ai trouvé ta réponse condescendante et caricaturale, à l’instar de cette attaque de Bart De Wever contre les "Wallons junkies" (en 2010). Dommage. Donc je répète: ces transferts sont une solidarité normale entre riches (qu’ils soient flamands, bruxellois ou wallons) et moins nantis. Peut-être veux-tu que la Wallonie annexe Messines (la commune de Flandre où le revenu moyen des ménages est le plus bas)? À moins qu’on ne laisse tout simplement crever les pauvres?

Les Flamands ne se porteront pas mieux si les Wallons sont appauvris.

Faut-il casser cette solidarité entre Nord et Sud ? Bien sûr, tu peux proclamer "I want my money back", comme disait Margaret Thatcher. Mais, outre que la posture est égoïste, elle peut être contre-productive pour la Flandre elle-même: n’oublie pas que la Wallonie et Bruxelles sont des partenaires commerciaux essentiels pour le nord du pays. Autrement dit, les Flamands ne se porteront pas mieux si les Wallons sont appauvris.

Je ne prétends pas, bien sûr, que tout a été bien géré en Wallonie et à Bruxelles. Loin s’en faut! Je comprends l’impatience flamande à une gestion plus performante, les appels à la responsabilisation. Je n’ignore pas non plus que la situation budgétaire des entités francophones est très tendue. Mais je voudrais terminer en évoquant le dynamisme entrepreneurial réel au sud du pays. Wim, connais-tu, par exemple, les projets prometteurs de John Cockerill dans l’hydrogène, de Comet Group dans le recyclage des panneaux photovoltaïques ou encore de Univercells dans l’ARN messager?

"Canal Nord-Sud"

Et si on se parlait par-delà la frontière linguistique? Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l’actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd), croiseront le fer chaque semaine. Cette chronique est publiée simultanément dans L’Echo et De Tijd chaque jeudi.

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