chronique

Au Monsieur de la N-VA

L'humeur de Bruno Coppens.

Au moment même où les autorités semblent tout mettre en oeuvre pour éviter que la collecte de mes données personnelles dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 ne porte atteinte à ma vie privée, voilà qu’un représentant de la N-VA a porté atteinte à ma vie professionnelle sans aucune retenue et, tenez-vous bien, au Parlement! Je ne citerai pas son nom afin de ne pas porter atteinte à sa vie privée, je l’appellerai donc " Monsieur ". Par contre, par rapport à sa vie professionnelle, pourquoi me gênerais-je de dénoncer sa déclaration du 18 juin? Monsieur a dit que si l’on accorde aux artistes un droit au chômage cumulable aux droits d’auteur, même temporairement (jusque décembre), il sera très attractif pour tout le monde de devenir artiste au plus vite! Mieux, par rapport à la proposition qui vise à baisser le seuil d'accès au statut d'artiste, cela signifie que " tout le monde est artiste "! 

Monsieur s’est-il rendu compte qu’au-delà du mépris pour l’activité artistique qu’apparemment toute personne peut embrasser en un clin d’oeil, il humiliait aussi les citoyens puisqu’il sous-entend que ceux-ci ont dans leurs gènes le désir de contourner le système au plus vite, quitte à usurper une identité au passage? 

"Un artiste, pour ce Monsieur, c’est remplaçable et c’est méprisable."

Je voudrais juste rappeler à Monsieur que s’il a pu s’adresser à la nation, c’est grâce à un micro installé par un technicien du son. J’ignore le type de contrat signé avec cet artiste de l’ombre qui, rappelons-le en passant, a étudié 3 ou 4 ans et réussi moult examens, mais il sera certainement facile d’annuler ses futures prestations et confier ce " travail " que dis-je un travail! Brancher un micro? Un hobby! Que dis-je? Installer les baffles, réaliser les tests micro "one-two, one-two "? Un passe-temps à la portée de tous! Confions cela à un citoyen qui courra vite pour devenir artiste, afin d’entendre d’autres discours de Monsieur. Quant à l’équipe des médias diffusant les images prises à la Chambre permettant à Monsieur d’annoncer aux citoyens: "Tout le monde est artiste ", remplaçons-les illico. Et si des élections devaient avoir lieu à la rentrée, je suppose qu’à la place du photographe qui tire le portrait de Monsieur, du graphiste composant l’affiche de campagne de Monsieur, le réalisateur et le musicien créant les vidéos de Monsieur pour les réseaux sociaux, Monsieur fera appel à ses voisins, oncles et cousines qui s’y connaissent tous et toutes en dpi, convertisseur de focale et création sonore et qui s’exécuteront illico pour gagner un max en droits d’auteur!

Le 18 juin, j’aurais aimé être ce technicien du son au Parlement, j’aurais laissé parler Monsieur jusqu’au bout, j’aurais alors coupé le micro, remballé mon matériel et ensuite, Monsieur ainsi que Messieurs et Mesdames de l’Open VLD, CD&V et Vlaams Belang qui avaient aussi refusé de voter la loi sur les aides au secteur culturel, j’aurais quitté l’hémicycle car un artiste au Parlement, cela fait tache. 

Un artiste, pour Monsieur, c’est remplaçable et c’est méprisable. C’est aussi formidable, un artiste mais mort. Même bien mort, depuis longtemps, comme ça il pourra entrer dans ce futur Musée de la Culture flamande dont rêve tant Geert Bourgeois, le collègue de Monsieur.

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