carte blanche

Gaz et pétrole de schiste, le superlatif de la pollution humaine

Le gaz et le pétrole de schiste ont permis aux Etats-Unis de s’affranchir du Moyen-Orient pour leurs besoins en énergie. Mais cela a placé notre monde face à de nouveaux problèmes environnementaux. L’impact de cette exploitation à grande échelle se fait aussi sentir dans d’autres secteurs: production excessive de matières plastiques qui polluent nos rivières, nos mers et nos océans. Cette folie économique doit cesser.

La production massive de " shale oil " a été présentée comme une des principales " disruptions " de la dernière décennie. La technique consiste à extraire du pétrole grâce à des explosions souterraines, des forages de précision, l’injection de produits chimiques et d’énormes quantités d’eau dans les couches poreuses du sous-sol. Elle a eu un impact jamais vu auparavant sur la production de pétrole aux Etats-Unis. Aujourd’hui, l’industrie extrait 9,5 millions de barils de pétrole de schiste par jour, ce qui représente plus de 75% de la production américaine, qui dépasse désormais les 12 millions de barils par jour.

Geert Noels

Économiste et fondateur d'Econopolis

L’extraction de gaz et de pétrole de schiste est l'une des industries les plus polluantes au monde. On injecte de l’eau propre dans les couches terrestres profondes et on en retire de l’eau polluée. Le processus libère également énormément de méthane, aussi appelé " CO2 on steroids ", car il fait partie des gaz à effet de serre les plus nocifs. Le méthane représente 20% des gaz à effet de serre libérés dans l’atmosphère. L’exploitation du pétrole et du gaz de schiste est par ailleurs extrêmement limitée dans le temps, car les gisements sont généralement épuisés après un an. Le cirque se déplace ensuite avec son matériel lourd et ses produits chimiques, laissant derrière lui un véritable désert.

L’exploitation du pétrole et du gaz de schiste est par ailleurs extrêmement limitée dans le temps, car les gisements sont généralement épuisés après un an. Le cirque se déplace ensuite avec son matériel lourd et ses produits chimiques, laissant derrière lui un véritable désert.
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Des recherches menées par les pouvoirs publics américains indiquent également que cette production est susceptible de produire d’importants chocs sismiques, ce qui ne devrait étonner personne.

Mais la catastrophe environnementale ne s’arrête pas là. Le Financial Times a décrit mardi dernier comment le pétrole de schiste a fait augmenter la production de plastiques, qui finissent sous forme de montagnes de déchets. Les producteurs s’attendent à ce que le pétrole soit de moins en moins utilisé comme carburant (entre autres à cause de la percée des voitures électriques) et que la pétrochimie (peintures, colles, matières plastiques, détergents, engrais, etc.) compense cette baisse.

Septième continent

Depuis l’extraction de pétrole (et de gaz) de schiste, le prix des plastiques a fortement baissé. L’augmentation de la production s’accompagne hélas d’une augmentation de la quantité de déchets. Par exemple, le week-end dernier, la côte belge s’est retrouvée envahie de millions de petites billes de plastique, appelées " nurdles ". Elles sont très difficiles à éliminer et finissent sur les plages ou sont ingurgitées par des poissons, des dauphins ou des baleines, dans l’estomac desquelles on retrouve souvent des dizaines de kilos de plastique. Ce " septième continent " de plastique n’est donc pas un problème qui touche des océans lointains ou la Méditerranée, mais qui commence quelque part dans l’Escaut et est désormais visible sur nos plages.

C’est au moment où l’on pensait que les humains avaient enfin compris et qu’ils tentaient de réduire leur impact sur l’environnement et le climat que surgit le superlatif de la pollution humaine. Il a aujourd’hui un nom: la production de pétrole de schiste. La communauté internationale devrait interdire cette production, comme le Protocole de Montréal a interdit l’usage des CFC en 1987.

 

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