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Chronique "Canal Nord-Sud" | Tout le pays fait face au défi budgétaire

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Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l'actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique, publiée simultanément dans L'Echo et De Tijd. Alain Narinx (L'Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd) croisent le fer chaque semaine. Aujourd'hui, nous nous intéressons au budget bruxellois.

Cher Wim,

La Région bruxelloise est-elle exsangue, voire en faillite ? C’est ce que tu laisses entendre, sur foi d’un rapport cinglant de la Cour des comptes.

La réalité est plus nuancée. Certes, la situation budgétaire de la capitale reste délicate. Tout n’y est pas géré parfaitement, loin s’en faut. L’opposition (MR et N-VA) a cherché à exploiter politiquement ce rapport, c’est de bonne guerre. Mais selon le ministre bruxellois des Finances Sven Gatz – il est un libéral néerlandophone, pas un gauchiste francophone –, la dette est soutenable.

Que la Cour des comptes pointe erreurs, faiblesses ou dangers budgétaires, quoi de plus normal? C’est son job. La Flandre n’y échappe pas d’ailleurs. Vendredi dernier, cette même Cour a publié un rapport critique sur le budget flamand. Elle y fait part de ses inquiétudes sur la dette flamande. Celle-ci grimpera de 12% (soit 4,4 milliards d’euros) en 2022 pour atteindre 41 milliards. Le retour à l’équilibre a été repoussé à 2027. La Cour pointe aussi des lacunes plus spécifiques, comme des estimations budgétaires hasardeuses chez De Lijn ou sur le verdissement du parc automobile.

Tous les gouvernements du pays se retrouvent face à un défi budgétaire. La crise du covid a fait exploser les dépenses, creusant les déficits et enfonçant les finances publiques dans le rouge. Un retour à davantage de discipline budgétaire apparaît incontournable. Mais, dans le même temps, les besoins restent énormes: qui peut nier que des investissements sont nécessaires pour nos infrastructures, pour nos soins de santé, pour le soutien aux entreprises ou pour la transition climatique? Aura-t-on les moyens, par exemple, de financer l’extension du métro à Bruxelles? Les choix politiques des prochains mois et années seront cruciaux: il s’agira de placer le curseur entre orthodoxie budgétaire et investissements. C’est vrai en Belgique, mais aussi partout en Europe où se joue l’avenir du "pacte de stabilité", qui sert de métronome aux budgets nationaux.

Lors du prochain round institutionnel en 2024, il ne s’agira pas, pour la Région capitale, de "mendier" quoi que ce soit mais d’obtenir un juste financement, en adéquation avec sa contribution à la richesse nationale.

La situation bruxelloise n’est donc pas exceptionnelle. Ce qui est plus spécifique avec la Région bruxelloise, c’est plutôt son sous-financement structurel et la façon dont elle est traitée par les autres entités belges. Tous les pays européens, même des Etats fédéraux comme le nôtre, choient leur capitale. Le rayonnement économique d’une grande ville profite à tous. Il ne viendrait à aucun Français l’idée de laisser dépérir Paris. Aucun Allemand ne laisserait sombrer Berlin. Ce n’est pas le cas en Belgique où Bruxelles est, comme tu le reconnais toi-même, mal aimée par la majorité de la population. En Flandre, le "Brussels’ bashing" est un sport presque autant apprécié que le cyclisme. Lors du prochain round institutionnel en 2024, il ne s’agira pas, pour la Région capitale, de "mendier" quoi que ce soit, mais d’obtenir un juste financement, en adéquation avec sa contribution à la richesse nationale.

Mais ta façon de présenter les choses est en fait très révélatrice: tu expliques que si Bruxelles est désargentée, elle sera obligée de réclamer l’aumône, ce qui se fera en échange de davantage d’autonomie flamande. C’est la stratégie des nationalistes flamands: étrangler financièrement la capitale pour s’en servir comme levier dans la négociation. Le bien-être des Bruxellois, même néerlandophones, ou le développement économique de la région passent pour eux au second plan.

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