carte blanche

De l'influence du soft power russe à l'égard de la Lettonie

Stéphanie Heng

Une manière pour la Russie d'exercer son soft power est la mise en exergue des violations des droits de l'Homme des Russes ethniques par le gouvernement letton.

De nombreux gouvernements voient le soft power prendre une place croissante dans leur politique étrangère. La Russie en est un exemple intéressant, depuis notamment les années 2000.

Représentant les méthodes et les moyens mis en œuvre par des États dans le but de diffuser des messages s’appuyant essentiellement sur des éléments idéologiques et/ou culturels, l’objectif de stratégies de soft power (puissance douce) mises en place par des gouvernements est de développer une influence du pays sur la scène internationale, sans pour autant recourir à la violence.

Les médias d’information représentent un canal important du soft power. La Russie développe ainsi sa politique étrangère en y intégrant une stratégie de communication internationale reposant sur des médias financés par l’État.

©REUTERS

Parmi les médias utilisés par la Russie se trouve la chaîne internationale d’information RT (auparavant Russia Today). Cette dernière émet en plusieurs langues (notamment en anglais). Le réseau international multimédia Sputnik occupe également une place intéressante au cœur de cette stratégie du gouvernement russe.

Un objectif évident de la stratégie de communication russe consiste à développer le poids médiatique et diplomatique du pays sur la scène internationale tout en offrant un regard russe sur l’actualité internationale, une alternative à la vision présentée par certains médias occidentaux (par exemple sur la crise ukrainienne) et régulièrement perçue par la Russie comme des tentatives de propagande agressive à son encontre.

Comment s’exerce ce soft power russe auprès de ses voisins et notamment de la Lettonie, par ailleurs membre de l’Union européenne?

Les relations complexes de la Lettonie avec le voisin russe

Membre de l’Otan, de l’Union européenne et de la zone euro, la République de Lettonie reste peu connue chez nous. Relativement peu d’informations circulent chez nous sur ce pays. Avec la Lituanie et l’Estonie, elle est l’un des trois pays baltes membres de l’Union européenne depuis une dizaine d’années. Ancienne république soviétique, la Lettonie dispose d’une frontière à l’est avec la Russie.

Les relations de la Lettonie avec le voisin russe ne sont pas des plus simples. Une importante minorité russophone est présente en Lettonie. L’URSS a en effet annexé la Lettonie durant la Seconde Guerre mondiale. De nombreux Lettons ont alors été déportés en Sibérie alors que des populations russophones étaient envoyées en Lettonie. Les Russes ethniques représentent aujourd’hui plus d’un tiers de la population du pays.

Une influence via la minorité russophone

Depuis la fin de l’Union soviétique, la Russie considère les anciens membres de l’Union soviétique comme son "étranger tout proche" (near abroad), c’est-à-dire une zone sur laquelle son influence pourrait être exercée à nouveau, de manière croissante. Afin de pouvoir développer son influence au-delà de ses frontières, et notamment vis-à-vis de la minorité russophone importante dans un pays membre de l’Union européenne et de l’Otan comme la Lettonie, la Russie peut s’appuyer sur son soft power.

Une manière pour la Russie d’exercer son soft power est la mise en exergue des violations des droits de l’Homme des Russes ethniques par le gouvernement letton.

Le gouvernement russe a ainsi développé les liens tant linguistiques que culturels avec la minorité ethnique russe en Lettonie. Il a notamment soutenu l’ouverture de deux centres linguistiques russes en Lettonie.

Les médias (journaux, télévisions) en langue russe continuent quant à eux d’exister en Lettonie et apparaissent comme une source importante d’informations pour les Russes ethniques présents en Lettonie. Une manière pour la Russie d’exercer son soft power de façon effective vis-à-vis de la Lettonie est la mise en exergue des violations des droits de l’Homme des Russes ethniques par le gouvernement letton. Il y a quelques semaines, les autorités lettonnes ont néanmoins bloqué l’accès au domaine du site de l’agence de presse internationale Sputnik, considéré comme un site de propagande des autorités russes.

La vraie question demeure de savoir quel effet les initiatives et actions du gouvernement russe ont réellement sur les Russes ethniques en Lettonie et notamment sur la jeune génération, celle qui est née après la chute de l’Union soviétique: se sent-elle plus proche de la Russie ou, au contraire, de l’Europe et des valeurs qu’elle représente?

Par Stéphanie Heng
Experte en communication, membre du PReCoM (Pôle de recherches sur la communication et les médias) - Université Saint-Louis - Bruxelles.

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