Bas carbone et nucléaire

Une formule de remplacement de la coûteuse politique des certificats verts devrait être mise à l’étude. ©BELGA/BELPRESS

Le gouvernement belge annonce des mesures d’un pacte dit "énergétique", basé sur l’abandon des 7 réacteurs nucléaires en 2025.

Glibert R., Hendrickx P., Marlot J., Michel A., Pilate S., et Van Goethem G.
(Collectif d’Ingénieurs bien informés)[1]

Cet article montre que les pays d’Europe qui produisent leur électricité avec le moins de gaz à effet de serre font tous largement confiance à l’énergie nucléaire. Dans notre pays le débat fait rage actuellement: prolongera-t-on ou non les centrales nucléaires au-delà de leurs 40 ans de fonctionnement ?

Tour d'horizon des pays européens concernant l'électronucléaire

Ce tour d’horizon est impressionnant. Parmi les pays de l’Union Européenne, les pays champions en matière d’électricité à bas carbone sont, dans l’ordre, la Suède, la France et la Finlande. La Suède tire son électricité pour 40% du nucléaire et pour près de 50% d’énergies renouvelables, surtout hydraulique; pour la France, ces chiffres sont respectivement 75% et 15%; en Finlande le nucléaire représente 34%.

On peut souligner que si les Suédois sont d’accord sur le nucléaire, c’est notamment du fait que l’on a commencé à traiter et enfouir les déchets radioactifs. D’autre part, les 8 réacteurs suédois en service ont toujours fonctionné normalement.
Collectif Ingénieurs bien informés

Le cas de la Suède est particulièrement intéressant. Très tôt, après Tchernobyl, la Suède avait voté une loi d’abandon à terme du nucléaire. En 2009, cette loi était abrogée. Le gouvernement actuel, qui est rouge-vert avec socialistes et écologistes au pouvoir, a supprimé voici 3 ans une taxe sur l’électricité d’origine nucléaire. Et en 2017 ce même gouvernement a proclamé avoir besoin de nouvelles centrales nucléaires, à construire dès 2019. Il est devenu clair à tous les Suédois que l’objectif autrefois affiché de 100% d’électricité par énergies renouvelables en 2050 était une utopie. On peut souligner que si les Suédois sont d’accord sur le nucléaire, c’est notamment du fait que l’on a commencé à traiter et enfouir les déchets radioactifs. D’autre part, les 8 réacteurs suédois en service ont toujours fonctionné normalement.

Le cas de la France est connu. Le gouvernement précédent avait imprudemment décidé d’une réduction progressive de la part d’électricité nucléaire de 75 à 50%. Le gouvernement actuel, par la voix de son ministre l’écologiste bien connu Nicolas Hulot, a rapidement déclaré que ce n’était pas faisable, et le Président Macron a ajouté que le nucléaire resterait la base de la production d’électricité française, tandis que les quelques centrales restantes au charbon seraient bientôt arrêtées. (C’est donc l’opposé de la décision allemande, qui est évoquée plus loin.)

Le système des certificats verts déséquilibre complètement le marché de la construction de centrales électriques.
Collectif Ingénieurs bien informés

La Finlande, bon troisième pays du classement, termine actuellement les tests de sa nouvelle grosse centrale nucléaire EFR, qui sera mise en service cette année, et a annoncé lancer bientôt les appels d’offre pour une nouvelle centrale. La gestion des déchets radioactifs est en très bonne voie dans ce pays, ce qu’apprécient ses citoyens. Ainsi, commentant en 2017 la construction du dépôt Onkalo de déchets hautement radioactifs à Olkiluoto, même Greenpeace a exprimé sa satisfaction.

Et la Belgique dans ce classement? Elle est 4e, après les précités. Ceci surtout grâce à ses 7 réacteurs qui fournissent de 50 à 60% de l’électricité.

Le cas de la Grande-Bretagne

Il est un autre pays proche qui attire l’attention, c’est la Grande-Bretagne, qui a décidé de construire 10 nouveaux réacteurs. Parmi ceux-ci, deux sont déjà en construction à Hinkley Point; ce sont des EPR (European Pressurized Water Reactors), des gros réacteurs de 1.300 MW, dont la construction a été confiée à un consortium formé de la filiale UK d’EDF et de la chinoise CGN. Cette association n’est pas surprenante quand on sait que la Chine a actuellement une trentaine de réacteurs en fonctionnement et 19 réacteurs en construction, parmi lesquels leurs deux EFR qui vont bientôt démarrer.

