carte blanche

La transition énergétique belge en 10 minutes

Vous avez trois semaines pour donner votre opinion sur la transition énergétique belge. Il s'agit d' imaginer ce que sera notre mix énergétique idéal en 2050 et déterminer comment y arriver durant la période qui nous sépare de cette échéance.

Par Pascal Wets
Ingénieur civil en construction retraité

Marie-Christine Marghem, Céline Fremault, Jean-Luc Crucke et Bart Tommelein s’adressent à vous, citoyens. Il ont besoin de votre avis et cela ne vous en coûtera que 10 minutes *. Vous avez, en effet, trois semaines pour répondre à une enquête de 16 questions qui leur permettra d’avoir votre opinion sur la transition énergétique belge qu’ils doivent échafauder.

Mais, que signifie élaborer la transition énergétique belge pour les 30 prochaines années ? C’est imaginer ce que sera notre mix énergétique idéal en 2050 et déterminer comment y arriver durant la période qui nous sépare de cette échéance. Et notre mix énergétique, c’est la répartition en volume des énergies fossiles, nucléaire et renouvelables que nous allons utiliser pour couvrir notre consommation. Il sera idéal s’il garantit une sécurité d’approvisionnement totale, une pollution minimale et ce, pour un coût faible et une exploitation sûre et aisée. Cette transition énergétique doit être imaginée par des spécialistes capables de la concevoir en optimisant les aspects techniques, économiques, environnementaux et sociaux. Difficile d’imaginer qu’elle puisse être élaborée rapidement. Quoique …

Ne pourrait-on pas travailler en 2 étapes : la première, étant de bâtir une ébauche de cette transition en ne se basant que sur le bon sens et quelques données de base et la seconde consistant à la vérifier et à la compléter par une étude fouillée qui aboutirait à un plan de transition charpenté ?

Je vous propose la version " bon sens ".

Les hypothèses

Durant ces 30 ans, notre croissance énergétique restera modeste (0,2 % / an), l’électricité va prendre une part plus importante dans notre mix énergétique et le prix des batteries domestiques (capacité mesurée en kWh) va chuter d’ici 2 à 3 ans.

Deux incertitudes technologiques : les systèmes de capture, transport et stockage du CO2 (systèmes de décarburation des fumées) et le nucléaire de 4ème génération prometteur car il utilise des ressources inépuisables (à notre échelle de temps), n’émet quasi pas de CO2 et associé à un accélérateur de protons, est capable d’incinérer une partie des déchets nucléaires.

Mes priorités

1. diminution de nos émissions de GES (gaz à effet de serre), ce qui implique l’utilisation privilégiée des E.R. (énergies renouvelables) et du nucléaire ;
2. sécurité d’approvisionnement (garantie par le nucléaire, des centrales fossiles non intermittentes et des accords solides avec des fournisseurs étrangers) ;
3. coût minimum.

Deux leviers d’action :

Diminuer notre consommation globale
En réduisant la consommation d’énergie due au transport (télétravail, circuits courts, transports en commun, pistes cyclables et voitures électriques ou hybrides), en diminuant le chauffage des bâtiments domestiques et du tertiaire (isolation thermique), en réduisant la consommation électrique des ménages et du tertiaire (meilleure efficacité électrique des équipements ménagers, optimisation de la consommation grâce à des réseaux de distribution intelligents, des compteurs communicants et des tarifs modulables), en incitant les agriculteurs à pratiquer une agriculture durable sensée diminuer l’énergie consommée par les tracteurs de 70 % et la consommation d’intrants produits par le pétrole.

Augmenter la part de l’électricité dans le mix énergétique global
En encourageant les entreprises à plus utiliser l’énergie électrique, en incitant les ménages et le tertiaire à se servir de l’énergie électrique pour le chauffage, en utilisant des voitures électriques.

Ayant ainsi diminué notre consommation énergétique hors électrique, reste à imaginer notre mix électrique.

Si l’on souhaite éviter l’énergie fossile, il reste les E.R. (vent, soleil et biomasse) et le nucléaire. Mais le problème des énergies venteuse et solaire est leur intermittence et leur variabilité qui ne peuvent être résolues que par le stockage de l’énergie excédentaire produite car la compensation de l’éolien industriel par des centrales à gaz est un non-sens économique et écologique . Or, stocker de grandes quantités d’énergie électrique est pratiquement inenvisageable. Donc, oublions l’éolien et le solaire industriel. En revanche, d’ici 2 à 3 ans, le stockage domestique sera tout-à-fait abordable et rendra possible l’utilisation de ces E.R.

Tous ces éléments nous amènent au plan de transition énergétique suivant :

• diminuer, tant que faire se peut, notre consommation énergétique globale,

• utiliser de plus en plus l’électricité comme vecteur énergétique,

• maintenir en vie nos centrales nucléaires de 3ème génération dans l’attente de la 4ème,

• freiner voire arrêter l’implantation d’éoliennes de grande puissance ON-SHORE et OFF-SHORE,

• inciter le tertiaire et les ménages à investir dans l’utilisation des E.R. de faible puissance ainsi que dans le stockage de leur excédent de production ou, exprimé autrement : les encourager à tendre vers une autonomie énergétique.

• installer des réseaux de distribution intelligents et des compteurs communicants,

• implanter de nouvelles centrales à gaz (TGV) pour couvrir l’augmentation de la charge électrique globale.

Pourquoi attendre la 4ème génération nucléaire ? Parce que si elle tient ses promesses sur les plans techniques et économiques, elle évite l’installation des SUPER GRIDS ou réseaux de transport électrique à longues distances qui ne se justifient que par l’utilisation des E.R.et qui nécessitent des investissements européens se mesurant en milliers de milliards d’€ et enfin, parce que le temps d’attente – à mon avis une quinzaine d’années maximum – peut s’accorder avec une prolongation de la durée de vie de nos unités nucléaires.

Mais la condition indispensable au suivi de cette stratégie est de s’affranchir de la nucléophobie ! En effet, l’avenir de notre système énergétique est capital et implique la mise en œuvre d’investissements considérables. A ce niveau, il me semble inconvenant d’adopter des positions qui ne seraient soutenues que par l’émotion.

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