carte blanche

La révolution algorithmique est en marche

©Photo News

Attention à la grande confusion : un algorithme tourne sur un ordinateur, mais il est conçu par une intelligence humaine et rien qu'humaine. L'Intelligence Artificielle, cela n'existe pas.

Par Marc Halévy
Écrivain, philosophe et physicien *

La plus simple et la plus exacte définition d’un algorithme dit qu’il est une recette, comme une recette de cuisine, qui simule, séquentiellement et linéairement, la logique évolutive d’un processus (il faut ici remarquer que dans le réel, rien n’est ni séquentiel, ni linéaire; il s’agit donc bien d’une simulation qui n’est possible que dans les configurations rudimentaires et dûment idéalisées).

Un algorithme est donc un chemin balisé, formalisé, stéréotypé et linéarisé qui, au départ de l’expression correcte (entendez: "compatible avec lui") d’un problème, engendre la solution conforme à la "recette".

Un algorithme peut devenir très vite plus sophistiqué et ce, de diverses manières. L’injection de paramètres qui font appel à d’autres algorithmes ou à des générateurs aléatoires (pour simuler l’imagination), en sont des exemples classiques.

On peut aussi le faire boucler sur lui-même en incorporant un ou plusieurs paramètres qui sont calculés par un autre algorithme, au départ des résultats qu’il avait lui-même atteint précédemment: c’est la simulation d’un auto-apprentissage.

L'intelligence artificielle n'existe pas

Mais attention à la grande confusion: un algorithme tourne sur un ordinateur, mais il est conçu par une intelligence humaine et rien qu’humaine. L’intelligence artificielle, cela n’existe pas!

Un ordinateur, aussi sophistiqué soit-il, est une machine, une stupide mécanique donc, qui ne fait qu’additionner des zéros et des uns selon les programmes que l’homme lui impose… et rien d’autre.

Il faut cesser de prêter aux ordinateurs les qualités anthropomorphiques qu’il est programmé pour simuler (selon des modèles inventés par des humains): l’ordinateur ne pense rien, il ne crée rien, il n’est conscient de rien, il ne ressent rien, il n’invente rien. Il ajoute des zéros et des uns selon un programme que l’homme lui donne. Rien de plus, rien de moins.

En y injectant des paramètres aléatoires, un algorithme peut produire des résultats surprenants, imprévisibles, inédits… mais il ne s’agit pas de créativité, seulement de hasard voulu et piloté, et de ses conséquences imprédictibles.

L’ordinateur est incapable d’évaluer le "génie" ou la "médiocrité" de ces résultats inédits… sauf à lui donner un autre algorithme d’évaluation des résultats selon une grille de critères dûment mis au point par un programmeur humain (et qui exprimera sa propre subjectivité).

Cette mise au point étant faite, il faut bien comprendre ceci: les méthodes algorithmiques que la puissance de calcul des ordinateurs actuels rend enfin utilisables (elles sont connues depuis Thalès), engendrent déjà une révolution noétique colossale. Elles décuplent la puissance des mathématiques et permettent de simuler des configurations et des évolutions de systèmes qui seraient, autrement, incalculables.

Algorithme... ou pas 

Cette révolution méthodologique sera sans doute le moteur le plus puissant de notre changement de paradigme.

Dans un futur proche, l’ensemble des activités humaines pourra se catégoriser en deux ensembles: les activités algorithmisables et les activités non algorithmisables.

Les activités algorithmisables seront algorithmisées un jour ou l’autre, c’est-à-dire que des esprits humains concevront, en fonction des connaissances du moment, l’algorithme correspondant à la problématique concernée et, ensuite, en confieront l’exécution à un système numérique et à une arborescence de robots contrôlés par lui pour produire, sans intervention humaine, le résultat requis (et répétons-le: ce système numérique et ces robots n’ont ni idées, ni conscience; ils n’ont donc pas la moindre idée ni la moindre conscience de ce qu’ils font — halte aux anthropomorphismes! —; ils exécutent servilement et stupidement les programmes qui se déroulent en eux par la seule volonté humaine).

Quant aux activités non algorithmisables, elles resteront l’apanage du travail humain. Pourquoi ne seraient-elles pas algorithmisables? Parce qu’elles ne sont pas séquentielles, parce qu’elles ne sont pas linéarisables, parce qu’elles ne sont pas idéalisables, parce qu’elles ne sont ni analytiques, ni mécaniques; bref: parce qu’elles sont holistiques, systémiques et complexes (sans être nécessairement compliquées).

On voit, en conséquence, se dessiner les deux grands domaines de la future activité humaine: la conception des algorithmes et la maîtrise de la complexité.

Dans les deux cas, il s’agit d’activités requérant une haute expertise, ce qui en exclut énormément d’humains… qui n’ont ni les facultés, ni les capacités, ni les intelligences, ni les talents requis. Cela conduit donc, naturellement, à une scission de l’humanité en deux strates distinctes…

Nous vivons déjà cette mutation épigénétique irréversible, quasi nietzschéenne, avec une séparation darwinienne qui s’amorce entre homo sapiens et homo gignens.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content