La stratégie de l'Europe à l'Est nécessite une réelle coopération avec l'Otan

Le gazoduc Nord Stream "contourne" toute l’Europe orientale et centrale pour alimenter directement l’Allemagne. ©BELGAIMAGE

L’objet de cet article vise à comprendre la situation actuelle en Europe face au voisin russe, les tensions en Europe centrale et orientale et le positionnement de l’Union européenne vis-à-vis des enjeux à l’Est.

Stéphanie Heng
Politologue et experte en communication

Lorsque l’on parle d’Europe de l’Est, il est essentiellement fait référence aux pays d’Europe de langues slaves orientales, mais pas seulement. Il peut s’agir également de pays qui ont appartenu à l’URSS ou des pays sur lesquels la domination soviétique a été importante. Au-delà des pays d’Europe centrale (Pologne, Hongrie, etc.) et des pays du Nord (pays baltes en particulier), les Balkans (Bulgarie et Bosnie-Herzégovine, entre autres) peuvent être pris en compte lorsque l’on parle des pays de l’Est.

L’objet de cet article vise à comprendre la situation actuelle en Europe face au voisin russe, les tensions en Europe centrale et orientale et le positionnement de l’Union européenne vis-à-vis des enjeux à l’Est.

La menace russe

Force est de constater que ces dix dernières années, l’effort militaire russe a été particulièrement intense, entre la réforme de l’armée en 2008 (meilleures performances, changements de structures de l’armée…) et la croissance du budget défense (de quelque 2,84% du PIB en 2010 à 4% en 2014).

"La menace russe est aujourd’hui perçue avec beaucoup d’intensité chez ses voisins directs, et en particulier dans la région de la Baltique."
Stéphanie Heng

La Russie a lancé une politique de modernisation des armements, avec un objectif de 70% des équipements des forces qui doit être composé de matériels modernes à l’horizon 2020. Une intensification de l’activité militaire, notamment dans la région de la Baltique, est par ailleurs observée (Spring Storm 2017, Zapad, etc.). La menace russe est aujourd’hui perçue avec beaucoup d’intensité chez ses voisins directs, et en particulier dans la région de la Baltique.

Les enjeux globaux à l’Est

Si le voisin russe est à l’origine de craintes dans certains États membres de l’UE, dont les États baltes, d’autres tensions, au sein de l’UE, ne peuvent actuellement être passées sous silence: un sentiment anti-migrants fort est apparu depuis quelques années dans plusieurs pays membres de l’UE. Certains pays ont, pendant un temps, fermé leurs frontières face aux flux migratoires. Les pays du groupe de Visegrád (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) ont quant à eux élaboré une position commune sur la question des réfugiés en refusant la politique de répartition par quotas.

Force est de constater tant une montée de l’euroscepticisme dans plusieurs États membres de l’UE qu’un retour des rhétoriques nationalistes. Une radicalisation du discours anti-immigration peut être observée particulièrement en Hongrie, alors que des partis nationalistes sont au pouvoir tant en Hongrie que dans d’autres pays tels que l’Autriche ou encore la République tchèque, pour ne citer qu’eux. Quant à la Pologne, le parti conservateur Droit et Justice (PiS), dont rien ne semble arrêter les atteintes à la dérive autoritaire, est actuellement au pouvoir.

"En ce qui concerne les autres pays à l’Est, non-membres de l’UE, l’instabilité et les conflits ne tendent pas à faiblir."
Stéphanie Heng

En ce qui concerne les autres pays à l’Est, non-membres de l’UE, l’instabilité et les conflits ne tendent pas à faiblir. Divisée par le conflit et minée par la corruption, l’Ukraine, par exemple, se dirige vers encore plus d’incertitude. Quant à la Biélorussie, dirigée depuis plus de 20 ans par le même homme, Alexandre Loukachenko, elle est marquée par une forme de dictature durable. Sans parler de la Bosnie, en proie à des conflits religieux et ethniques.

