carte blanche

L'Europe doit se donner les moyens de créer une véritable défense européenne commune

Stéphanie Heng

Les Etats membres de l’Union européenne (UE) sont aujourd’hui confrontés à des préoccupations communes actuelles, telles que la lutte contre le terrorisme, l’afflux de réfugiés liés à des conflits, et à venir (éventuelles catastrophes démographiques en lien avec les changements climatiques)… Les peuples de l’Union semblent être prêts à refuser toute velléité de replis sur soi, comme l’ont notamment montré les récentes élections en France et en Autriche, mais attendent désormais des avancées notables pour faire face à un contexte sécuritaire tendu, marqué par plusieurs attaques terroristes dans des pays européens, dont encore ce mardi soir à la Gare Centrale de Bruxelles.

Alors qu’il y a encore quelques années l’idée même d’une construction de l’Europe de la défense n’était évoquée qu’en de rares occasions et dans des cénacles relativement discrets, le sujet est désormais à l’ordre du jour des agendas politiques. Pour rappel, les résultats d’un sondage Eurobaromètre réalisé par le Parlement européen en novembre 2016 indiquent que quelque 66 % des Européens souhaitent que l’UE agisse davantage en matière de défense et de sécurité.

La Commission européenne a décidé d'aller de l'avant dans ce domaine. Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, a proposé début juin la création d'un Fonds européen de la défense, à hauteur de 5,5 milliards d'euros, afin de stimuler la recherche et le développement dans le domaine des équipements de défense.

Les dirigeants de l’UE seront amenés à se prononcer sur cette initiative lors d’un sommet, à Bruxelles, ces 22 et 23 juin.

Priorités françaises en matière de défense

Dans une récente interview accordée au " Talk stratégique Le Figaro", la ministre française des Armées, Sylvie Goulard, qui a depuis quitté le gouvernement, a mis en exergue la priorité du Président Emmanuel Macron et du gouvernement de son Premier Ministre Edouard Philippe : la sécurité des citoyens. Une coopération avec d’autres pays européens est importante à cet effet car, comme nous l’avons vu encore récemment (attaques terroristes à Londres, par exemple), des Français peuvent également être touchés dans des attaques terroristes à l’étranger. La coordination des services de renseignements pour connaître les informations de groupes actifs chez nous est dès lors capitale. Ces informations doivent également être croisées avec celles d’autres pays.

Des attentats ont pu être déjoués grâce à de tels efforts de coordination.

Sylvie Goulard a également rappelé, dans son interview, que cela fait des années que l’on parle de l’Europe de la défense sans pour autant la faire. Il y a aujourd’hui un certain nombre de phénomènes concomitants, selon elle, en ce sens : des défis communs existent, tels que le terrorisme. Nous devons contrôler ensemble nos frontières extérieures communes. Des puissances externes (Corée du Nord) nous obligent par ailleurs à la vigilance. Enfin, l’idée que les Américains pourraient se désengager un jour de l’Europe n’est pas une idée nouvelle.

Montée en puissance et collaboration au sein de l’UE

La France a compris, depuis longtemps, cette nécessité de développer des moyens autonomes lui permettant de sauvegarder son intégrité et d’assurer sa souveraineté. Il serait peut-être désormais nécessaire que cette vision soit commune à l’ensemble des membres de l’Union. Avec le départ programmé des Britanniques, il ne subsistera plus au sein de l’Union que très peu de pays dotés de capacités militaires globales. Il convient donc de s’interroger à la fois sur la participation de l’ensemble des pays européens à " l’effort de guerre " lié notamment à la lutte contre le terrorisme, mais aussi à la coopération OTAN-UE, sur le principe de non-duplication des moyens et des missions.

Cette volonté de mettre sur le devant de la scène les préoccupations de l’UE en matière de défense se heurte cependant à une " machine " européenne non préparée à traiter ces sujets, en désynchronisation avec les objectifs initiaux de l’Union. Cela nécessitera peut-être de revoir certains principes qui gouvernent aujourd’hui l’action européenne. Mais la crédibilité de l’UE est à ce prix. Elle se doit de se réformer pour tenter de trouver des solutions aux préoccupations de ses citoyens. Cette réforme nécessitera probablement une participation accrue des spécialistes des sujets de défense (les militaires) aux réflexions menées. Pour mémoire, la part de militaires insérés dans les structures de l’UE ne dépasserait pas les 0,7%.

Stéphanie Heng
Politologue franco-belge, Experte en communication, Commandant de la Réserve citoyenne de défense et de sécurité - Armée de Terre (France)

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