carte blanche

L'influence de l'Insurtech sur les assurances pour les entreprises

Pedro  Matthynssens

La numérisation du secteur des assurances s’est déroulée à ce jour essentiellement sur le plan des assurances pour les consommateurs. Mais à en croire Pedro Matthynssens, CEO de Vanbreda Risk & Benefits, la vague d’influence de l’Insurtech atteindra également bientôt les assurances pour les entreprises.

Par Pedro Matthynssens
CEO Vanbreda Risk & Benefits

L’Insurtech fait aujourd’hui couler beaucoup d’encre. Ce nom générique désigne tout ce qui a trait à la numérisation innovante du secteur des assurances. L’Insurtech exercera un impact disruptif sur les assurances pour les consommateurs. Mais ce que l’on sait moins, c’est que les assurances pour les entreprises ressentiront également l’influence de l’évolution technologique de la Silicon Valley. Et ce, au moins à trois niveaux.

Premièrement, il y a l’impact de l’Internet of Things. Le flux de données " craché " dans le monde de l’IoT par les objets assurés eux-mêmes nous permet de bien mieux comprendre le cycle de vie d’un risque que ce n’était le cas dans le passé.

Illustrons cela par un exemple des assurances maritimes. Supposons que vous disposiez à tout moment de données détaillées sur la localisation d’un bateau, sa cargaison, le manifeste des marchandises et les conditions météorologiques dans lesquelles le navire navigue. Vous connaissez alors en permanence la probabilité majeure ou mineure de voir la cargaison et/ou la coque du navire endommagée(s) et les éventuelles conséquences financières qui en résultent. C’est ce que fait la start-up Insurtech londonienne Concirrus (www.concirrus.com). Elle recueille et analyse les flux de données de la navigation maritime pour donner aux assureurs maritimes de nouvelles indications sur la cargaison et la coque, les risques et les probabilités de sinistre.

Les données variables concernant un objet assuré construisent en quelque sorte une passerelle dans le temps pour le courtier et l’assureur, entre le moment de la vente d’une police ou de la couverture d’un risque et l’éventuelle gestion ou indemnisation du sinistre. De nombreuses données sur des objets assurés sont déjà disponibles aujourd’hui, mais un nombre encore plus grand de données sur un nombre bien plus important d’objets sera accessible en permanence et plus facilement dans le monde de l’IoT. Un nouveau domaine de compétences au niveau de l’analyse, l’agrégation, l’interprétation et la représentation de données apparaîtra dans les assurances pour les entreprises.

©Bloomberg

Le rôle du courtier s’en trouvera modifié. Dès qu’un bateau quitte le territoire couvert dans la police maritime, le courtier pourra conseiller une couverture supplémentaire au client. Un courtier apportera dès lors au client une valeur ajoutée encore plus grande que ce n’est le cas aujourd’hui. Car un client sera heureux d’apprendre de son courtier que son bateau se trouve dans une zone où la couverture n’est plus garantie par la police et que, par conséquent, une garantie de base complémentaire, par exemple, contre la piraterie est recommandée. Un client apprécie nettement moins que le courtier l’informe que malheureusement il n’est pas couvert par l’assurance au moment où les pirates somaliens sont déjà à bord de son bateau et que l’équipage se trouve déjà dans la safe room.

La seconde vague Insurtech qui influencera les assurances pour les entreprises concerne la distribution directe des polices. Le dirigeant d’une petite entreprise qui réalise sa propre comptabilité et règle ses opérations bancaires en ligne sera également tenté de recourir au self-service pour ses assurances.

Aux États-Unis et au Royaume-Uni, certaines start-ups Insurtech expérimentent pleinement la distribution numérique de produits standardisés simples destinés à couvrir les petits risques des entreprises. Car à l’extrémité du marché des petites entreprises, les micro-entreprises – en particulier les start-ups dans les secteurs de la technologie, du marketing et des médias, mais aussi, assez curieusement, les coiffeurs – sont très intéressées par cette offre d’assurances numériques. Il s’agit en l’occurrence d’assurances dommages assorties de faibles primes annuelles allant jusqu’à quelque 1 000 euros maximum.

La question qui revient sans cesse est de savoir si l’engouement pour la distribution numérique d’assurances pour les entreprises rendra le courtier inutile à terme. La réponse à cette question dépend totalement du segment d’activité en question.

La question qui revient sans cesse est de savoir si l’engouement pour la distribution numérique d’assurances pour les entreprises rendra le courtier inutile à terme. La réponse à cette question dépend totalement du segment d’activité en question. En l’occurrence, la sacro-sainte règle du " design to cost " s’applique. Si le seuil d’une prime d’environ 1 000 € pour les risques d’entreprise simples n’est pas dépassé, un courtier n’apportera que peu de valeur ajoutée à un prix acceptable, s’il existe une offre numérique alternative avantageuse.

Mais il ne faut vraiment pas grand-chose – dès qu’il y a environ 10 collaborateurs et qu’il est question d’une prime de plusieurs milliers d’euros – pour qu’une entreprise et les risques qu’elle court deviennent rapidement tellement complexes qu’il vaut la peine pour un dirigeant d’entreprise de recevoir des conseils et de confier la charge des assurances à un courtier. Indépendamment de la taille d’une entreprise, il existe également des risques plus complexes ou nouveaux, par exemple la responsabilité civile professionnelle d’un pilote de drone professionnel ou le cyber-risque d’un notaire. Ces nouveaux risques ne seront pas assurés par voie numérique dans l’immédiat, même si les montants des primes ne sont pas élevés.

©BELGAIMAGE

Une troisième manière dont l’Insurtech se fera sentir dans le monde des assurances des entreprises concerne les nouveaux canaux numériques. En dehors de leurs heures de travail, les CFO, risk managers et gérants sont de simples consommateurs, qui vivent eux-mêmes d’excellentes expériences client numériques auprès d’entreprises comme booking.com, Amazon, Uber, Spotify, bol.com, Zalando. Il est donc logique que leurs attentes à l’égard de leur courtier d’assurances pour les entreprises évoluent.

La manière dont le courtier pourra conditionner la vente, les conseils et le service autour de toutes ces différentes assurances pour l’entreprise dans la bonne combinaison de contacts personnalisés et d’échange d’informations numériques doit encore être inventée. Une relation personnelle et les contacts personnalisés avec un Account Manager restent extrêmement importants. Mais il faut un petit détail supplémentaire : la légendaire cerise numérique sur le gâteau. Les courtiers d’assurances pour les entreprises qui parviennent à utiliser avec leurs clients un canal numérique efficace qui soit complémentaire aux réunions, aux coups de fil et autres contacts personnalisés, se transformeront en partenaire-conseiller en matière de risques de l’entreprise cliente.

Les assurances pour les entreprises évoluent donc sans aucun doute sous l’effet de la révolution Insurtech, et il en va donc de même du rôle de l’assureur et du courtier. Mais l’avenir n’appartient pas à la start-up qui réalise la première App sympa permettant d’assurer une plateforme pétrolière.

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