carte blanche

Le PTB est-il l'aiguillon ou le talon d'Achille du réformisme à gauche?

Hassan Bousetta

Par Hassan Bousetta
Conseiller communal à Liège

La Flandre s’avance vers un style et des options de gouvernement toujours plus à droite pendant que la Wallonie de l’après 19 juin 2017 s’installe dans une contradiction. Alors que la nouvelle majorité gouvernementale MR-cdH propose un cocktail de politiques un peu au centre, beaucoup à droite, l’opinion publique, de son côté, semble prendre une option résolument inverse. Les derniers sondages publiés par la presse le laissent penser. Selon le dernier Baromètre de La Libre (17/10/2017), le PS, Ecolo – dont nous ne questionnons pas ici le positionnement à gauche – et le PTB seraient crédités de 54,8% d’intentions de vote en Wallonie (contre 45,2% lors des élections régionales wallonnes de 2014). La progression de la gauche toute entière est en soi une très bonne nouvelle mais cela n’annonce pas forcément des lendemains qui chantent.

Le PTB, plus encore qu’Ecolo, peut espérer vivre, lors des prochaines élections communales de 2018 et régionales de 2019, de grandes soirées à défaut du grand soir longtemps espéré. Bien entendu, il n’est pas inutile de rappeler que les instituts de sondage se sont, ces derniers temps surtout, manifestés par leur imprévoyance et que rien ne permet donc de penser que la progression réelle du parti anciennement maoïste sera à la hauteur de la progression virtuelle annoncée.

Ecolo, pour sa part, s’est remplumé à mesure qu’il aiguisait son positionnement sur les questions de gouvernance au cœur de l’affaire Publifin (même si, avec ses administrateurs à l’Ondraf et à la Cile, Ecolo n’a pas manqué d’essuyer, coup sur coup, deux retours de lancés de boomerang). Une tendance favorable aux verts semble s’installer, ce qui pourrait leur permettre de se profiler comme parti pivot lors de prochaines formations de majorités régionales.

Le paradoxe du PTB

Aborder les perspectives de la gauche à partir de la question électorale est nécessaire mais non suffisant. La question est de savoir si une telle victoire de la gauche dans les urnes serait de nature à ouvrir la voie à une victoire politique au sein des prochains gouvernements sur les questions sociales, environnementales et démocratiques. Rien n’est moins sûr.

La principale fragilité de la gauche tient dans ce qu’on pourrait appeler le paradoxe ou l’ambiguïté de sa composante la plus en verve: le PTB. Quelques mots d’explication. Bien qu’ayant été en permanente opposition avec le Parti communiste belge, le PTB est historiquement un parti communiste de tendance marxiste et de sensibilité maoïste (1).

En 2009, il s’engage dans une mue réformiste. Le parti marxiste n’a plus la révolution comme unique horizon. L’action de terrain, la communication et le discours, de mieux en mieux rôdés, sont fixés sur la prochaine élection. Le délit d’"opportunisme électoraliste" est aboli, bien qu’il ait encore servi récemment à purger les militants trop proches des jeunes des quartiers de Bruxelles et d’Anvers.

La participation au pouvoir n’est plus un tabou, même si elle est renvoyée au préalable d’une modification des traités européens, autant dire aux calendes grecques. Bref, il n’y a, en théorie, plus matière à opposition entre communisme révolutionnaire et socialisme réformiste.

En renonçant à la transformation de la société par la révolution, c’est un hommage qui est rendu au bilan du socialisme. Les observateurs ne l’ont pas suffisamment souligné mais ce n’est pas qu’un changement de méthode.

Lorsque le PTB dit se battre pour la défense du financement de la sécurité sociale, d’une fiscalité progressive, de pensions qui permettent de vivre dignement, de conditions de travail correctes dans les entreprises, de la qualité de l’enseignement et des soins de santé, etc., c’est en défenseur des conquêtes historiques des socialistes que le PTB se place.

A l’intérieur du "système"

Et c’est là que se situe le grand paradoxe de la conversion du PTB au pragmatisme. Ces avancées ont été mises en œuvre avec un tel succès que la gauche communiste elle-même, qui a toujours fustigé l’eau tiède du réformisme, considère aujourd’hui qu’il serait impensable de les remettre en cause. Or, ce sont toutes des mesures historiques arrachées à l’intérieur du "système" par la voie du parlementarisme, de la prise de responsabilité gouvernementale et du conflit/compromis.

Exception faite du spectaculaire phénomène politique Raoul, le PTB n’a guère réussi à faire briller ses élus, particulièrement au Parlement de Wallonie. A terme, on peut se demander s’il disposera d’une option politique autre que celle d’assumer la sortie de l’ambiguïté, celle qui consiste à vouloir changer la société tout en refusant l’exercice du pouvoir et des coalitions.

Lui qui se présente aujourd’hui comme l’aiguillon de la "vraie gauche", est, en réalité, en voie de devenir le véritable talon d’Achille du nouvel élan de réformisme à gauche que permet d’entrevoir l’évolution de l’opinion publique wallonne. La question posée est donc bien celle d’assumer la correction des inégalités et des injustices par une mobilisation au sein des institutions. A quoi bon établir un rapport de force dans la rue si c’est pour ouvrir la voie à des majorités de droite dans les gouvernements?

La "vraie" gauche

C’est en multipliant les petites victoires dans les réformes que les socialistes ont écrit une grande page de l’histoire des conquêtes sociales de ce pays. Et ce qui était vrai hier le restera demain. La reconquête de la gauche ne peut s’écrire sans un effort ancré dans le réel et coordonné entre ses différentes composantes. L’unité de la gauche implique de mettre un terme à ce discours de la "vraie gauche" qui rappelle ces sociétés dites primitives qui se définissaient comme les "vrais hommes" par opposition aux tribus voisines et cousines.

La vraie différence, la divergence qui risque demain de coûter cher si elle devait persister durablement, c’est celle qui sépare la gauche qui met les mains dans le moteur et celle qui lève les mains au ciel, entre celle qui pense Yaqua et celle qui dit Yalla!

(1) Voir Pascal Delwit, "PTB Nouvelle gauche, vieille recette", Ed. Luc Pire, 2014

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