Après les promesses électorales, l'heure de la transition énergétique

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Les décideurs politiques ont la responsabilité de poser enfin le cadre et les jalons d’une stratégie énergétique plus durable et plus efficace.

Par Fawaz Al Bitar, Yvan Hella et Michel Helbig de Balzac
Respectivement Directeur Général, Président du Conseil d'Administration et Président du Comité Stratégique d'EDORA

Suite aux élections du 26 mai, les entretiens politiques se poursuivent sur les priorités des futures coalitions régionales et fédérale. Cette législature s’avère cruciale car la Belgique devra mettre en œuvre une politique énergétique qui réponde tant à l’impératif de sécurité d’approvisionnement qu’aux enjeux socio-économiques, climatiques et environnementaux.

Certaines réflexions économiques, telles que le «modèle Donut» de Kate Raworth, préconisent d’inscrire notre croissance économique dans les limites de notre patrimoine écologique limité.

Une croissance sélective, telle que proposée par certains, comme Nicolas Hulot, associant solidarité et enjeux écologiques, est devenue indispensable à la réalisation de ces objectifs. Certaines réflexions économiques, telles que le "modèle Donut" de Kate Raworth, préconisent d’inscrire notre croissance économique dans les limites de notre patrimoine écologique limité, sous peine de mettre notre planète gravement en péril. Il convient en outre de baser cette approche sur les fondements sociaux et culturels de notre société.

Repenser la mobilité des biens et des personnes, favoriser les circuits courts et rendre notre économie plus circulaire doivent ainsi figurer parmi les priorités.

La responsabilité de nos futurs gouvernements

Les différents partis politiques du sud du pays se sont prononcés en faveur d’objectifs climatiques et de consommation d’énergies renouvelables plus ambitieux. Mais vont-ils maintenant parvenir à s’entendre sur une approche cohérente, indispensable au développement d’un système énergétique de plus en plus durable, sobre, flexible et décentralisé?

Le développement des réseaux locaux d’énergie, basés sur l’autoconsommation et le stockage collectifs, devrait permettre de mieux valoriser le potentiel des énergies renouvelables décentralisées.

Cette approche devra être couplée à des dispositifs incitatifs visant à activer davantage la flexibilité de la demande tant industrielle que tertiaire ou résidentielle.

La mise en place de mécanismes de marché et de signaux économiques adéquats amènera tout un chacun à consommer de préférence aux moments où les énergies renouvelables et durables sont les plus disponibles. De tels déplacements de consommation et la mise en place de dispositifs de stockage seraient de nature à réduire voire à éviter la construction de nouvelles centrales à gaz qui ne seraient en tout état de cause destinées qu’à fonctionner un nombre d’heures très limité par an.

Politique ambitieuse

Le déploiement des technologies nouvelles associées aux énergies renouvelables passe par la prise de décisions politiques claires et fortes sous cette nouvelle législature. L’ensemble des partis politiques francophones s’est engagé à répondre positivement à l’appel du secteur éolien, de l’Union wallonne des entreprises et du secteur immobilier et de la construction, afin de réduire les délais des recours au Conseil d’État contre les permis octroyés.

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Ces partis ont également répondu favorablement à la nécessité d’installer désormais les meilleures technologies disponibles en Wallonie, telles des éoliennes plus hautes et plus efficaces. Il est aussi important que le prochain Gouvernement wallon s’accorde sur un cadre de déploiement optimal des installations photovoltaïques sur toitures et en façade (BIPV ou photovoltaïque intégré au bâti), sans exclure de grandes installations au sol, là où une telle occupation de celui-ci ne porte pas préjudice à la collectivité. Sans oublier la nécessité d’élaborer un plan de développement 2020-2030 pour la biomasse-énergie locale, grâce à un inventaire détaillé des gisements pertinents et à une stratégie spécifique pour l’utilisation du biométhane et du gaz renouvelable.

Vers un "coût vérité" pour chaque technologie

Le fonctionnement actuel du marché, avec diverses formes de subsidiation directe ou indirecte des énergies fossiles, ne permet pas à la majorité des technologies durables et renouvelables d’être naturellement compétitives, notamment en raison de la prise en compte incomplète des coûts environnementaux et sanitaires qui en résulte.
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Le fonctionnement actuel du marché, avec diverses formes de subsidiation directe ou indirecte des énergies fossiles, ne permet pas à la majorité des technologies durables et renouvelables d’être naturellement compétitives, notamment en raison de la prise en compte incomplète des coûts environnementaux et sanitaires qui en résulte. L’introduction progressive d’une tarification carbone, dans le cadre d’un "tax shift" environnemental, constituerait une partie de la solution, en récompensant mieux les comportements vertueux pour la collectivité et en pénalisant les comportements néfastes.

Les engagements pré-électoraux des partis laissent à espérer que les gouvernements en gestation seront à même de relever ces défis. Si le marché parfait permet sur le court terme une allocation efficace des ressources productives stricto sensu, il n’en demeure pas moins myope. Les décideurs politiques ont la responsabilité de poser enfin le cadre et les jalons d’une stratégie énergétique plus durable et plus efficace, répondant aux enjeux écologiques et sociaux, ciments de notre société. En économie comme en énergie, des choix stratégiques judicieux n’ont jamais appauvri une collectivité.

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