carte blanche

L'écologie et le climat sont-ils compatibles?

Faut-il donc se résigner à un choix cornélien entre l’écologie globale et le climat ? A court terme, il faut malheureusement accepter que le nucléaire et le diesel n’ont pas que des défauts.

Stéphanie Heng et Alban de la Soudière
La première est politologue et experte en communication; le second est polytechnicien et fonctionnaire international

Sortir du nucléaire et bannir les véhicules diesel des villes sinon des routes font partie des grandes idées en vogue, reprises par bien des politiciens en mal de votes. En même temps, les accords de Paris à la COP21 et le récent nouveau rapport du Giec nous rappellent que le climat est menacé et les mêmes politiciens voudraient nous engager sur la voie d’un monde moins carboné. Ces discours sont-ils bien cohérents, ou ne cacheraient-ils pas des incompatibilités?

Le diesel et le nucléaire qu’ils vilipendent sont peut-être nos moins mauvaises solutions à court terme pour le climat, même s’ils ont de sérieux défauts dans une perspective écologique plus large. Regardons de plus près.

©BELGAIMAGE

Commençons par le diesel: nul ne doute que les particules fines et les oxydes d’azote sont à éviter, mais, outre le fait que les réglementations successives imposant des filtres à particules ont réduit l’ampleur du problème, on ne peut ignorer que les moteurs diesel, à puissance équivalente, consomment environ 15% de moins que les moteurs à essence, et rejettent donc nettement moins de gaz carbonique, le principal responsable du changement climatique causé par l’homme.

Croit-on naïvement que les propriétaires de véhicules diesel, découragés par les nouvelles taxes et règlementations, vont acheter des véhicules électriques ?

Croit-on naïvement que les propriétaires de véhicules diesel, découragés par les nouvelles taxes et réglementations, vont acheter des véhicules électriques?

D’une part, les prix et caractéristiques techniques (autonomie, temps de recharge) sont encore un obstacle insurmontable pour la majorité. D’autre part, la majorité de l’électricité mondiale est produite au charbon ou au gaz ou autres combustibles fossiles (65% en 2017, selon la BP Statistical Review), ce qui n’arrange toujours pas le climat. Sauf dans quelques rares pays où l’électricité est effectivement très peu carbonée (en Europe: France, pays scandinaves).

Voilà une bonne transition pour parler du nucléaire: il représentait en 2017 environ 4% de l’énergie primaire consommée et environ 10% de la production d’électricité mondiale (toujours selon la BP Statistical Review).

Tchernobyl et Fukushima ont laissé des traces, et la tendance est à crier haro sur le baudet! Encore une fois, sans doute une bonne idée dans une perspective écologique globale, mais qu’en est-il du climat?

©AREVA

Une fois de plus, croire que l’on va remplacer le nucléaire par du renouvelable sans gaz à effet de serre est naïf. Il est essentiel de rappeler que les principaux renouvelables, éolien et solaire, sont intermittents, et que nous n’aurons pas avant des années des solutions de stockage à l’échelle suffisante à coût acceptable, sans parler de l’empreinte écologique elle-même, vu que les solutions les plus prometteuses sont les barrages ou réservoirs d’eau géants.

Nous devons donc installer en même temps que du renouvelable des centrales permettant de compenser l’intermittence avec une capacité de production modulable à la demande en temps réel. Même le nucléaire n’est pas optimal pour cela, mais il en est capable, surtout les centrales récentes. Les solutions les plus efficaces pour une production réglable, néanmoins, sont les centrales à combustible fossile. Encore une fois, le climat n’y gagne pas.

Choix cornélien

Faut-il donc se résigner à un choix cornélien entre l’écologie globale et le climat? À court terme, il faut malheureusement accepter que le nucléaire et le diesel n’ont pas que des défauts: concernant l’effet de serre, ils font plus partie de la solution que du problème, même le diesel lorsque l’on considère les vraies alternatives pratiques.

©Photo News

Il faut le répéter, les voitures électriques et les centrales solaires ou éoliennes n’évitent absolument pas l’énorme production électrique d’origine fossile génératrice de CO2. Au contraire, elles l’utilisent ou la favorisent.

Les pouvoirs publics, même sous l’influence de la recherche de votes, devraient mieux tenir compte de ces réalités dérangeantes, et promouvoir le plus vite possible, par leurs propres investissements et par des incitations de type fiscal, le développement des solutions réellement efficaces à moyen terme pour concilier tous les aspects de l’écologie. Quand on entend à la radio (ex. les radios publiques belges) la promotion du mazout "chaleur innovante", on peut penser qu’il reste des efforts à faire…

Lire également

Echo Connect