chronique

Dermagne incarne le nouveau PS

Newsmanager

Loin du cliché d’un vieux parti dogmatique et lié aux scandales, le vice-Premier ministre Pierre-Yves Dermagne représente le nouveau PS. Par loyauté gouvernementale, il garde une certaine distance avec les revendications syndicales sur les salaires.

Cher Wim,

La personnalité à suivre dans les prochains jours, c’est Pierre-Yves Dermagne. Le vice-Premier ministre PS, en charge du Travail et de l’Économie dans le gouvernement d’Alexander De Croo, passe un test majeur: il doit déminer la concertation sociale et permettre un accord sur les salaires. La loi de 1996 sur la compétitivité n’autorise qu’une croissance de 0,4% des rémunérations en 2021 et 2022, en plus de l’indexation automatique. Trop peu pour les syndicats, qui veulent négocier davantage là où c’est possible. Déjà trop pour les patrons, qui invoquent la crise économique.

Canal Nord - Sud

Et si on se parlait par-delà la frontière linguistique? Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l’actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd), croiseront le fer chaque semaine. Cette chronique est publiée simultanément dans L’Echo et De Tijd chaque jeudi.

Pour le PS, c’est un exercice d’équilibrisme. D’un côté, le dernier sondage montre que le PTB progresse nettement: 19% des intentions de vote en Wallonie, 16% à Bruxelles. Ces résultats n’ont pas échappé au boulevard de l’Empereur (le siège du PS)… Paul Magnette défend la position syndicale. Le PS ne peut tout simplement pas se permettre d’être trop en retrait de leurs revendications. D’un autre côté, l’accord de gouvernement De Croo prévoit de respecter la loi de 1996. Jusqu’ici, la crise sanitaire a mis les divergences entre les partis de la coalition en sourdine. Sur ce dossier, les tensions socio-économiques peuvent ressurgir. Dès lors,  Dermagne exprime une position plus nuancée que Magnette ou les syndicats, en considérant que la marge salariale (0,4%) est impérative sans exclure une certaine souplesse pour les secteurs en bonne santé. Il incarne ainsi la loyauté gouvernementale et espère éviter les frictions au sein de la Vivaldi.

À 40 ans, Dermagne est une figure montante du Parti socialiste. Ce Rochefortois, avocat de formation, est loin de la caricature du vieux baron du PS. Dermagne, c’est le nouveau PS. Au gouvernement wallon, il avait fait le ménage après le scandale Nethys. Au passage, il a deux qualités qui devraient te plaire: il est régionaliste et fan de vélo. Il progresse aussi en néerlandais.

En Flandre, la grève organisée par les syndicats le 29 mars dernier a été jugée "irresponsable" et "scandaleuse"… Ce sentiment était partagé aussi par une partie du public francophone. Cela dit, en Wallonie et à Bruxelles, les syndicats restent des mouvements puissants, surtout dans certains secteurs et dans certains bastions (Charleroi, Liège…). Cette culture syndicale est un héritage du passé et elle s’explique aussi par la situation socio-économique plus difficile du Sud du pays. Sur les questions sociales, la fracture n’est pas tant Nord/Sud, mais plutôt gauche/droite. La Wallonie et Bruxelles votent beaucoup plus à gauche, les syndicats y trouvent une caisse de résonance.

Les revendications syndicales d’augmentation salariale trouvent un vrai écho dans l’opinion publique francophone. Le fait que certains secteurs ou certaines entreprises se portent très bien malgré la crise, que certains grands patrons ont vu leur salaire fortement progresser ou encore que les dividendes de certaines sociétés restent élevés constitue un ensemble d'arguments qui marchent. Plus fondamentalement, pour une partie non négligeable de la population francophone, il existe une vraie aspiration à un changement profond de société après la crise. Beaucoup appellent à un "monde d’après", ce qui passe notamment par la revalorisation de métiers "essentiels": les infirmières, la caissière du supermarché, le livreur… Cela s’explique parce qu’une part de la population n’adhère pas au modèle économique dominant. La crise n’est ainsi pas vue comme une mauvaise passe à surmonter, mais comme une occasion de bouleverser l’ordre établi.

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