Les sept réacteurs que compte la Belgique produisent 50 à 60% de l'électricité dans le pays. ©Photo News

La question des certificats verts

Cette active politique britannique est liée à l'abandon du fameux système des certificats verts, qui pénalise à la fois les citoyens (électricité plus chère) et les producteurs d’électricité. Ce système déséquilibre complètement le marché de la construction de centrales électriques. Il a été remplacé par un courageux accord entre le gouvernement britannique et les constructeurs: un prix de vente de référence de l’électricité dans les années à venir a été estimé. Si le prix réel de vente le dépasse, les constructeurs reverseront l’excédent à l’Etat? Si c’est le contraire, l’Etat compensera le manque vers les constructeurs. Adieu les subventions dites "vertes"[2]!

Il faut bien noter que nous ne voulons nullement nous opposer aux énergies dites renouvelables. Il faut combiner renouvelables et nucléaire. Mais il faut réaliser que certaines énergies vertes ont un caractère intermittent, à cause du vent et du soleil. Comme leur diagramme de production est très irrégulier, il faut le lisser en compensation par des centrales au gaz (qui peuvent démarrer et changer de régime très rapidement). Or, les centrales au gaz produisent du CO2.

Il faut combiner énergies renouvelable et nucléaire. Mais il faut réaliser que certaines énergies vertes ont un caractère intermittent, à cause du vent et du soleil.
Collectif Ingénieurs bien informés

A propos de CO2, on cite souvent les chiffres de production suivants, en grammes de CO2 par kWh (arrondis): charbon et hydrocarbures environ 1.000, gaz environ 600, contre environ 15 pour l’éolien et le nucléaire, compte tenu des gaz émis lors de la construction, de l’entretien et du démantèlement.[3] Mais en fait il faut majorer le chiffre de l’éolien pour tenir compte de la compensation par le gaz.

Contre-exemple: l'Allemagne

Ayant ainsi passé en revue les "bons" pays dans le domaine de la production d’énergie, avec la Belgique qui, grâce à ses 7 réacteurs, arrive 4e dans le classement, nous nous tournons vers le cas opposé, celui du "mauvais" pays: l’Allemagne. On peut dire que son effort d’Energiewende est un échec monumental: ce pays a une des plus grosses productions de CO2 d’Europe, et n’est pas parvenue à la réduire depuis 2011, moment où un nombre de réacteurs nucléaires a été abandonné au profit de centrales au charbon. Son grand nombre d’éoliennes et de panneaux solaires, à fonctionnement intermittent, pose un problème de stabilité du réseau; tantôt trop de courant, tantôt trop peu! Les pays voisins en craignent l’effet, du fait que le réseau européen est interconnecté. Et tout cela pour un prix de l’électricité 50% supérieur à celui en Belgique.

15
grammes/kWh
L’éolien et le nucléaire produisent 15 grammes de CO2 par kWh, contre environ 1.000 pour le charbon et les hydrocarbures et environ 600 pour le gaz.

Conclusion

L’Allemagne montre ce qu’il ne faut pas faire. Quant à la Belgique, qui fait partie des pays à relativement faible production de gaz à effet de serre au moyen d’un courant pas trop cher, elle le restera en continuant à miser sur l’atome pour son électricité! Par ailleurs, une formule de remplacement de la coûteuse politique des certificats verts devrait être mise à l’étude, en s’inspirant par exemple de ce qui a été décidé en Grande-Bretagne.

[1] Ce Collectif compte une trentaine d’ingénieurs, appartenant à plusieurs secteurs, pas forcément nucléaires.

[2] On subventionne même ce qui est appelé la biomasse, qui non seulement produit du CO2 mais aussi conduit à une déforestation : cela n’a rien d’écologique !

[3] Eolien et nucléaire, comme l’hydraulique, n’émettent pas du tout de CO2 en fonctionnement.

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