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1.300 euros par mois pour un boulanger? "Sur les métiers en pénurie, la société doit faire examen de conscience"

Ancien administrateur-délégué de l’Institut Cardijn Lorraine

Faire reposer la responsabilité de la pénurie d’emplois dans certains métiers sur une seule classe de la population est à la fois injuste et inexact.

Écrire que les métiers en pénurie, avec comme exemples les boulangers et bouchers, sont payés en dessous du salaire minimum n’aide pas à l’embauche.

Le salaire minimum pour une personne de 18 ans minimum (21 ans pour un étudiant) est de 1.625,72 euros par mois, ce qui donne en net 1.558,47  euros.

Depuis les deux dernières rentrées dans l’enseignement secondaire, on constate une baisse d’environ 10 % du nombre d’élèves dans les filières techniques et professionnelles.

Les fiches de salaire que je prépare pour le personnel ouvrier de mon fils artisan boulanger-pâtissier présentent des montants nets de 1.805 à 1.927 euros (célibataires sans enfant) - hors primes et pécules. L’excuse du salaire tient encore moins si l’on prend le secteur de la construction, qui est le second secteur – après la chimie – en matière de rémunération et d’avantages divers… La pénurie est également présente dans certains métiers intellectuels, dont plusieurs sont de notoriété publique bien payés (ingénieurs, comptables, informaticiens…). Le problème se situe donc ailleurs…

Les métiers manuels, une filière d'excellence

Une des raisons fondamentales ne serait-elle pas un "bashing" sur ces métiers et les métiers manuels en particulier?  Une désinformation généralisée, une méconnaissance du monde du travail (en tout cas de certaines de ses particularités), dont l’interview de Monsieur Paul Magnette est malheureusement un exemple flagrant?

Serait-ce l’enseignement? Lorsque la société en général et ceux qui nous gouvernent comprendront qu’au-delà des mots valorisant le secteur (lors d’une inauguration d’un centre de formation par exemple), l’enseignement technique et professionnel n’est pas une filière de relégation mais aussi et surtout une filière d’excellence, la Wallonie aura franchi un grand pas vers un avenir plus serein.

Trop souvent, la réorientation est vue comme une déchéance par l’élève et ses parents, avec parfois pour conséquence le décrochage scolaire.

Il est interpellant que depuis les deux dernières rentrées de septembre dans l’enseignement secondaire, on constate une baisse d’environ 10 % du nombre d’élèves dans les filières techniques et professionnelles. Le plus extraordinaire, c’est que les sections où la certitude de trouver à la fin des études un travail est la plus grande sont souvent les sections en "maintien".

Le but d’une école n’est pas de préparer tous ses élèves à l’enseignement universitaire ou aux hautes écoles. La nouvelle réforme sur le pacte d’excellence et la réforme du qualifiant n’augurent rien de bon à ce sujet. C’est pour certains un autre débat, mais il fait intégralement partie de la solution qui nous préoccupe ici.

Sortir de sa bulle

Et ces employeurs qui cherchent désespérément la perle rare, jeune, bien formée, flexible, prête à l’emploi, ne doivent-ils pas eux aussi faire leur examen de conscience? La responsabilité est donc collective ! Changeons nos paradigmes: Osons l’effort! Mot trop souvent absent du discours public, sauf quand c’est l’autre qui doit le fournir…

Osons la réorientation positive, que ce soit au sein des établissements scolaires où, trop souvent (mais pas toujours), cette situation est vue comme une déchéance par l’élève et ses parents, avec parfois pour conséquence le décrochage scolaire… ou que ce soit au cours de la carrière du travailleur que le découragement guette.  Il vaudrait mieux voir cette situation aussi comme une chance et une possibilité de nouveau départ, même si ce n’est pas toujours évident.

Osez, vous les employeurs, engager et former des personnes peut-être pas au top, mais motivées.

Saisissons les possibilités de formations et ses aides, tant pour le travailleur que l’employeur.  Le Forem peut aider grandement, mais aussi l’Ifapme, entre autres. Ne perdons pas espoir, les résultats de l’Euroskills 2021 à Graz montrent bien que tous ces métiers sont facteurs d’excellence.

À vous les médias, les personnes publiques d’en faire une promotion positive. Osez, vous les employeurs, engager et former des personnes peut-être pas au top, mais motivées. Ainsi si nous sortons tous de notre bulle de confort, sans doute parviendrons-nous à améliorer les choses.

Philippe Schweisthal, ancien administrateur-délégué de l’Institut Cardijn Lorraine et père de trois enfants, tous chefs d’entreprise dont deux dans des secteurs en pénurie.

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