carte blanche

Bientôt la fin du mirage Bitcoin

Floris  Laly

Au vu de la folie qui entoure les cryptomonnaies en ce moment, il ne fait aucun doute que l’implosion de la bulle est proche. Le grand nettoyage annoncé devrait permettre de séparer le bon grain de l’ivraie, faisant émerger quelques start-ups extrêmement novatrices, tout en laissant disparaître toutes celles sans réelle valeur ajoutée.

Par Floris Laly
Assistant de recherche à la Louvain School of Management et économiste au sein de BSI Economics

La flambée du cours du bitcoin est sans équivalent dans l’histoire de la spéculation moderne, celui-ci s’étant apprécié de plus de deux-cent millions de pour-cent depuis son lancement en janvier 2009. La promesse d’un enrichissement quasi immédiat a entretenu la hausse ces dernières semaines, poussant de nombreux investisseurs novices, attirés par l’appât du gain, à se lancer dans l’aventure. Malheureusement, le retour à la réalité pourrait s’avérer fort douloureux pour ces derniers.

©REUTERS

Le cours du bitcoin a en effet fortement décroché en fin d’année 2017, passant de près de 20.000 dollars par bitcoin à moins de 11.000 dollars en cinq jours seulement, soit une chute de cours de près de 45%. Même si ce krach n’est pas le premier, le bitcoin ayant perdu 93% de sa valeur (en dollars) au cours de l’année 2010, 70% de sa valeur au cours de l’année 2013 et 84% de sa valeur en début d’année 2014, ce énième décrochage pourrait marquer la fin du mirage et le début du grand nettoyage dans le milieu des cryptomonnaies.

Le bitcoin n’est ni une monnaie ni un métal précieux…

Tandis qu’une monnaie est par définition extrêmement liquide, le bitcoin, lui, ne l’est pas, 40% du marché étant contrôlé par un petit millier d’investisseurs seulement, ouvrant la porte à de possibles manipulations de cours, dans un marché qui est, ne l’oublions pas, non régulé.

©Apaydin Alain/ABACA

Plus important encore, le bitcoin ne remplit pas les trois fonctions qu’est censée remplir une monnaie. Il ne remplit ni la fonction d’unité de compte, en raison de sa trop grande volatilité, ni totalement la fonction d’intermédiaire dans les échanges, celui-ci n’étant pas accepté par tous et partout, ni la fonction de réserve de valeur, du fait de la grande instabilité de son prix, le cours du bitcoin pouvant être multiplié ou divisé par deux en quelques jours seulement.

Autre point non négligeable, le bitcoin ne dépendant d’aucun État, il ne possède aucune dimension politique. Le bitcoin n’est donc pas une monnaie, même si son symbole (฿) tend à laisser penser le contraire en associant le bitcoin, dans l’imaginaire collectif, aux devises existantes ($, €, £, ¥, etc).

Bien que présenté comme la version numérique d’un métal précieux, et parfois même qualifié d’or numérique ou d’or digital, le surnom donné au bitcoin n’est là encore qu’un simple élément marketing. En effet, bien que le bitcoin soit disponible en quantité limitée, avec une augmentation de la difficulté de minage programmée, à l’image des métaux précieux, la rareté du bitcoin est purement artificielle puisque le code utilisé pour générer celui-ci est réplicable à l’infini. Par conséquent, le bitcoin n’est en aucun cas comparable à un métal précieux.

…mais un simple moyen de transaction

©ANP XTRA

Le bitcoin n’est, en réalité, qu’un simple moyen de transaction permettant, aujourd’hui, d’effectuer des achats (lorsque cela est possible). Les frais de transaction associés à ces achats sont assez faibles, il est vrai, mais ne tiennent pas compte des externalités négatives associées à l’impact écologique de la "bitcoinisation" de l’économie.

Une valorisation biaisée et une juste valeur proche de zéro

La valorisation actuelle du bitcoin donne le vertige. Ainsi, l’ensemble des bitcoins en circulation pourrait permettre d’acquérir l’entreprise Visa ou l’entreprise MasterCard au choix; ou encore 5,5% des réserves en dollar américain ou 3,5% de l’ensemble des pièces et billets en circulation. À l’image du marché immobilier à Tokyo en 1989, valorisé à hauteur du marché immobilier américain tout entier, la valorisation du bitcoin est excessive et totalement biaisée.

Premièrement, le code source du bitcoin étant accessible à tous, chacun peut se lancer dans la création de cryptomonnaies similaires, des cryptomonnaies alternatives (dénommées altcoins) voyant le jour régulièrement. Les barrières à l’entrée sont donc extrêmement faibles.

©MAXPPP

Deuxièmement, les détenteurs de bitcoins sont confrontés à un problème de sécurité récurrent, à savoir le piratage informatique. Parmi les piratages les plus retentissants, citons Bitfloor (2012), Mt Gox (2014), Bitstamp (2015), Bitfinex (2016), NiceHash (2017), Parity (2017) et Youbit (2017).

Troisièmement, le bitcoin est tout sauf écologique, la production de bitcoins générant une consommation annuelle d’électricité équivalente à celle d’un pays comme le Danemark (59ème consommateur mondial), alors que chaque transaction équivaut à la consommation annuelle d’un réfrigérateur de catégorie A + et génère 118kg de CO2, soit l’équivalent d’un trajet en voiture entre Bruxelles et Milan. Enfin, les jours d’un bitcoin non régulé et indépendant sont comptés.

Au vu de la folie qui entoure les cryptomonnaies en ce moment, il ne fait aucun doute que l’implosion de la bulle est proche. Le grand nettoyage annoncé devrait permettre de séparer le bon grain de l’ivraie, faisant émerger quelques start-ups extrêmement novatrices, tout en laissant disparaître toutes celles sans réelle valeur ajoutée.

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