La blockchain, marchepied des ambitions chinoises

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Face aux ambitions chinoises notamment dans la blockchain, il est urgent que les citoyens européens prennent conscience qu’ils doivent élire des représentants qui disposent d’un minimum de compétences en matière technologique.

En parcourant les dernières actualités chinoises, on y apprend que la Chine promeut désormais vigoureusement la technologie blockchain, une manière pour elle de défier l’hégémonie planétaire du dollar américain mais aussi de contrer le projet libra de Facebook.

Le président chinois Xi Jinping ne cache d’ailleurs plus les ambitions qu’il nourrit à ce sujet; des ambitions également relayées haut et fort par la presse chinoise. Dans un récent éditorial, l’influent économiste Zhu Jiaming estimait ainsi que le choix de la Chine de promouvoir la blockchain et d’incorporer des éléments scientifiques et technologiques dans la gouvernance du pays, constituait rien moins qu’un évènement historique sans précédent.

L’application la plus courante de cette technologie blockchain est encore à chercher dans le domaine financier, explique-t-il. Mais son avenir appartient désormais au domaine de l’intelligence artificielle appliquée aux domaines politiques et sociaux. D’après lui, étant donné que la croissance chinoise oscille entre 6 et 7%, seules des innovations technologiques dans ces domaines précis pourront continuer à assurer la croissance de la Chine. Il faut donc comprendre que la Chine va continuer à y accorder la plus grande importance dans le futur.

Une cryptomonnaie chinoise

Pour preuve, Pékin disposera bientôt d’un système de cryptomonnaie appelé "RMB 3.0". Il sera lié au crédit souverain et établira une relation proportionnelle appropriée avec le PIB national, les recettes fiscales et les réserves d’or.

Pékin estime en effet que derrière le libra que souhaite lancer Facebook se cache la volonté de contrôler le monde financier par le biais de la cryptomonnaie et qu’il s’agit là d’une réelle menace planétaire. La Chine a donc décidé de passer à l’offensive en faisant exactement la même chose c’est-à-dire en créant sa propre cryptomonnaie. Ce faisant, la Chine se fixe ainsi l’objectif d’empêcher Facebook de surveiller l’argent des citoyens du monde tout en cherchant à vouloir le faire en premier

La décision chinoise de lancer une cryptomonnaie avant que Facebook et son consortium de partenaires de la Silicon Valley ne soit validé par les autorités réglementaires américaines semble corroborer l’argument avancé par le co-créateur du libra, David Marcus.

Ce dernier relevait, il y a peu, que si les législateurs américains ne laissaient pas le libra décoller rapidement, des acteurs extérieurs au "monde démocratique" (comprenez la Chine) le feraient en premier avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur le monde…

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À ce stade, la Chine a réglementé la blockchain en trois niveaux d’applications: "publiques", "communes" et "privées". Le modèle de stockage centralisé qui a été mis en place, dans le contexte chinois, ne pose évidemment aucun problème car les autorités chinoises souhaitent précisément centraliser les données afin de permettre aux organismes de réglementation de contrôler parfaitement ce secteur. De cette manière, l’ensemble des activités des utilisateurs et l’ensemble des données émises au départ de toutes les applications, y compris les habitudes d’achat, pourront être contrôlées. Et avec l’aide d’intelligences artificielles, le citoyen chinois deviendra contrôlable, anticipable et prédictible avec un haut niveau de fiabilité.

Politiques & technologie

Les représentants politiques qui ne comprennent pas plus l’économie que la science et la technologie disparaîtront progressivement dans la mesure où science et technologie impacteront de plus en plus la sphère économique et politique.
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Pour autant, aujourd’hui, la conclusion la plus importante que le monde politique européen et occidental devrait écouter avec beaucoup d’humilité, c’est que les représentants politiques qui ne comprennent pas plus l’économie que la science et la technologie disparaîtront progressivement dans la mesure où science et technologie impacteront de plus en plus la sphère économique et politique.

On ne le répétera jamais assez: il est urgent que les citoyens européens prennent conscience qu’ils doivent élire des représentants qui disposent d’un minimum de compétences en matière technologique. Parallèlement, ils doivent s’engager activement dans le débat citoyen et technologique en fuyant autant que possible les politiques "non-technologues".

Car ces responsables, même dotés des plus grandes qualités humaines, culturelles, sociales, philosophiques, politiques et démocratiques, finiront tôt ou tard par se faire laminer par l’essor de ces nouvelles technologies. Et à terme, le risque serait d’exposer les citoyens à l’avènement d’un potentiel régime totalitaire high-tech.

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