carte blanche

Face à l'immobilisme, passons à la démocratie de l'action

Tous les jours, l’actualité nous montre qu’il existe une inadéquation profonde entre la société civile et les institutions. Les aspirations légitimes de certains sont rejetées de peur qu’elles bouleversent le système.

Par Xavier Damman

CEO d'Open Collective, fondateur de Storify

Quel est le point commun entre les indépendantistes catalans, le mouvement En Marche et les partisans du Brexit? Si j’ose cette comparaison choquante, c’est parce que, au-delà de divergences de taille, ces différents mouvements témoignent d’un même phénomène: le rejet d’un ordre établi, des idées dominantes, des institutions qui semblent écraser l’individu et nier sa capacité à agir. Plus qu’un simple rejet, ils sont aussi l’expression d’un désir, celui de construire quelque chose de nouveau. J’ai récemment rencontré des représentants du mouvement En Marche en Belgique: comme leurs voisins français, ses partisans considèrent que tout citoyen a son mot à dire en politique, et que lui permettre de s’exprimer nécessite de remettre en question le traditionnel clivage gauche-droite.

Nous vivons dans un nouveau monde. Les innovations technologiques ont changé nos modes de vie de façon radicale depuis le début des années 2000. Et pourtant, le système, lui, n’a pas vraiment évolué: mêmes formes de gouvernement, mêmes personnalités politiques, mêmes voix dans les (vieux) médias. C’est pourquoi j’aimerais apporter une vision alternative de l’avenir.

Les gens ne se reconnaissent plus dans ce système, n’y trouvent plus leur place.

Tous les jours, l’actualité nous montre qu’il existe une inadéquation profonde entre la société civile et les institutions. Les aspirations légitimes de certains sont rejetées de peur qu’elles bouleversent le système. Pourquoi d’une part évoquer "le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes" et le nier en réalité? Pourquoi différents scrutins électoraux récents ont vu l’émergence d’un vote dit "anti-système"? Parce que les gens ne se reconnaissent plus dans ce système, n’y trouvent plus leur place.

Alors bien sûr, il y a ceux qui tempêtent et manifestent contre tel gouvernement, telle mesure sociale. Des combats qui ne sont pas dénués de sens, mais qui se répètent depuis si longtemps qu’ils font finalement sans le vouloir le jeu du système. D’autant qu’ils n’offrent pas forcément de nouvelles solutions. Autrement dit, les vieilles recettes ne fonctionnent plus: les grèves entraînent davantage de frustrations de toutes parts que de résultats concrets.

Or les médias sociaux, les technologies de l’information, l’automatisation créent de nouvelles opportunités, sous la forme d’outils qui nous permettent de nous exprimer et de collaborer ensemble afin de construire un monde nouveau. Il ne s’agit plus de combattre le système, les partis, les grands monopoles mais de faire nos propres expériences et de laisser ce système mourir de sa belle mort.

Prenons l’exemple de Microsoft: il y a des années, c’était l’ennemi public numéro un, l’entreprise monopolistique qui empêchait les outsiders d’entrer sur le marché. Fast-forward en 2017: évoque-t-on encore Microsoft de cette manière? Non, et pourquoi? Depuis les années 2000, des entrepreneurs ont retroussé leurs manches et inventé autre chose: les acteurs de l’internet sont devenus les "géants de l’IT", de telle sorte qu’aujourd’hui ce sont les GAFA qui sont omniprésents dans nos esprits.

Oui le système est pourri, mais pas plus que Windows XP dans les années 2000. Ne nous battons pas contre les géants de ce monde, arrêtons de nous plaindre et agissons.

Stop au bla-bla et place aux actes

Contribuons chacun de notre côté sur les sujets qui nous tiennent à cœur et construisons ensemble l’Internet non plus de l’information, mais de l’action locale et globale, au-delà des frontières. C’est un pari optimiste que je fais pour le monde de demain. Optimiste, certes, mais pas naïf.

Un monde où l’on construit, où l’on expérimente. Un monde dans lequel il est possible, et pas honteux, d’échouer. Parce que nous apprenons de nos erreurs. Les échecs sont une expérience à vivre pour faire encore mieux ensuite. Ce nouveau monde doit permettre à chacun d’entre nous de devenir la meilleure version de soi-même. Il nous permettrait d’agir, sans demander la permission à chacune de nos initiatives.

Pour la première fois dans l’histoire nous, particuliers, avons l’opportunité de bousculer l’ordre établi, de façon pacifique, en échangeant nos idées, en créant de nouveaux mouvements, bref en agissant. Agissons donc ensemble, localement, pour réinventer notre monde. Car on ne peut pas continuellement attendre que le système change de lui-même. Ne perdons pas notre énergie à nous battre contre ce qui ne fonctionne plus. Utilisons-la plutôt pour construire le monde que nous voulons.

J’aimerais explorer dans une série d’articles une autre façon de penser et de régler nos problèmes. Faisons confiance à notre créativité et à notre volonté, et tournons-nous résolument vers l’avenir. Let’s do it!

Xavier Damman sera présent à Bruxelles ces 3 et 4 novembre, et abordera le sujet de cette carte blanche lors du symposium "And What About Politics".

Lire également

Messages sponsorisés