carte blanche

C'est reparti pour un tour avec les métiers en pénurie

Eric Bossart

La situation est connue depuis longtemps : de manière récurrente, des milliers d’emplois restent non pourvus en Belgique. La réponse est quasi mathématique : formons donc les chômeurs ! Est-il pour cela nécessaire d’identifier les métiers en pénurie ? Bien sûr que oui, mais pourquoi recommencer un exercice qui a, dans les grandes lignes du moins, été déjà réalisé maintes fois ?

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Par Eric Bossart
Smart Attitude

Je suis heureux de lire que Fédéral et Régions ont la volonté de débloquer les freins à l’emploi, notamment en identifiant les métiers en pénurie. En soi, c’est sympa, mais quoi de bien neuf sous le soleil ?

La situation est connue depuis longtemps, très longtemps même : de manière récurrente, des milliers d’emplois restent non pourvus en Belgique – nous en sommes actuellement à 135.000 – et la situation risque de s’aggraver avec les effets de la quatrième révolution industrielle – entendez la transition numérique et digitale – dont la caractéristique est … la vitesse.

Le serpent se mord la queue

Avec, comme le souligne à juste titre la banque européenne d’investissement, un frein à l’investissement et à la croissance. Et donc à l’emploi. C’est le principe du serpent qui se mord la queue.

Le paradoxe n’est pas neuf, lui non plus : face à ces nombreux postes à pourvoir, 351.000 chômeurs en quête d’un emploi ou supposés l’être. Le hic : ces personnes ne disposent pas des compétences recherchées par les entreprises.

La réponse est quasi mathématique : formons donc ces chômeurs !

Est-il nécessaire d’identifier les métiers en pénurie ? Bien sûr que oui, mais pourquoi recommencer un exercice qui a, dans les grandes lignes du moins, été déjà réalisé maintes fois ?

Est-il pour cela nécessaire d’identifier les métiers en pénurie ? Bien sûr que oui, mais pourquoi recommencer un exercice qui a, dans les grandes lignes du moins, été déjà réalisé maintes fois ?

En Wallonie – situation que je connais davantage -, il existe toute une série de statistiques qui permettent d’identifier ces métiers ne trouvant pas chaussure à leur pied ; elles sont notamment élaborées par l’IWEPS – Institut Wallon de l’Evaluation, de la Prospective et de la Statistique – et l’AMEF – Service d’Analyse du Marché de l’Emploi et de la Formation, relevant du FOREM. En résulte d’ailleurs une liste des fonctions critiques et métiers en pénurie mise régulièrement à jour, à laquelle s’ajoute celle relative aux métiers d’avenir.

Mieux encore : ces analyses sont affinées de manière territoriale via les 9 IBEFE – Instances Bassins Enseignement qualifiant-Formation-Emploi – que comporte la Wallonie, et dont l’objectif est de mettre en place des structures de formation répondant concrètement aux besoins des entreprises.

Jusqu’à la dernière vrigule

Génial donc ! Mais alors, pourquoi les choses n’avancent-elles pas davantage ? Parce que passer de la réflexion à l’action prend un temps fou.

D’une part, tout se passe paritairement – ce qui est louable en soi -, avec des discussions et des compromis à n’en plus finir ; et d’autre part, nous avons culturellement tendance à aller jusqu’à la dernière virgule, ce qui complique d’ailleurs les discussions. Il s’agit là d’un autre paradoxe car, entretemps, le monde continue de tourner, créant progressivement une situation d’urgence.

Vingt pour cent de votre temps sont consacrés à la réalisation du produit en lui-même ; quatre-vingt pour cent concernent le papier cadeau que vous mettez autour pour présenter joliment les choses.

On m’a appris une règle très simple qui se vérifie constamment dans la vie : celle du 80-20, appelée aussi loi de Pareto. Vingt pour cent de votre temps sont consacrés à la réalisation du produit en lui-même ; quatre-vingt pour cent concernent le papier cadeau que vous mettez autour pour présenter joliment les choses.

Pendant ce temps, le client est parti ailleurs … Traduction : ayons la sagesse de travailler avec les données arrêtées à un moment T, et mettons-nous au plus vite à l’œuvre pour mettre en place, de manière simple, des formations en relation avec les besoins des entreprises.

Faire simple

Si des adaptations sont à réaliser par la suite, il sera encore grand temps via des évaluations continues. C’est ainsi que l’on pourra regagner la confiance des entreprises qui accepteront alors davantage de se positionner comme co-formatrices, notamment dans le cadre de la formation en alternance.

Soyons simples. C’est toujours ce qui marche le mieux.

Par ailleurs, s’il est important de former des demandeurs d’emploi – et il existe des formules bien pensées chez les opérateurs de formations -, n’oublions pas d’anticiper par une information, une orientation et une formation des jeunes ; c’est le job des Cités des Métiers, qui doit toutefois trouver écho dans les structures d’Enseignement et de Formation.

En deux mots : soyons simples. C’est toujours ce qui marche le mieux.

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