2017, l'année où le MR a lâché les indépendants

Il y a près de 375.000 indépendants en Belgique francophone et nombre d’entre eux sont désormais susceptibles de changer de vote lors des prochaines élections. ©Photo News

Ce n’était pas le premier coup de canif dans la forme de contrat implicite entre "les indépendants" et "les libéraux": les premiers soutiennent les seconds dans les urnes, les seconds défendent et protègent les premiers. Pas qu’il s’agisse de blocs homogènes, mais tout de même d’un lien établi dans la durée avec une quasi-action commune objective liant les uns et les autres. À cet égard, je pense qu’en 2017 les auto-réclamés "libéraux" ont tant tiré sur la corde qu’ils ont perdu définitivement des soutiens et des voix.

Quentin le Bussy 
Indépendant, chef d'entreprise et conseiller communal Ecolo à Liège

La législature avait pourtant bien commencé: une alliance des droites, sans les socialistes, il y avait de quoi laisser espérer des mesures significatives en faveur des entreprises et du million d’indépendants belges: beaucoup d’entre nous voulaient y croire et les plus sceptiques laissaient le bénéfice du doute au gouvernement. On a beaucoup parlé de réforme fiscale, de mesures en faveur des indépendants, de leur pension, mais il s’est vite avéré qu’il n’en serait rien ou presque après une décennie d’avancées en la matière.

Déjà sous la législature précédente, la gestion des BAJ, ex-avocats pro deo par la ministre libérale flamande Annemie Turtelboom, fut calamiteuse. Une part importante des avocats liés à ces matières est aujourd’hui définitivement perdue, dégoûtés d’une gestion "libérale" de la Justice.

Qu’on se rappelle les propos ubuesques de Louis Michel sur les rémunérations du personnel politique "à 4.800 euros par mois", oubliant que des travailleurs et des milliers d’indépendants triment sang et eau, week-ends compris, pour infiniment moins que ça!
Quentin le Bussy

Médecine, le supplice chinois

La saga liée à l’accès aux études de médecine n’est pas le fruit d’une politique récente, mais la majorité aux manettes depuis 2014 a singulièrement aggravé les choses. La prémisse indiquant que "plus de médecins = plus de dépenses médicales" n’a jamais été démontrée, ce qui n’empêche pas Maggie de Block de poursuivre une politique non pas libérale, mais bien conservatrice et qui étrangle universités francophones et étudiants. Un tel laisser faire passe mal chez les jeunes médecins et étudiants en médecine. Les uns sont soumis à une pression accrue lors de leurs stages, tandis que les autres se battent au quotidien dans le marigot des lois et décrets. Tout ceci alors qu’on constate une pénurie de médecins: nos hôpitaux recrutent à l’étranger! La soumission au diktat flamand, pour le coup, est vécue par beaucoup comme une trahison, un abandon.

UCM, Union des Classes… Communistes?

Le dernier débat en date n’est pas le moins picrocholin. À l’occasion des débats parlementaires liés à la réforme de l’ISOC, on a vu un parlementaire libéral qualifier de communiste (!) le représentant de l’UCM! C’est dire combien le MR actuel est éloigné de la réalité de l’indépendant de base qui gère ses cotisations, la TVA, l’ISOC et se paie… quand il peut. Combien d’élus et de membres de staff MR ont-ils déjà été dans leur carrière? La réponse serait dévastatrice… Qu’on se rappelle les propos ubuesques de Louis Michel sur les rémunérations du personnel politique "à 4.800 euros par mois", oubliant que des travailleurs et des milliers d’indépendants triment sang et eau, week-ends compris, pour infiniment moins que ça!

Entre la concurrence déloyale que vont créer les 500 euros exonérés par mois et le tour de passe-passe autour de l’ISOC, on constate le gouffre entre les vues des réformateurs et les aspirations des indépendants. En effet, il est prévu que cette baisse soit conditionnée à un revenu du dirigeant de 45.000 euros par an, ce qui n’est absolument pas le cas de la majorité des indépendants wallons et bruxellois, le revenu moyen/médian tournant autour de 30 à 35.000 euros! S’ensuivra donc une… pénalité, en plus d’un blocage institué pour contrer les passages en société, le plus souvent justifiés avant tout par la protection des biens privés.

Les dirigeants des entreprises du Bel 20 ont gagné jusqu’ici le revenu moyen du salarié belge, en quelques jours. Dans le même temps, les TPE/PME puisent dans leur trésorerie pour payer l’ISOC, souvent à taux plein, les petits entrepreneurs n’ayant ni le temps, ni les moyens de jouer avec de l’optimisation fiscale, même légale.
Quentin le Bussy

Concurrence déloyale, prestidigitation fiscale, pénalités, blocage: n’en jetez plus…

Soutenir les actifs ou la rente? No real Tax Shift…

Nous venons de fêter le "CEO Jackpot Day" le 8 janvier: les dirigeants des entreprises du Bel 20 ont gagné jusqu’ici le revenu moyen du salarié belge, en quelques jours. Dans le même temps, les TPE/PME puisent dans leur trésorerie pour payer l’ISOC, souvent à taux plein, les petits entrepreneurs n’ayant ni le temps, ni les moyens de jouer avec de l’optimisation fiscale, même légale. Aujourd’hui, deux catégories de revenus sont plus que toutes les autres imposées: IPP et ISOC, les citoyens ordinaires et les entreprises.

Le "Tax Shift" qui nous a été vendu à nous, actifs de tous poils (indépendants, entrepreneurs et travailleurs), est un miroir aux alouettes et non la révolution copernicienne attendue. Les indépendants et TPE/PME méritent d’être autrement traités que comme "les oubliés de la gauche et les arnaqués de la droite", selon la formule de Christos Doulkeridis.

Il y a près de 375.000 indépendants en Belgique francophone et nombre d’entre eux sont désormais susceptibles de changer de vote lors des prochaines élections. À l’analyse des programmes et des actes, comme indépendant, chef d’entreprise et élu vert, je suis certain qu’Ecolo s’en taillera demain la part du lion.

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