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A "Brussels", la Francophonie n'est pas à la fête

Partout à Bruxelles, la langue française tend à disparaître insidieusement de l'espace public. ©AFP

Alors que la Semaine de la Francophonie prend fin, force est de constater que les déclinaisons bruxelloises de cet évènement ne sont pas légion et ne bénéficient que de peu de visibilité. Notre capitale belge et européenne aurait-elle oublié son statut de grande ville francophone? On peut sans beaucoup d'hésitation répondre par l'affirmative à cette assertion.

Gaëtan Van Goidsenhoven
Député bruxellois et à la fédération Wallonie-Bruxelles
Chef de groupe MR au Parlement francophone bruxellois

D'aucuns diront que la langue française est une évidence en Région bruxelloise. Langue nettement majoritaire depuis de longues décennies; devenue lingua franca dans un territoire urbain marqué par la présence de populations aux origines de plus en plus diverses.

Pourtant, c'est une toute autre réalité qui s'impose ces dernières années. En effet, partout à Bruxelles – et plus particulièrement dans les quartiers centraux et européens – la langue française tend à disparaître insidieusement de l'espace public. La mode du tout à l'anglais tourne même à l'absurdité quand, dans un nombre croissant d'établissements HoReCa, il n'est plus possible de consulter une carte rédigée en français alors que serveurs et clients conversent dans cette langue.

La propension de nos responsables politiques bruxellois à favoriser l'emploi d'une seule langue dans le cadre des promotions touristiques ou des initiatives en faveurs des expatriés est significatif d'une politique d'abandon culturel.
Gaëtan Van Goidsenhoven

Être identifié comme francophone suffit-il pour être rangé au nombre des ringards et autres "losers", comme on aime à dire de nos jours? A-t-on désormais honte de parler la langue de Voltaire à Bruxelles? Il est vrai qu'en la matière l'exemple vient d'en haut. Quelle conclusion tirer quand on observe que jamais aucun évènement marquant lié à la Francophonie internationale n'ait pu être organisé dans une ville vouée aux rencontres internationales, du fait de son statut de capitale européenne et de siège de multiples organismes internationaux?

Plus grave, car plus significatif d'une politique d'abandon culturel, la propension de nos responsables politiques bruxellois à favoriser l'emploi d'une seule langue dans le cadre des promotions touristiques ou des initiatives en faveurs des expatriés. On se souviendra que Pascal Smet a déjà proposé à de multiples reprises l'officialisation de la langue anglaise à Bruxelles aux côtés du français et du néerlandais.

Non contents de truffer leurs discours de mots issus du globish, nos ministres bruxellois ont cru bon de débaptiser nombre d’organismes bruxellois pour leur donner une dénomination anglo-saxonne plus "fun": Citydev, Parking Brussels, Iristeam, Visit.Brussels,...
Gaëtan Van Goidsenhoven

Si cette stratégie qui vise à réduire le français au rang de langue minoritaire parmi d'autres ne trompe personne, l'attitude des responsables politiques francophones est à la fois troublante et décevante.

Non contents de truffer leurs discours de mots issus du globish (cet anglais anémié, sensé nous faire comprendre de tous), nos ministres bruxellois ont cru bon de débaptiser nombre d’organismes bruxellois pour leur donner une dénomination anglo-saxonne plus "fun": Citydev, Parking Brussels, Iristeam, Visit.Brussels, Beezy.Brussels, Easy.Brussels, Hub.brussels. Ce dernier (the new agency for company support in Brussels) est le fruit de l'imagination féconde de deux ministres DéFi, chez qui les préoccupations francophones semblent avoir cédé face à la marée montante de l'unilinguisme anglophone.

Chacun peut constater que, dans la réalité, cette posture anglophone caricaturale n'offre pas grand-chose d'autre qu'une identité flasque et stéréotypée.
Gaëtan Van Goidsenhoven

Si pareille posture – que nos amis Québécois désigneraient sous le vocable d'aplaventrisme – permettait de vaincre le chômage de masse tout en améliorant les compétences linguistiques de jeunes, on pourrait encore dire que Paris vaut bien une messe. Mais chacun peut constater que, dans la réalité, cette posture anglophone caricaturale n'offre pas grand-chose d'autre qu'une identité flasque et stéréotypée, alors que nos décideurs bruxellois et francophones se font les chantres de la diversité culturelle dans leurs discours lénifiants.

A l'heure où le pourtant très anglophone Emmanuel Macron présente un plan d'ensemble visant à promouvoir le français dans le monde, à l'heure où le nombre de locuteurs en français croît de façon rapide, notre "ville monde" délaisse la carte francophone avec un mélange d'indifférence et de commisération. Que faut-il le plus déplorer, le manque de fierté ou de lucidité?

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