Ecolo + métro = chaos?

Les mandataires écologistes ont toujours été cohérents et sans ambiguïté dans leur opposition farouche contre la ligne 3 de la Stib. ©Photo News

Selon Gautier Calomne, Ecolo ne peut pas décemment se plaindre de l'enfer de la mobilité et de la dégradation de la situation environnementale tout en repoussant les actes concrets qui ont été posés pour l'élaboration de la ligne 3.

Par Gautier Calomne
Député fédéral, chef de groupe MR à Ixelles

Après de très longues années de tergiversations et de négociations au niveau des autorités publiques, il avait enfin été décidé en 2016 que le quadragénaire métro bruxellois devrait enfin connaître une poussée de croissance qui répond aux besoins énormes de mobilité. À cet égard, un accord avait été trouvé sur la création de la future ligne 3 de la Stib, longue de 5 km et pourvue de sept stations, pour mieux raccorder les quartiers de la capitale de l’Europe, renforcer l’offre de transport et l’intermodalité dans les zones les plus densément peuplées (entre autres, le réseau S de la SNCB) et, surtout, offrir une alternative crédible aux voitures. En filigrane: doper la qualité de vie par le développement durable!

Ce qui est le plus interpellant dans cette situation, c’est cette incapacité de respecter les décisions et les stratégies qui engagent notre Région pour des décennies.
Gautier Calomne

Le plus grand chantier du siècle dans la capitale est le produit d’un fédéralisme de coopération, unissant la Région bruxelloise et l’autorité fédérale (mobilisation de l’outil financier Beliris), avec pour horizon la période 2025-2030. Tout cela semblait depuis lors acquis et le chantier en phase active… Mais c’était sans compter les récentes élections communales et la percée du parti Ecolo dans un grand nombre de conseils communaux.

À peine désignés, leurs mandataires de Saint-Gilles et de la Ville de Bruxelles ont poussé les majorités respectives socialistes-écologistes à déposer des avis cinglants, dans le cadre du processus de concertation, contre le projet de la station Toots Thielemans. Ces critiques mettent la pression sur le gouvernement régional qui doit trancher sur la délivrance d’un permis à la Stib mais dont les pensées sont déjà télescopées par les scénarios d’après-scrutin de mai 2019. À l’instar des bourgmestres Close et Picqué, le ministre-président Vervoort en viendra-t-il à renier sa parole pour ménager Ecolo? Ce torpillage risque de faire dérailler le projet de consensus, envoyer les acquis dans le ravin et nous faire perdre des décennies…

On ne peut pas se plaindre de l'enfer de la mobilité et de la dégradation de la situation environnementale tout en repoussant les actes concrets qui ont été posés.
Gautier Calomne



Et pourtant, ce coup de canif n’est pas une surprise… Pourquoi s’en étonner alors que les mandataires écologistes ont toujours été cohérents et sans ambiguïté dans leur opposition farouche contre cette solution de mobilité? À leur estime, le métro est une solution extrêmement coûteuse et qui n’apporte aucune solution à court ou moyen terme. In fine, place aux bus, aux trams, aux vélos et aux piétons. Pour le dire clairement, Ecolo ne rime pas avec métro!

C’est bien le pari tout à fait contraire de ces métropoles ambitieuses comme Madrid, qui a construit 164 km de nouvelles voies pourvues d’une centaine de stations en… 12 ans. C’est bien la logique opposée au seul vecteur de transport de masse face à des besoins de mobilité en croissance exponentielle.

Ne jouons pas avec les avancées engrangées pour la ligne nord de la Stib.
Gautier Calomne

En réalité, ce qui est le plus interpellant dans cette situation, ce n’est évidemment pas l’absence d'intérêt pour le métro par Ecolo - elle est tout à fait légitime dans le débat démocratique -, mais c’est bien cette incapacité de respecter les décisions et les stratégies qui engagent notre Région pour des décennies, sans regard des évolutions des majorités politiques, et ce à tout niveau de pouvoir confondu. On ne peut pas décemment se plaindre de l'enfer de la mobilité et de la dégradation de la situation environnementale (particules fines, bruit, etc.) tout en repoussant les actes concrets qui ont été posés. Avec l'attitude des avis rendus par les autorités communales de Saint-Gilles et de la Ville de Bruxelles, d'aucuns nourrissent le chaos qu'ils dénoncent pourtant chaque jour.

Au-delà des clivages et des partis, il est temps de revenir à cette idée essentielle du bien commun, lequel passe souvent par le respect des engagements passés, présents et futurs. Ne jouons pas avec les avancées engrangées pour la ligne nord de la Stib, notre capitale vaut bien plus que cela.

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