L'économie italienne est plus solide que l'économie française

©BELGA

Aujourd’hui, la France se trouve au fond de l’impasse, devant une porte où il est indiqué "réformes structurelles". Les gilets jaunes bloquent la porte, et Macron a perdu la clé.

Par Geert Noels - Économiste, cofondateur d'Econopolis


Il aura suffi de quelques protestations de gilets jaunes pour que la France mette ses plans de réforme au placard. Dans le même temps, l’Allemagne estime qu’il faut résoudre les problèmes d’une banque "too big to fail" en créant une autre banque, encore plus grande. La Banque centrale européenne (BCE) s’est achetée du temps en investissant 3.000 milliards d’euros dans le rachat de dettes. Mais aujourd’hui, nous sommes dans une impasse avec une seule issue appelée "réformes structurelles".

La popularité du président français Emmanuel Macron est tombée sous le niveau de son prédécesseur socialiste François Hollande, pourtant une référence en la matière. Pour un étranger, cela peut paraître étonnant, car Macron semble apprécié par les médias belges: parfois les apparences prennent le pas sur la réalité. Car la réalité, c’est que Macron s’est enlisé dans ses projets de réforme, qui constituent pourtant la bonne recette pour la France.

L’économie française est la grande malade de l’Europe. Le pays affiche la plus forte pression fiscale de la zone euro, souffre d’une baisse de compétitivité, et les finances publiques vacillent. Pour satisfaire les gilets jaunes, le déficit public augmentera à 3,5% du PIB (produit intérieur brut) en 2019, un chiffre qui ne tient pas compte de la détérioration de la conjoncture économique.

Il n’y a pas si longtemps – c’est-à-dire il y a à peine 15 ans – l’économie française était comparable à celle de l’Allemagne. Il faut reconnaître que cette comparaison flatteuse était due en partie à la situation souffreteuse de l’Allemagne de l’époque. Mais les chiffres du chômage étaient comparables et les industries française et allemande se faisaient une concurrence féroce. Aujourd’hui, le chômage en France est presque deux fois plus élevé qu’en Allemagne et l’industrie française ne cesse de perdre du terrain. Lors de la création de la zone euro, les exportations françaises représentaient 17% de la zone euro contre 11% actuellement. Dans le classement des pays les plus compétitifs, la France occupe le 28e rang, soit deux places derrière la Belgique.

Vices cachés

Les problèmes de la France sont passés inaperçus, pour la simple raison que les regards sont restés tournés vers des pays encore plus malades, comme la Grèce. Ou l’Italie. Mais alors que l’économie italienne fait face à des problèmes structurels – surtout dans le sud – elle dispose d’atouts cachés que la France ne possède pas. Par exemple, l’Italie affiche un ratio moins élevé d’endettement privé, un taux d’épargne important, un excédent de la balance courante, et une industrie manufacturière plus solide. Le problème de l’Italie, c’est la force de l’euro, bien plus que la problématique – plus souvent mise en avant – de la dette.

Si l’on retire Paris des statistiques, la France affiche un PIB par habitant étonnamment bas. L’Hexagone est organisé de manière centralisée alors que l’Italie est décentralisée, ce qui fait une grande différence à l’époque "disruptive" que nous vivons aujourd’hui. L’Italien moyen s’adapte, si nécessaire en contournant l’État, alors que le Français moyen attend les instructions de Paris.

Les problèmes auxquels la France est confrontée sont connus depuis longtemps, mais l’axe franco-allemand a toujours aidé les Français, alors que l’Italie, avec ses gouvernements fantasques et son économie décentralisée et chaotique, était moins bien perçue par Bruxelles. Olli Rehn, l’ancien commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, avait fait une déclaration étonnante il y a quelques années: "La France a systématiquement tendance à augmenter les impôts au lieu de procéder à des réformes structurelles, ce qui n’est pas bon pour la croissance économique."

Entre-temps, la BCE a acheté pour plus de 400 milliards d’euros d’obligations souveraines françaises, et indirectement pour des dizaines de milliards d’euros d’autres obligations hexagonales. La BCE a aidé la France et les grandes banques françaises, masquant ainsi davantage les problèmes. La France ne pourrait pas emprunter à un taux de 0,5% sans les interventions de la BCE. Chaque augmentation des taux de 1% se traduirait aujourd’hui par une hausse équivalente du déficit par rapport au PIB.

Mon opinion, c’est que l’économie italienne est plus solide que l’économie française. En cas de démantèlement de l’euro, l’Italie pourrait, en réduisant le cours de sa devise, jeter les bases de dix années de forte croissance, alors que sans l’euro, la France serait perdue. C’est la raison pour laquelle Macron se montre tellement pro-européen: il a besoin de l’argent européen pour soutenir son économie. Sans l’Europe, la France serait dans le pétrin.

La France est l’exemple même de l’impact de la politique de la BCE et de l’UE – "kicking the can down the road" – des dix dernières années, c’est-à-dire depuis le début de la crise. Aujourd’hui, le pays se trouve au fond de l’impasse, devant une porte où il est indiqué "réformes structurelles". Les gilets jaunes bloquent la porte, et Macron a perdu la clé.

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