25 ans après, le processus d'Oslo est mort et Trump en a signé son épitaphe

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Oslo devait être un grand lit pour deux rêves. 25 ans après, c’est sur un lit d’épines que les Palestiniens sont contraints de dormir pendant que l’Amérique rend son allié israélien "great again".

Par Bichara Khader, professeur UCL

 

Triste anniversaire. Ceux qui ont cru au "miracle de la paix", le 13 septembre 1993, après la poignée de main historique entre Arafat et Rabin sur le perron de la Maison Blanche, doivent déchanter. Le Processus d’Oslo qui devait déboucher en 1999 sur un État Palestinien indépendant est aujourd’hui, 25 années après, mort et enterré, et le président Trump vient d’en écrire l’épitaphe.

Pourquoi en est-on arrivé là?

Les gouvernants d’Israël et leurs thuriféraires impénitents sont formels: Israël aspire à la paix, mais les Palestiniens rejettent "toutes ses offres généreuses". Ou bien, Israël veut négocier, mais il n’y a pas du côté palestinien un interlocuteur crédible, uni et modéré.

Vices de fond

Il faut être naïf ou pas sain d’esprit ou de mauvaise foi pour croire à ces sornettes. La réalité pointée du doigt par tous les observateurs avisés, est tout autre. Le processus d’Oslo souffrait, dès ses débuts, de vices de fond:

1. Une asymétrie du rapport de force entre Israël et les Palestiniens: c’est le vainqueur et occupant qui a imposé sa vision, son agenda et son calendrier. Tout a été subordonné à la sécurité d’Israël, et Américains et Européens ont exigé de l’Autorité palestinienne qu’elle contribue à la sécurité d’Israël en interdisant toute "violence" contre son armée d’occupation ou contre ses colons – fait inédit dans l’histoire où on exige d’un peuple occupé de veiller à la sécurité d’une armée d’occupation.

2. En outre, pendant que les négociations se déroulaient au département d’État américain, Israël poursuivait, sans relâche, sa colonisation des territoires occupés. Les chiffres l’attestent: en 1993, il y avait 280.000 colons à Jérusalem-Est, en Cisjordanie et à Gaza, et en 2018, ce chiffre a grimpé à 600.000 colons installés dans des colonies ceinturant Jérusalem, la déconnectant de l’hinterland palestinien, ou dans des colonies éparpillées sur tout le territoire palestinien, mais reliées entre elles et à Israël par des routes de contournement (bypass roads) à seul usage juif.

3. Pire, pour soi-disant se protéger des attaques terroristes, Israël construit un mur de 700 kilomètres, appelé pudiquement "barrière de sécurité", mais qui en réalité, éventre la Palestine, coupant des villages de leurs champs et de leurs ressources d’eau, et emmurant des villes entières avec barbelés et portiques.

4. Tout cela ne se faisait pas en catimini, mais au vu et au su de toute la communauté internationale. Qu’a fait l’Europe pour freiner ce processus de destruction du rêve d’Oslo? Certes elle a aidé financièrement le peuple palestinien, mais ce qui est important, ce n’est pas de jeter un sou dans l’escarcelle d’un peuple occupé mais de faire en sorte que ce peuple n’ait plus besoin de mendicité.

5. Le péché originel du Processus d’Oslo, sans doute, c’est qu’il a été mis sous le seul parrainage des Etats-Unis. Or comment peut-on espérer une solution équilibrée et un tantinet juste lorsque le parrain est à la fois juge et partie? Certes, on avait mis quelque espoir dans la présidence de Clinton qui a constaté, de visu, la misère de Gaza, ou dans la présidence d’Obama qui dans son discours du Caire du 4 juin 2009 a rappelé qu’"Israël doit respecter ses engagements et assurer aux Palestiniens la possibilité de vivre, travailler et développer leur société". Mais ces belles paroles ont été rapidement noyées par la "realpolitik" et les contraintes de la politique intérieure américaine.

6. Avec Trump on atteint les sommets du cynisme. Depuis son élection, on assiste à un travail de sape, en règle, visant cette fois à liquider la question palestinienne purement et simplement et cela en 4 temps:

a) Le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, ce qui signifie la reconnaissance de "Jérusalem unifiée" comme capitale d’Israël: c’est un aval de l’occupation et de l’annexion de Jérusalem-Est, censée devenir la capitale de la Palestine. Ce faisant, on retire Jérusalem de la table de négociations.

b) La question de la colonisation israélienne, écueil majeur du conflit, passe également à la trappe. Après avoir considéré la colonisation comme "illégale" dans les années 1970, puis "un obstacle à la paix" dans les années 1990, avec Trump la colonisation n’est même plus un "obstacle à la paix": pas question dès lors de démanteler les colonies.

c) Le travail de sape se poursuit par le refus américain de financer l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency), un organisme international créé spécialement pour venir en aide aux réfugiés palestiniens. Mais derrière cette mesure, c’est la question des réfugiés qui est en jeu. S’alignant sur les positions israéliennes, l’Amérique de Trump s’oppose donc au droit du retour des réfugiés palestiniens, chassés de leur pays avant et après la création de l’État d’Israël en 1948.

Camouflet du siècle

Ainsi, les trois grands dossiers du conflit israélo-palestinien sont évacués en un tour de main. C’est bien la quintessence de ce que Trump qualifie de "marché du siècle" (deal of the century) qu’il tente d’imposer aux Arabes et Palestiniens. Si certains États Arabes, alliés de l’Amérique, se laissent amadouer, l’Autorité Palestinienne s’oppose farouchement à ce qu’elle qualifie de "camouflet du siècle".

Pour Trump, une bonne Autorité palestinienne est une Autorité à genoux. Si elle tient tête, elle doit payer le prix le plus fort: tout d’abord, on lui coupe les vivres (suppression de l’aide américaine); ensuite, on supprime les contributions américaines à l’UNRWA; puis on ferme la représentation palestinienne à Washington; et enfin on récuse du droit de la Cour internationale de Justice de juger des Américains, des Israéliens (nommément) ou des alliés pour crimes de guerre. Ainsi les Israéliens peuvent dormir tranquillement sur l’oreiller américain, à la grande délectation de Benjamin Netanyahu.

Oslo devait être un grand lit pour deux rêves. 25 ans après, c’est sur un lit d’épines que les Palestiniens sont contraints de dormir pendant que l’Amérique rend son allié israélien "great again".

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