carte blanche

L'interminable odyssée du secteur bancaire

Les banques subissent depuis plusieurs années les effets cumulés d’une série d’éléments qui, cumulés, finissent par les impacter considérablement, au risque de voir leur métier et leur stratégie modifiés. Le banquier de demain sera assurément très différent.

Par François Masquelier
Vice-Président de l'Association européenne des Trésoriers

Il est intéressant de voir combien les banques ont évolué et vont encore évoluer suite à une longue série d’effets qui, mis bout à bout et cumulés, au final, finissent par les handicaper et les pénaliser au point de voir leur stratégie globale et leur métier changer profondément.

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On peut citer une très longue et non exhaustive série de facteurs qui leur ont coûté beaucoup d’énergie et d’efforts. Pensons que depuis 15 ans, elles ont dû faire face entre autres choses à l’an 2000, l’avènement de l’euro, le début de l’harmonisation européenne avec MiFID ou le SEPA, notamment, la désintermédiation des activités, l’ouverture des marchés et le libéralisme complet, la mondialisation, la volonté de grossir pour devenir globale, puis celle de devenir spécialiste, Sarbox, la crise financière, les scandales à répétition et les "rogue traders", la surréglementation Dodd-Frank et européenne, la transparence et la fin du secret bancaire, la crise de liquidité, les "bail-outs", les faibles ROS’s, un accroissement de la volatilité des marchés, le triptyque bâlois, l’avènement de nouveaux acteurs de l’e-industry sur les paiements alternatifs, dégradation des notations… et que sais-je encore.

Un peu de compassion…

Après toutes ces vagues qui se sont déchaînées sur les banquiers, on ne peut que les plaindre et avoir un peu de compassion.

©REUTERS

Après de tels changements et une véritable révolution graduelle, au fil des ans, on comprend que la banque d’hier ne peut être celle de demain. On voit au travers d’exemple, comme récemment avec le retrait de RBS de nombreux marchés ou l’annonce de la nouvelle stratégie de la Deutsche Bank, qu’une lame de fond est lancée et qu’une réorganisation et sans doute une consolidation va avoir lieu.

Toutes les banques vont revoir au fil de l’eau leur approche et leurs métiers de base pour se focaliser plus que jamais. La banque globale va disparaître au profit de la banque de niches. Et si ce n’est par les activités, cela sera par la sélectivité des clients.

Qui peut dire que son pool de banquiers sera identique dans cinq ans ? Personne évidemment.

La banque doit absolument revoir ses marges et son retour sur investissement et vente à la hausse au risque de disparaître et d’être parfois phagocyté par de nouveaux acteurs voraces, tels les sociétés actives sur internet. Le "business model" a changé et continue d’évoluer. Qui peut dire que son pool de banquiers sera identique dans cinq ans? Personne évidemment.

Récemment, nombre d’entreprises ont découvert un matin que RBS les délaissaient. Rien n’est acquis en termes de relations bancaires et elles sont plus précaires que jamais. Alors il faut les soigner et les suivre avec prudence, attention et respect.

Les "Monstres & Compagnies" ont vécu

À force d’avoir faire haro sur les banques dites "too big to fail", ne finissent-elles pas par vouloir, à l’opposé de la grenouille de la fable de La Fontaine se faire plus petites?

Elles semblent se convaincre qu’elles sont trop grandes et que la taille ne prémunit pas d’une défaillance.

Ce que j’appelle le triptyque de Bâle a considérablement modifié le contexte et l’approche stratégique de la banque. Le carcan devient tellement compressif qu’il impose une rentabilité bien meilleure. Les marges vont s’en trouver affecter à la hausse à n’en pas douter.

La fin du "dumping" quasi général a sonné pour certaines institutions. Le service, le nom, la notation et la réputation devront être les critères discriminants pour se distinguer de la concurrence.

Diversifier était mitiger les risques et redevient aujourd’hui un risque.

Les "Monstres & Compagnies" ont vécu. L’heure est à l’écrémage et au recentrage. Les banques globales ou universelles vont devenir des banques de niches produits, géographiques et par industrie, ou même les trois. L’économie d’échelle à tout va ne semble plus faire l’unanimité auprès des actionnaires. Diversifier était mitiger les risques et redevient aujourd’hui un risque.

Les amendes et scandales récents laissent un goût amer aux entreprises. Ceux-là mêmes qui ont péché voudraient parfois vous empêcher de faire certaines opérations par souci d’hyper-orthodoxie. N’est-ce pas la charité qui se moque de l’hôpital?

La banque doit aussi gérer les aspects IT qui ne cessent de peser et d’être importants. Les "big data" doivent être abordées, par exemple. Demain, qui nous dit que la banque ne sera pas au même titre que le taxi victime d’une "Uber-like bank"?

Des sociétés internet foisonnent qui voudraient prendre aux banques les paiements et le crédit peu risqué au détail, sans avoir les contraintes réglementaires. Cette compétition féroce et injuste pourrait les réduire à l’état de gigantesques "back-offices". Soyons-en bien conscients.

Pour l’Union européenne, la désintermédiation doit être encouragée par souci de concurrence accrue, mais le "shadow banking" doit lui être identifié et combattu, pour éviter que certains ne sortent du système réglementé bancaire.

Un marché fragmenté à l’excès

Le marché s’est comme dans de nombreux domaines fragmenté à l’excès. La fragmentation n’est pas toujours bénéfique et laisse des morts sur le bord de la route parce que tous ne peuvent survivre. La loi de la jungle ou de la nature… Loi cruelle…

Trop de réglementations, tue la réglementation. Plus de loi mais pas assez de juges ou de policiers pour les faire respecter, n’est-il pas stupide ?

Enfin les réglementations pléthoriques et multiples finissent par peser plus que de prévenir. Trop de réglementations, tue la réglementation. Plus de loi mais pas assez de juges ou de policiers pour les faire respecter, n’est-il pas stupide? La taille et le staff de l’ESMA doivent donner le "la" et montre si c’était nécessaire que l’Union européenne ne se donne pas les moyens de ses ambitions.

Les banques se cherchent alors que la concurrence hors banques s’active. Seront-elles capables de s’adapter rapidement? Et faire face à cette surréglementation? Là encore, l’idée des superviseurs et régulateurs financiers est de contrôler et prévenir les risques et pas de les transférer vers d’autres véhicules incontrôlables ou incontrôlés.

Les banques sont à la croisée des chemins: plus de rentabilité dans un monde plus contraignants et plus compétitif, avec de nouveaux acteurs non soumis aux mêmes règles et plus sélectifs dans leurs offres, avec une technologie chronophage et dispendieuse, avec des notations de crédit revues à la baisse, des amendes à la pelle et enfin, le tout, dans un contexte économique difficile.

Vous admettrez que les banques doivent se réinventer, mais que le contexte n’est pas propice. C’est pourtant une question de survie. Le paysage sera à n’en pas douter différent sous peu.

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