carte blanche

Brexit ou la communication du mensonge

Il y a quelques jours, la députée travailliste Jo Cox a été abattue par un extrémiste qui a scandé "la Grande-Bretagne d’abord!". Les camps du "oui" et du "non" avaient du coup suspendu leur campagne pour quelques jours. Ce meurtre fut l’apothéose tragique d’une campagne intense et inédite, qui a franchi les limites de la liberté d’expression.

Car ce qui devait être une campagne basée sur la communication politique a dégénéré en prévisions alarmistes, pour devenir une campagne qui a tourné au mensonge, à la rhétorique creuse et enfin, à un tragique assassinat.

Le camp du "Leave" (quitter l’UE) a usé et abusé de la puissance des mots. Le sentiment de fierté nationale a été réveillé par le prêche d’une Grande-Bretagne forte qui a une influence importante dans le monde. De fait, la souveraineté de la représentation nationale britannique est sacrée dans l’esprit des Anglais.

Ceux qui veulent quitter l’Union européenne ont prétendu que Londres est limité dans sa grandeur de nation "extraordinaire". Selon cette doctrine, quitter l’UE rétablirait la liberté, en permettant à la Grande-Bretagne de redevenir à nouveau une grande nation.

À l’évidence, les eurosceptiques ont mené une campagne de désinformation visant à effrayer les électeurs. "Londres envoie 350 millions d’euros chaque semaine à Bruxelles", "la Grande-Bretagne se laisse mener à la baguette par l’UE" et "la Turquie va y adhérer en 2020" sont quelques-uns des messages les plus trompeurs qui ont circulé. Mais c’est en réalité toute la campagne qui a été marquée par de la désinformation et des coups bas.

Car les "amis de l’Europe" ont également versé dans le registre de la peur. "Quitter l’Europe constitue une menace pour notre économie et notre sécurité nationale", a notamment déclaré le Premier ministre David Cameron. On peut tirer quatre leçons de cette campagne.

Les résultats ne sont pas acquis d’avance, en dépit de ce que disent les sondages

En 2005, lors du référendum sur la constitution européenne, les Français ont rejeté le traité. Les sondages d’opinion initiaux avaient pourtant montré une nette majorité en faveur de la constitution, mais l’opposition du public a augmenté au fil du temps.

Au point que quelques jours avant le référendum, l’avance de la campagne "Oui" est devenu inférieure à la marge d’erreur des sondages. Les sondages en 2001 (Traité de Nice) et 2008 (Traité de Lisbonne) avaient aussi prédit un vote en faveur des traités, mais les Irlandais ont finalement voté contre.

Et dans le cas de la Grande-Bretagne? Beaucoup de sondages sur le Brexit ont plutôt démontré une tendance à vouloir quitter l’Union. Un des sondages suggérant le contraire provient de Showt, une agence de communication irlandaise, qui a développé un "sondage de sentiment" paneuropéen au sujet du référendum britannique. Et pas seulement pour les citoyens du Royaume-Uni, mais aussi pour les citoyens des autres pays européens.

Le 20 juin, le sentiment de 34.000 Européens sondés par Showt était que les Britanniques resteront dans l’UE, et cela, alors que le sentiment de 13 autres pays européens était de vouloir qu’ils sortent…

La clarté est cruciale

Il y a eu, tout au long de la campagne électorale, de nombreux conflits internes chez les eurosceptiques concernant des questions aussi essentielles comme: Qui devait mener la campagne? Et quel est le futur du pays après une éventuelle sortie?

On a ainsi fait valoir que le Brexit apporterait une plus grande liberté pour le Royaume-Uni en ce qui concerne le commerce et la croissance. Pour autant, il n’y a pas de vision substantielle sur ce que cela signifie très concrètement.

Lors du référendum de l’ONU en 2004 pour la réunification de Chypre, les électeurs étaient appelés à voter sur base de 9.000 pages de projets de loi, qui avaient été finalisées seulement un mois avant le vote. Rien n’était clair. Les gens ont finalement voté sur la base de leur sentiment et ont rejeté le plan. Même la plupart des représentants n’avaient pas eu le temps de lire la totalité du texte. La peur avait remporté la bataille…

Chaque message a besoin d’un visage

Marshall McLuhan, l’un des fondateurs des études contemporaines sur les médias, répétait souvent la phrase suivante: "le message, c’est le médium". Autrement dit, la nature du canal de transmission compte davantage que le sens ou le contenu du message. Mais ce n’est pas tout. Chaque message a besoin d’un visage pour avoir un impact. Chaque message d’une campagne politique est personnel.

Au début, le débat sur le Brexit se concentrait principalement sur les opinions d’une élite. Ensuite, les deux camps ont intégré l’idée que le référendum aurait un impact majeur sur le quotidien des gens. Lorsque des personnalités se sont jointes à la campagne, les messages sont devenus plus personnels. Et c’est à partir de ce moment que les électeurs se sont sentis plus concernés et plus motivés pour aller voter.

Gardez l’humanisme et la dignité

L’assassinat de Jo Cox n’est pas seulement une tragédie pour le Royaume-Uni. C’est une tragédie pour le monde civilisé et une attaque contre la démocratie.

Il s’agit aussi d’un triste exemple de la façon dont le nationalisme et le populisme peuvent diviser et empoisonner les relations entre individus.

Aujourd’hui, les citoyens du Royaume-Uni vont voter quant à la sortie ou non de l’UE. Le meurtre de Jo Cox pourrait avoir inversé la tendance des sondages. L’histoire, en effet, en particulier pendant les périodes de changement comme maintenant, est souvent marquée par des événements inattendus comme celui-là.

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