carte blanche

La sécurité routière mérite de meilleures statistiques

Évaluer la politique de sécurité routière dans nos villes nécessite plus d’information. Il n’existe pas d’outils pour visualiser les statistiques et tendances au niveau communal, et les ‘données ouvertes’ (open data) disponibles aujourd’hui manquent de qualité pour le faire soi-même. Dès lors comment les citoyens pourraient-ils correctement évaluer la politique de sécurité routière?

Kasper Van Lombeek et Pietjan Vandooren
Jeunes pères, cyclistes à Bruxelles et fondateurs de Rockestate

Chaque jour nous traversons Bruxelles en vélo. Un accident mortel à Schaerbeek le mois dernier nous a de nouveau rappelé la vulnérabilité des usagers faibles de la route. Une journaliste de 28 ans est décédée après avoir été renversée par une voiture. La situation ne semble pas s’améliorer à Bruxelles. Des événements similaires ont aussi eu lieu récemment dans d’autres villes. Sommes-nous face à une réelle croissance du risque de la route pour les usagers faibles en Belgique?

Une zone 30?

©BELGA

Un débat politique a émergé à Bruxelles concernant l’introduction d’une zone 30 proposée par Bianca Debaets (CD & V), Secrétaire d’État bruxelloise pour la Sécurité Routière, et Pascal Smet (SP.A), Ministre de Mobilité. Avancer de nouvelles pistes est certes utile mais cette nouvelle mesure rendra-t-elle vraiment le trafic bruxellois moins dangereux?

L’analyse de données pourrait aider à apporter une réponse efficace et éviter de tirer des conclusions hâtives de la dernière actualité. Un tragique accident n’est pas en soit le signe d’un problème structurel.

Une visualisation simple et accessible des statistiques routières n’existe pas en ce moment; rendant difficile de répondre à ces questions importantes par des faits concrets.

Dans les faits observe-t-on plus d’accidents routiers à Schaerbeek qu’ailleurs? Qu’en est-il de l’évolution au sein de Schaerbeek? Est-ce que les villes avec une grande zone 30 sont plus sûres ou y a-t-il des mesures ayant un impact plus important sur la sécurité routière? En tant que citoyens inquiets, et passionnés par les chiffres, nous avons tenté de chercher des éléments de réponse dans les données existantes.

Bonnes intentions et résultats concrets

Une visualisation simple et accessible des statistiques routières n’existe pas en ce moment; rendant difficile de répondre à ces questions importantes par des faits concrets. Elle permettrait pourtant aux acteurs politiques de démontrer comment de bonnes intentions peuvent se traduire en résultats concrets. Les accidents routiers seraient ainsi placés dans leur contexte pour différencier une politique de sécurité routière globalement problématique et un accident isolé.

Le baromètre de la sécurité routière de VIAS (ex IBSR) communique uniquement des chiffres par région. Comment peut-on évaluer la politique qui devrait être menée au niveau communal ?

Des initiatives existent mais elles sont loin de fournir des données de qualité et exploitables. Par exemple, la carte de la police fédérale visualisant les accidents routiers est un pas dans la bonne direction, mais la carte statique développée par la Flandre nous en apprend peu sur le nombre d’accidents par habitant par commune. Le baromètre de la sécurité routière de VIAS, l’ancien IBSR, communique uniquement des chiffres par région. Comment peut-on évaluer la politique qui devrait être menée au niveau communal avec cela?

En l’absence d’un aperçu accessible au grand public, nous avons essayé de trouver des réponses ailleurs. Le gouvernement fédéral (Statbel) rassemble des chiffres sur tous les accidents et les a rendu publiques.

Le nombre d’accidents en 2016 avec un piéton semble indiquer un sérieux problème à Bruxelles-Capitale. La ville de Bruxelles est en tête avec 1,49 accident pour 1.000 habitants. À Schaerbeek, il s’agit de 0,87 pour 1.000 habitants. Anvers et Gand se portent mieux avec 0,79 accident pour 1.000 habitants.

0,24 / 1000
accidents
Dans plus que la moitié des communes belges, il y a moins de 0,24 accidents pour 1.000 habitants.

Dans plus que la moitié des communes belges, il y a moins de 0,24 accident pour 1.000 habitants. Une comparaison entre communes apporte certaines réponses préliminaires.

Il serait aussi utile de comprendre la tendance au sein d’une commune spécifique. Ceci reste très difficile au vu des lacunes des données actuellement disponibles. Elles sont incomplètes (pas de chiffres pour certaines années) et manquent de granularité (impossible de filtrer les accidents sur des situations où un cycliste était impliqué).

Quelle cohérence?

©Photo News

Mais le plus grand problème est la cohérence. En 2013, il y avait 192 accidents avec piétons à Schaerbeek. En 2014 "seulement" 70. Statbel n’offre aucune explication permettant d’expliquer cette évolution. Y a-t-il vraiment eu des mesures structurelles qui ont entraîné une diminution significative du nombre d’accidents? Ou est-ce lié à d’autres facteurs comme par exemple un changement de méthodologie pour collectionner ou classifier les données?

Il reste extrêmement difficile d’évaluer notre politique de sécurité routière. Nous souhaitons l’émergence d’un inventaire et une visualisation qualitative, structurée et transparente de tous les accidents sur la voie publique belge. Ceci servira comme un point de départ crédible pour nos politiciens pour démontrer comment leurs décisions politiques apportent un résultat concret: que les accidents mortels sur la route ne soient plus la règle mais l’exception dans notre pays.

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