Considérations énergétiques sensibles

Dans un contexte marqué par des tensions et une certaine instabilité en Europe de l’Est et dans les Balkans, la question énergétique prend elle aussi toute son importance. Il s’agit d’une question essentielle. Sans avoir la prétention de vouloir brosser un portrait complet de l’ensemble des points importants sur la question énergétique, il apparaît que la position de l’UE, dont les membres ont des positions et des intérêts "non convergents" dans les axes est-ouest comme nord-sud, est très ambiguë. Par exemple, le gazoduc Nord Stream, qui relie la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique, "contourne" toute l’Europe orientale et centrale pour alimenter directement l’Allemagne. Les financements sont en grande partie allemands, et cela est assez mal perçu par certains pays européens, dont des pays "contournés".

La Crimée est pour sa part un point de passage important et une péninsule riche; des zones off-shore au large de la Crimée recèleraient d’importantes ressources pétro-gazières. L’annexion de la Crimée par la Russie a porté atteinte aux projets de réseaux énergétiques transnationaux et aux ressources locales de l’Ukraine. Le transit gazier via l’Ukraine est un problème qui date de bien avant la crise Crimée annexée/conflit gelé au Donbass. Si le problème était à l’origine essentiellement un problème de trésorerie ukrainien, il constitue désormais une variable supplémentaire dans la crise géopolitique locale, avec des effets de cercle vicieux.

"La question essentielle ici est de savoir s’il existe aujourd’hui des alternatives sérieuses au pétrole et au gaz russes."
Stéphanie Heng

Quant à l’UE, depuis les années 2000, la Commission européenne a pris la mesure des effets collatéraux qu’une dépendance trop grande à l’égard de la Russie pouvait provoquer pour ses approvisionnements gaziers. Les pays d’Europe centrale et orientale sont particulièrement pris au piège entre les disputes de Kiev et de Moscou.

La question essentielle ici est de savoir s’il existe aujourd’hui des alternatives sérieuses au pétrole et au gaz russes. Il est relativement inutile de rêver aux renouvelables avant un certain temps. Il est intéressant de rappeler que l’éolien et le solaire, intermittents, demandent beaucoup de fossile pour couvrir les trous (pas de vraies solutions de stockage massif d’électricité disponible), et que le charbon, qui est pour sa part disponible et relativement peu cher, expose quant à lui à des risques environnementaux. Si l’on revient à la question du pétrole et du gaz, la mer du Nord se tarit, mais il y aurait une solution en vue avec les projets de transport de gaz et/ou de pétrole Azerbaïdjan-Turquie-Grèce. Ces projets peuvent, en théorie, se passer de la Russie (Caspienne: Azerbaïdjan voire Kazakhstan et Iran) mais avec quelques autres risques géopolitiques, dont la dépendance excessive à la Turquie, ainsi que les influences possibles de la Russie sur les autres riverains de la Caspienne et aussi sur la Turquie.

Quelles perspectives pour l’UE?

Un constat s’impose assez clairement: s’agissant de l’Est, l’Alliance atlantique est très présente. Une impression émerge selon laquelle l’UE se dégage du front Est et laisse l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) l’assister. Une présence militaire dans les parties est et sud-est du territoire de l’Alliance constitue une composante importante de la posture tant de dissuasion que de défense renforcée de l’Otan. Lors du sommet de Varsovie en 2016, la décision fut prise d’établir une présence avancée de l’Otan en Estonie, en Lettonie, en Lituanie ainsi qu’en Pologne, et de développer une présence avancée adaptée dans la région de la Mer noire. Les Alliés ont, depuis, mis en œuvre cette décision.

Dans le contexte actuel, il apparaît plus que nécessaire de disposer d’une réelle politique européenne à l’Est, et cela tout en renforçant la coopération UE/Otan en termes de protection, de prévention et de dissuasion.

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