chronique

La Belgique francophone peut-elle survivre sans les perfusions d'argent flamand?

La réduction des futurs transferts Nord-Sud provoque, apparemment, de vives inquiétudes côté francophone.

Cher Alain,

Pour clarifier les choses, Alain: cette chronique nord-sud n'est tout de même pas une satire? Car il faut tout de même un certain toupet pour oser affirmer que les transferts de la Flandre vers la Belgique francophone sont normaux, et qu'ils pourraient même être plus importants. Et cela, à la veille de la Fête de la Communauté flamande. Ou bien s'agissait-il de se moquer gentiment de la Belgique francophone en lui tendant un miroir?

Si tu regardes dans le miroir, Alain, tu découvriras que la Belgique francophone est sous perfusion d'argent flamand. L'économiste Eric Dor (IESEG School of Management, Paris et Lille) a calculé qu'il s'agissait d'un flux de 7,14 milliards d'euros par an de la Flandre vers la Belgique francophone, ce qui représente 1.087 euros par an et par Flamand. Dans quelle voiture roules-tu, Alain? Tu ne dois pas nous remercier, tu sais. Et si tu souhaites un modèle plus luxueux, tu n'as qu’à nous le faire savoir.

Mais, blague à part, la réduction de ces transferts au cours des années à venir – comme cela a été négocié durant la sixième réforme de l’État – provoque apparemment de vives inquiétudes. À tel point que la sonnette d'alarme retentit de plus en plus fort, pour avertir qu'il n'y a plus d'argent et que la Belgique francophone est virtuellement en faillite. Mais peut-être n'as-tu pas entendu le ministre wallon du Budget, Frédéric Daerden (PS), qualifier de "catastrophiques" les finances de la Communauté française?

Il y a certainement quelque chose à dire sur cette solidarité interpersonnelle, mais le problème est que la Belgique francophone s'est installée dans cette situation. Si la Wallonie est le dernier village rouge en Europe, où les socialistes sont au pouvoir depuis des années, c'est peut-être parce que la Flandre paie la facture?

Georges-Louis Bouchez (MR) dénonce également cette responsabilité historique du PS, comme en témoigne son intervention féroce au conseil communal de Mons, devenue virale sur les réseaux sociaux. Bouchez reproche à Elio Di Rupo le fait que le PS ait été au pouvoir pendant des décennies, dans les bassins industriels de Wallonie, et qu'il n'ait pas offert un avenir meilleur à la population. Le PS n'a pas apporté la prospérité.

Bon, je ne vais pas faire ici le procès de la Belgique francophone, mais je me garderais tout de même de faire montre de trop d'arrogance face aux transferts nord-sud. Nous savons comment l'équipe de France étoilée s'est fait battre à l'Euro 2020. Ce qui est remarquable, c'est que cela a provoqué beaucoup de jubilation en Belgique francophone, alors que la Flandre et la France ont beaucoup moins de rapports entre elles.

Mais si je te comprends bien, Alain, tout se passe bien en Belgique francophone. Tout va très bien, Madame la Marquise.

Mais bon, permets-moi de parler un peu de la Flandre. Le 11 juillet, nous ferons à nouveau la fête. Le fait que la Flandre soit devenue le numéro un européen en matière de vaccination est aussi une bonne raison de se réjouir, même s'il demeure honteux que les maisons de repos flamandes se soient transformées en maisons de la mort durant la pandémie. Sur ce plan, le gouvernement flamand a échoué.

En réalité, l'adage flamand selon lequel nous faisons mieux ce que nous faisons nous-mêmes s'est révélé totalement bancal. As-tu entendu parler du scandale du PFOS? On parle depuis des années de pollution par le PFOS (perfluorooctane sulfonate), un produit chimique dit "indestructible", mais envers lequel personne n'a pris ses responsabilités. Tout le monde a regardé de l'autre côté. Et c'est symptomatique: le fiasco des panneaux solaires ou la politique en matière d'azote a démontré que la Flandre devait rapidement se reprendre.

Mais si je te comprends bien, Alain, tout se passe bien en Belgique francophone. Tout va très bien, Madame la Marquise.

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